tribune libre
Chômage et châtiments
Depuis plusieurs mois, l’augmentation
des radiations de chômeurs des listes ANPE fait débat.
Les opposants aux dispositifs renforcés par la loi dite de cohésion sociale dénoncent une injustice
en expliquant que les victimes
d’une perte d’emploi sont désignées en coupables de ne point retrouver ce qui se raréfie : l’emploi stable.
De l’autre, les partisans du système prônent l’instauration
d’un règlement où le droit
à l’indemnisation est conditionné
au devoir de recherche effective d’emploi. Que disent les faits ? L’interruption des allocations a
des conséquences souvent irréversibles pour une population déjà fragilisée socialement. Dettes
de loyers, interdiction bancaire, mal-bouffe, isolement et dépression sont au rendez-vous ultime de la galère. Le processus s’apparente
à une double peine, dès lors que
la privation de ressources fait suite
à la privation d’emploi. Le système des radiations livre sa propre contradiction au tout début
de son application. On sait que
le niveau actuel des indemnités
de chômage et des minima sociaux ne permet pas d’assumer les charges incompressibles d’un foyer en même temps que les frais d’une recherche d’emploi, évalués à plus de 400 euros par mois. Comment
y parvenir en étant privé de tout moyen d’existence ? Appliquée
de façon brutale et parfois dans
des conditions qui ne semblent pas en tout point légales, les punitions peuvent contrarier définitivement
le parcours de retour à l’emploi
d’un chômeur. En d’autres termes, au motif qu’un chômeur ne serait pas assidu dans ses recherches d’emploi (ou n’aurait pas répondu
à une convocation), on le prive
des moyens élémentaires pour
y parvenir. Cette logique conduit aux frontières de l’absurde.
En revanche, la mécanique explique pour partie les baisses annoncées
du nombre officiel de demandeurs d’emploi. Basée sur un principe punitif et non administratif, la volonté de punir un chômeur tient sa source dans un concept idéologique : l’individu doit répondre aux besoins de l’économie et non l’inverse.
Les discussions en vogue sur le perron des Assedic indiquent que les chercheurs d’emploi s’impatientent de poser la problématique à l’envers.
Par François Desanti, secrétaire général de la CGT chômeurs.
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