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International - Article paru le 22 août 2007 dans l'Humanité

Monde

La Maison-Blanche désertée

États-Unis . Discrédité dans l’opinion, abandonné par Karl Rove, celui à qui il doit le pouvoir, et par ses plus proches amis, George W. Bush apparaît de plus en plus isolé à Washington.

La Maison-Blanche se vide. Dans son bureau ovale, Bush ressemble à un personnage de Shakespeare, un roi assiégé dans son château par les désastres de l’empire. Un an et demi avant la fin du mandat présidentiel, un an et demi avant des élections qui annoncent une nouvelle défaite du Parti républicain, ses collaborateurs font leurs valises. Dernier en date, le porte-parole, Tony Snow. Il invoque des raisons financières imposées par le traitement de chimiothérapie d’un cancer du colon. « Je ne pourrais pas tenir financièrement jusqu’à la fin de cette administration (en janvier 2009) », dit-il. Parenthèse : cela en dit long sur le coût des soins, si un haut fonctionnaire de la Maison-Blanche doit rejoindre le privé pour payer son traitement, dans un pays où il n’existe pas de sécurité sociale.

ils quittent tous

le navire

Le départ de Tony Snow avait été précédé par ceux de Dan Barlett, conseiller de trente ans, d’Andrew Card, secrétaire général de la présidence, il y a un an, et, la semaine passée, de Karl Rove, le « cerveau », « l’architecte », le « genius boy », qui mena George W. Bush à la conquête du pouvoir, depuis la prise du gouvernorat du Texas jusqu’à la victoire de l’an 2000. Le grand manipulateur de l’opinion a eu, tout à coup, le blues de la vie de famille.

Il faut ajouter Donald Rumsfeld, l’éminent stratège militaire de l’invasion de l’Irak. Il dut quitter, en décembre, le ministère de la Défense. On ne saurait oublier Paul Wolfowitz, théoricien de la guerre préventive, nommé à la tête de la Banque mondiale d’où il fit une sortie fracassante, malgré le soutien indéfectible du président.

L’ouragan Katrina avait chassé, l’été passé, Michael Chertoff du ministère de la Sécurité intérieure, pour incompétence notoire face à la catastrophe. Avocat conseil d’éleveurs de chevaux de course, il n’avait d’autres titres à occuper ce poste qu’une vieille amitié avec le président.

Rappelons encore la démission du général Colin Powel, en janvier 2005, le ministre des Affaires étrangères qui avait démontré devant l’Assemblée générale de l’ONU, carte de satellite à l’appui et tube de produit chimique meurtrier à la main, que les armes de destruction massive de Saddam Hussein menaçaient la planète de l’apocalypse.

La liste de départ n’est pas close. Le ministre de la Justice, Alberto Gonzales, est visé par une demande de démission de la majorité démocrate du Sénat. Submergé par les scandales, il était l’auteur des textes permettant à Bush de contourner les conventions de Genève, de faire torturer à Guantanamo et dans les prisons secrètes de la CIA.

De l’équipe de conquérants sans scrupule, qui se lancèrent à l’assaut de la Maison-Blanche sous la bannière du rétablissement du « leadership global américain », des valeurs morales de la famille, il ne reste que Dick Cheney, le vice-président, ex-patron d’Halliburton. Société dont les affaires en Irak suscitent régulièrement de sulfureuses révélations.

des disparités grandissantes

Le scandale des contrats immobiliers pour les plus défavorisés, les fameuses classes moyennes, qui n’a pas fini d’ébranler le système financier mondial, avait fait l’objet d’une campagne officielle en faveur de ceux qui n’avaient aucun moyen de payer un crédit, en recevant l’avance de 20 % qui permettait de relancer la spéculation. La décision était venue de la Maison-Blanche et appliquée par Fannie May et Freddy Mac, deux institutions en partie confiées à des actionnaires, au nom de la « société de propriétaires » qui avait servi de promesse démagogique à Bush aux élections de 2004.

La crise pointait de toute façon au vu des disparités grandissantes, aggravées par les cadeaux aux superriches, à coups de détaxation d’impôt. Au moment où les statistiques officielles enregistrent une augmentation de la pauvreté et une hausse du nombre de citoyens sans couverture sociale.

Au-dessus de tout cela, le désastre de la guerre d’Irak sur laquelle le général Petraeus est chargé de faire un rapport à

la mi-septembre devant le Congrès pour démontrer comment les renforts qu’il dirige ont permis d’atteindre l’objectif : restituer la sécurité aux habitants de Bagdad. Mission impossible qui fait travailler Bush sur une énième version d’une nouvelle stratégie quatre ans après avoir proclamé la victoire sur un porte-avions médiatiquement disposé en rade de San Francisco, le 1er mai 2003.

un aveugle

au milieu des sourds

L’homme seul de la Maison-Blanche est de plus en plus isolé. Il est réduit à opposer son veto aux lois adoptées par la nouvelle majorité du Sénat. Rejetant, par exemple, une augmentation du salaire minimum, ou un projet assurant aux enfants des pauvres des soins gratuits, au nom du respect des limites du déficit budgétaire.

En dépit de cette situation, tous ceux qui ont rencontré le président le trouvent « étonnamment calme ». Il lit les biographies de George Washington, de Churchill, son idole, un livre sur la guerre d’indépendance de l’Algérie, cherchant dans l’histoire des réponses à une impopularité injuste dont l’avenir lui rendra justice. Si vous lui faites part des critiques, note un théologien, Michael Novak, membre éminent de l’American Enterprise Institute, un laboratoire d’idées conservateur, « il ne s’en offusque pas vraiment ». Il est persuadé d’accomplir « le travail du Seigneur ». Ses amis du Texas, de l’université du Yale, l’évitent.

À un an des élections, le Parti républicain est rongé d’inquiétude, doutant de pouvoir convaincre les électeurs sur le bilan calamiteux du président. Le premier à avoir quitté la bande de la Maison-Blanche en 2001, l’ancien ministre du Trésor, Paul O’Neil, décrivait George W. Bush « comme un aveugle au milieu des sourds » (1), pressé de s’attaquer à l’Irak avant le 11 septembre. Aujourd’hui, de l’équipe des vertueux guerriers de l’origine, il ne reste plus qu’un aveugle au milieu des derniers conseil- lers, pour accompagner la fin du règne. Même les sourds sont partis.

(1) Le roman noir de la Maison Blanche, de Ron Suskind. Éd. Saint Simon.

Jacques Coubard

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Tag(s) : #Monde
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