Politique / social - économie
Bush et Sarkozy dans le même bateau
Ce devait être une rencontre familiale. Officiellement, c’est Laura Bush, la femme du président des États-Unis, qui avait invité Cécilia Sarkozy et sa famille pour un déjeuner, comme ça se fait entre voisins. Les « coïncidences » d’une même région de villégiature pouvaient permettre de concilier ce qui semblait contradictoire : une rencontre qui se devait d’être un événement politique à part entière, sans prendre de caractère officiel. Une « angine blanche » est venue un peu brouiller les cartes. Cécilia Sarkozy a dû s’excuser, et, devant les spéculations que cette nouvelle absence n’a pas manqué de faire naître en France, l’Élysée s’est fendu d’une mise au point officielle, confirmant qu’elle était bien à Wolfeboro et malade. La rencontre a donc eu lieu entre Nicolas Sarkozy et George W. Bush et sa famille au grand complet. Un déjeuner « typiquement américain », hot-dogs et hamburgers, une balade en bateau et un tête-à-tête de trois quarts d’heure entre les deux présidents inaugureront-ils une « nouvelle ère » des relations franco-américaines ? « J’aime son franc-parler, il dit ce qu’il pense », a déclaré George Bush à propos du président de la République française. Nicolas Sarkozy s’est montré plus disert. Évoquant La Fayette, il insiste sur « l’amitié des deux pays » vieille de « deux cent cinquante ans ». Il s’appesantit sur « les jeunes Américains venus mourir pour nous » et « les cimetières avec les croix blanches » des côtes normandes. Il déclare que la France, comme les États-Unis, « est l’amie des démocraties et pas des dictatures ». « On peut avoir des désaccords, mais on est de la même famille », insiste-t-il.
une aubaine
pour bush
Pour George Bush, cette visite de Nicolas Sarkozy semble une aubaine. Au plus bas dans les sondages, le président des États-Unis est à la recherche de nouveaux alliés en Europe, après les départs de l’Espagnol Aznar, de l’Italien Berlusconi et surtout de Tony Blair. Son successeur, Gordon Brown, vient de réclamer la libération de cinq prisonniers britanniques détenus à Guantanamo. Et surtout, en affirmant que c’était en Afghanistan et non en Irak que devait se mener la lutte antiterroriste, il laisse entrevoir la possibilité d’un retrait britannique du territoire irakien. Quant à Nicolas Sarkozy, on connaît sa fascination pour les États-Unis. Il est l’un des hommes politiques français les plus atlantistes, ce qui lui a valu le surnom de « Sarkozy l’Américain ».
Dans la campagne électorale, il avait mis un peu d’eau dans son vin à ce propos. « À quel Nicolas Sarkozy avons-nous affaire aujourd’hui ? » s’interroge Pierre Moscovici. « Est-il toujours l’atlantiste sans nuance qu’il était comme président de l’UMP ? » demande le responsable du PS, qui invite le président de la République à « prendre ses distances » avec George Bush, « au moins autant » que Gordon Brown.
Daniel Cirera, pour le PCF, estime « choquant un rapprochement qui frise l’allégeance » et « inquiétant un infléchissement provocateur de la politique française ». Selon un sondage du Journal du dimanche, les Français ne sont que 33 % à souhaiter que les relations entre la France et les États-Unis se resserrent.
Olivier Mayer
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