enquête
« Il est nécessaire d’impulser l’échange entre générations »
La notion d’intergénération est-elle récente ? Richard Vercauteren. Ce terme a commencé à être utilisé dans les années 1985. Une génération, considérée comme n’étant plus apte au travail, a été exclue de la vie économique, notamment par le mécanisme de préretraite. À partir de là, les relations entre générations se sont complexifiées. D’un côté, les jeunes cherchaient un emploi, de l’autre des vieux étaient exclus du monde du travail. Ce problème posait la question de l’utilité des générations les plus anciennes vis-à-vis des nouvelles. Voilà comment une première vague intergénérationnelle s’est formée. Cependant, il faut préciser que les aides intergénérationnelles existent depuis des millénaires !
Comment s’est mise en place cette première vague intergénérationnelle ?
Richard Vercauteren. L’intergénération est née sur un mécanisme étatique. L’État régule et propose des solutions pour éviter le conflit. Les expériences sont multiples mais reposent sur un même principe : le lien économique ou relationnel des générations entre elles. Que l’on fasse des crèches à l’intérieur des établissements pour personnes âgées, que l’on mette en place des systèmes de rencontres à l’intérieur des établissements ou des rencontres avec les écoles maternelles, tout cela permet d’apprendre à vivre ensemble. Très vite, l’État a perçu l’intérêt de développer les systèmes d’entraide. On a donné ainsi aux « jeunes vieux » (plus de 55 ans et moins de 80 ans) un rôle d’aide aux jeunes à l’insertion dans la vie active.
Peut-on dire que ces projets sont en voie de développement ?
Richard Vercauteren. Oui. On est en pleine explosion. Il en existe de plus en plus. En particulier avec les nouvelles techniques de la communication (Internet). Je pense à des jeunes d’une classe de troisième qui viennent expliquer aux vieux comment fonctionne l’informatique et qui d’ailleurs se font très vite dépasser ! Il y a aussi les projets des mamies conteuses qui vont dans les écoles depuis une quinzaine d’années… Je connais aussi un collège professionnel de Paris qui se rend chaque année en Sologne pour étudier la forêt. Ils rencontrent également les vieux dmaison de retraite qui leur racontent ce qu’ils ont vu et ce qu’ils connaissent de la forêt.
Ces échanges ne sont-ils pas plus ou moins superficiels ?
Richard Vercauteren. Les relations intergénérationnelles se situent à des niveaux de construction différents. Souvent, le niveau d’intérêt l’emporte sur la compréhension. Si les jeunes sont intéressés par ce que les vieux ont à leur dire et inversement, il y aura un mécanisme spontané de dialogue et de communication entre eux. Par exemple, les jeunes enfants qui vont prendre un goûter avec les personnes âgées sont sans doute plus intéressés par le goûter que par la personne âgée. L’intérêt est relatif. Dans ce cas, il faut amener les enfants à un échange plus profond. Il y a rarement de la spontanéité dans l’intergénération. C’est pourquoi il est nécessaire d’impulser un apprentissage de l’autre. Si on n’a pas beaucoup d’intérêt à se rencontrer une fois, on peut en avoir la deuxième ou la troisième fois. Chacun s’apprivoise. Il y a des prises de conscience intérieure. Les personnes âgées ont peu de temps à vivre et vivent plus dans l’éphémérité de la relation. Le jeune ne va pas conscientiser immédiatement. Pour lui, l’émotion se produit « à retardement ». Paradoxalement, la vieillesse est leur avenir. Et il est nécessaire de se la représenter. Un enfant qui aura côtoyé des vieux aura une conscience de l’être humain qui vieillit et c’est peut-être là que la compréhension entre générations pourra commencer à se construire.
Entretien réalisé par I. D.
(1) Gérer la démarche qualité en établissement pour personnes âgées. La culture gérontologique des équipes multiprofessionnelles, de Sylvain Connangle et Richard Vercauteren. Éditions Erès, 2007.
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