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Un autre regard
Guy Môquet fusillé à 17 ans
septembre 2007
Fédération des Bouches du Rhônes ::: http://www.bdr13.pcf.fr

Journal éphémère – Septembre 2007

« Celui qui n’a pas d’histoire n’a pas d’avenir »

Editorial

Il mérite votre mémoire La lettre de Guy Môquet doit être lue aujourd’hui devant toutes les classes des lycées de France. Ainsi en a décidé le Président de la République.

Il est bon que notre histoire et ses heures noires soient connues. Mais la version de Nicolas Sarkozy est singulière. Touchés de près par cette décision, les communistes ont voulu vous livrer leur regard.

Il est d’abord impossible de s’en tenir à l’émotion d’un drame poignant. Il faut comprendre le sens des évènements.

Il serait ensuite inacceptable d’instrumentaliser l’histoire à des fins politiques. On peut se demander si l’opération Guy Môquet n’a pas été une manière habile pour le nouveau Président de brouiller les cartes du côté des communistes, sachant qu’il ne parviendrait pas à trouver un ministre issu de ses rangs…

Sinon, pourquoi déclarer : « j’honorerai tous ceux qui ont fait la grandeur de la France, sans me préoccuper de la couleur de leur peau, de leur appartenance politique, de leurs origines sociales ». Ne lui déplaise, Nicolas Sarkozy n’incarne pas, même après son élection, la synthèse parfaite de notre peuple et de son histoire.

Mais laissons là, Nicolas Sarkozy, et parlons de Guy Môquet, puisqu’il en est question. Parlons de Guy et de ses 26 camarades, dont le nom est parfois inscrit sur les plaques de nos rues, syndicalistes, maires, ouvriers, enseignants…

Oui, il mérite votre mémoire. Non pas pour une vie donnée, mais pour une vie volée. Non pas pour son héroïsme, mais pour son humanité. Il mérite votre mémoire parce que sa vie, sa mort, son histoire, disent d’où nous venons.

Elles viennent nous interroger sur le monde qui se construit et la manière dont chacun y prend sa place. Elles viennent nous interroger sur notre destinée commune. Elles viennent vous interroger sur vos espoirs de jeunes d’aujourd’hui.

Jean-Marc Coppola(*),
secrétaire départemental du PCF

La lettre de Guy Môquet à ses parents

« Ma petite maman chérie,
mon tout petit frère adoré,
mon petit papa aimé,
Je vais mourir ! Ce que je vous demande, toi, en particulier ma petite maman, c’est d’être courageuse. Je le suis et je veux l’être autant que ceux qui sont passés avant moi. Certes, j’aurais voulu vivre. Mais ce que je souhaite de tout mon coeur, c’est que ma mort serve à quelque chose. Je n’ai pas eu le temps d’embrasser Jean. J’ai embrassé mes deux frères Roger et Rino. Quant au véritable je ne peux le faire hélas !
J’espère que toutes mes affaires te seront renvoyées elles pourront servir à Serge, qui, je l’escompte, sera fier de les porter un jour. A toi petit papa, si je t’ai fait ainsi qu’à ma petite maman, bien des peines, je te salue une dernière fois. Sache que j’ai fait de mon mieux pour suivre la voie que tu m’as tracée.
Un dernier adieu à tous mes amis, à mon frère que j’aime beaucoup. Qu’il étudie bien pour être plus tard un homme.
17 ans et demi, ma vie a été courte, je n’ai aucun regret, si ce n’est de vous quitter tous. Je vais mourir avec Tintin, Michels. Maman, ce que je te demande, ce que je veux que tu me promettes, c’est d’être courageuse et de surmonter ta peine.
Je ne peux pas en mettre davantage. Je vous quitte tous, toutes, toi maman, Serge, papa, je vous embrasse de tout mon coeur d’enfant.
Courage !
Votre Guy qui vous aime »

Un bon français

Elle est belle, cette lettre. C’est une lettre d’amour qui porte en elle le drame d’une vie brisée.

Nicolas Sarkozy a souhaité qu’elle soit lue « non comme la lettre d’un jeune communiste mais comme celle d’un jeune Français faisant à la France et à la liberté l’offrande de sa vie, comme celle d’un fils qui regarde en face sa propre mort et dit à ses parents et à son frère le dernier mot d’amour qui sera tout ce qui restera vivant de lui dans leur coeur » (18 mars 2007). Justifiant ce geste, en expliquant avoir été « bouleversé » par la lettre, il a précisé le 17 mai 2007 : « Je crois essentiel d’expliquer à nos enfants ce qu’est un jeune Français… Soyez fiers de la France au nom de laquelle ils sont morts. » Pour les résistants, a-t-il expliqué, « la France comptait davantage que leur parti ou leur Eglise ».

Il ne faut pas falsifier l’histoire. Ces hommes et ces femmes agissaient pour le respect de la dignité humaine, pour leur peuple, pour l’indépendance nationale. Mais ils le faisaient au nom de leurs idéaux de liberté, d’égalité et de fraternité, de justice sociale. Ainsi, Guy Môquet n’a pas agi ainsi simplement parce qu’il était « un jeune français ».

D’ailleurs, il faut savoir que ces 27, avaient justement été choisis par les autorités de Vichy « pour éviter de laisser fusiller 50 bons Français ». Alors faut-il aujourd’hui encore essayer de définir les bons et les mauvais français ?

*****

Le 22 octobre 1941, avec 26 autres prisonniers, un jeune communiste nommé Guy Môquet a été fusillé par les soldats nazis. Aujourd’hui, sa dernière lettre doit être lue dans tous les lycées de France.

Retour sur le drame.

« C’est un honneur pour un Français de tomber sous les balles allemandes », s’écrie Maurice Ténine. « Mais c’est un crime de tuer un gosse », enrage-t-il en désignant Guy Môquet, 17 ans, qui le suit. Mais la détermination des soldats est sans faille. Au bord de la carrière bordée d’immenses feuillus, neuf poteaux d’exécution sont dressés vers le ciel. Trois fois neuf vingt sept. En trois fois, 27 hommes vont mourir.

Ce sont des ouvriers, des instituteurs, des médecins. Ce sont des syndicalistes, des rebelles qui ont contesté l’ordre nazi et vichyste. Pour la plupart, ce sont des communistes.

La résistance est en marche. Un officier a été tué à Nantes. Il faut faire un exemple et le venger. On va chercher des prisonniers dans le camp de Châteaubriant qui en contient près de six cents. Ils ne sont pas dans ce camp par hasard et ils ne sont pas choisis par hasard.

Une liste de noms est partie à Paris, on vient les chercher dans leurs baraquements, après deux jours de folles rumeurs. Dans la baraque 10, un officier prononce un nom, celui de Guy Môquet. « Présent ! », répond-il en se levant « d’un pas rapide et assuré », disent les témoins.

Et voici un convoi qui s’ébranle.

Du camp monte une Marseillaise, hymne de résistance, puis l’Internationale. Les condamnés chantent eux-aussi, jusque dans la mort.

Ils ne sont pas là par hasard.

A la face des allemands, ils affichent leur fierté. Ils refusent de mourir les yeux bandés. Ils ont écrit des lettres à leurs proches. Henri Pourchasse, par exemple : « Je meurs pour mon idéal, mes petits, eux, le verront. Sois persuadée, ma chérie, que je mourrai tout à l’heure, courageusement, aux cris de Vive la France !

Vive le Parti communiste ! »

Guy Môquet, lui, a écrit cette lettre magnifique à sa famille, et une autre moins connue, à la jeune Odette, dont il était amoureux en secret.

En regrettant de ne pas avoir pu l’embrasser.

Sur les planches de son baraquement, il a écrit : « Vous tous qui restez, soyez dignes de nous, les 27 qui allons mourir. »

ps :
(*) Voir par ailleurs la lettre que Jean-Marc Coppola a adressé à Michel Vauzelle afin d’appler un lycée Guy Môquet à Marseille.
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Tag(s) : #Histoire
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