Le droit de grève ne se négocie pas !
Par Cyrille FERRO-STEYAERT le dimanche 19 août 2007, 15:41 -
Un projet de loi inacceptable
Le projet de loi sur le service minimum prévoit diverses mesures applicables aux entreprises de transport (dans un premier temps…) pour encore restreindre le droit de grève :
- délai de prévenance et « obligation de négocier » qui imposent un délai pouvant aller jusqu’à onze jours entre l’appel à la grève et son déclenchement. Interdiction des préavis successifs sur le même sujet.
- obligation de se déclarer gréviste deux jours avant…au risque de sanctions pour les salariés.
- possibilité pour la direction ou un syndicat non gréviste d’organiser une consultation après huit jours de grève, pour en contester la validité.
- renvoi des discussions à des « négociations » entreprise par entreprise, ou secteur par secteur. Autrement dit, si la loi est strictement appliquée, il va être encore plus difficile de faire grève, et les conflits risquent fort d’être rapidement déclarés illégaux. C’est le retour 150 ans en arrière.
Un objectif à double détente
L’objectif immédiat est évidemment de préparer la remise en cause des régimes spéciaux de retraite dans les transports, encore à 37,5 années de cotisation, en cherchant à tout prix à éviter de recréer le contexte des grandes grèves de 1995. Mais l’objectif plus large et non avoué est d’accentuer la pression sur le droit de grève ; d’abord dans les transports, puis dans tout le secteur public (Fillon a pour prochaine cible l’Éducation nationale), et enfin dans le secteur privé. L’heure est à la multiplication des conflits, des grèves qui peuvent être dures, comme les six semaines à PSA Citroën Aulnay. Or les exigences du capitalisme mondialisé poussent à toujours plus de restructurations, dans le privé comme dans la fonction publique ou le secteur nationalisé. Il y avait déjà la loi Perben et la journée de grève indivisible dans le public. Il y avait l’évacuation des usines occupées au nom de la liberté du travail dans le privé. Il faut maintenant accentuer la pression en déclarant la grève illégale, comme en Allemagne ou aux États-Unis pour permettre les hausses de productivité exigées par le capitalisme. C’est le sens profond de cette nouvelle attaque contre le droit de grève, et c’est pourquoi elle nous concerne toutes et tous.
Une question cruciale pour tous les travailleurs
On entend certains dirigeants syndicaux affirmer qu’il s’agit d’une loi inutile et provocatrice. Rien n’est plus faux ! C’est une loi tout à fait utile pour la bourgeoisie… Depuis l’apparition du mouvement ouvrier organisé, la grève est le moyen privilégié d’action de la classe ouvrière et des travailleurs. C’est une forme de lutte collective, radicale, qui touche le capital là où ça fait mal, c’est-à-dire à la production. Et c’est pour cela que les patrons voudraient l’interdire, non par souci des usagers ! Si les patrons et le gouvernement voulaient améliorer les services publics, ils cesseraient de les démanteler au nom de la rentabilité et embaucheraient massivement le personnel nécessaire tout en remplaçant le matériel vétuste (par exemple les trains de banlieue) !
Défendons le droit de grève !
Défendre le droit de grève, pour tous, sans aucune restriction, c’est défendre un droit qui a permis d’arracher la plupart de nos acquis. C’est refuser d’être un peu plus soumis à l’exploitation. C’est défendre notre organisation de classe et nos moyens de lutte. C’est préparer au mieux la nécessaire contre-offensive pour les salaires et l’emploi, contre la précarité et la pénibilité.
« Après que Dieu a achevé de créer le serpent à sonnette, le crapaud et le vampire, il lui restait encore un peu de substance avec laquelle il créa le briseur de grève. Le briseur de grève est un animal à deux pattes avec un esprit tordu, un cerveau dilué et une mœlle épinière visqueuse et gluante. À la place du cœur, il a une tumeur de principes pervertis. Quand le briseur de grèves marche dans la rue, les hommes lui tournent le dos, les anges pleurent dans le ciel et les démons eux-mêmes ferment les portes de l'enfer pour l'empêcher d'entrer… Judas Iscariote était un homme profondément digne en comparaison avec le briseur de grève. Car après avoir trahi son maître, il eut la force de caractère de se pendre. Le briseur de grève ne l'a pas ». Jack London
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