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Tribune libre - Article paru le 2 août 2007 dans l'Humanité

De la technologie à la stratégie !

par Gilles Mercier

Communisme et OGM

La première moitié du XIXe siècle fut traversée par des mouvements dirigés contre les machines, accusées de déqualifier le travail, d’être responsables de l’exploitation.

Ceux qui brisaient les machines n’acceptaient pas de passer de la condition d’artisans possédant leurs outils à celle de prolétaires vendant leur force de travail dans des grands ateliers dans lesquels le travail était parcellisé et le travailleur soumis au rythme de la machine. Ces mouvements disparurent avec l’émergence de la conscience de classe.

Ne sommes-nous pas revenus deux cents ans en arrière avec le mouvement antilibéral, dont la matrice idéologique est l’association ATTAC ? Cette dernière

a fait de la technologie l’arme des multinationales, d’où son combat contre les OGM et le nucléaire. Si les OGM comme le reste de la technologie étaient

un outil d’assujettissement, la paysannerie devrait s’en libérer en revenant à l’économie primitive. N’est-ce pas ce qui est proposé avec la souveraineté alimentaire, qui entretient la confusion entre souveraineté politique et autarcie ? Les OGM comme marchandises ne peuvent être une arme de domination sociale. Une marchandise ne s’impose que par sa valeur d’usage. Par quelle aberration près de 10 millions de paysans seraient suffisamment stupides pour acheter plus cher des semences qui ne leur procureraient aucun avantage ?

La paysannerie n’est pas assujettie par l’achat de la technologie qui la rend moins dépendante des aléas de la nature, mais par la vente de ses produits.

Les grandes surfaces et leurs centrales d’achats qui représentent l’extension du capitalisme au commerce de distribution prolétarisent le monde agricole par les volumes d’achat en imposant leurs conditions de prix et les variétés à cultiver. L’antilibéralisme ne vise pas à s’attaquer à l’ordre économique et social du capitalisme mais à revenir à une société de petits producteurs indépendants autosuffisants.

Les salariés producteurs de richesses sont absents de ces groupes antitechnologie. Ces groupes sont l’expression de catégories salariales et sociales qui, dans le cadre du recul des idées de classe, protestent contre la dégradation de leurs conditions de travail, de leur statut social, conséquences de l’accroissement de l’exploitation capitaliste liée à la mondialisation. Leurs méthodes d’action privilégiant l’action pour elle-même au détriment de la lutte politique renvoient aux formes primitives du mouvement de lutte.

Pourquoi le PCF a-t-il valorisé une idéologie et des formes d’action en totale contradiction avec ses principes fondateurs ? Le mouvement révolutionnaire s’est créé sur la base de l’antagonisme classe ouvrière-capital. Jusqu’à la moitié du XXe siècle, le développement du capitalisme a reposé essentiellement sur celui des industries de base (mine, sidérurgie, métallurgie).

Le salariat de cette industrie, la classe ouvrière réduite aux fonctions d’exécution, devait conduire l’affrontement avec la bourgeoisie. Les fonctions de conception, d’encadrement, aux effectifs réduits étaient liées aux directions d’entreprise. Après les années cinquante, ce modèle perdit de sa pertinence.

Les services considérés comme des activités secondaires et les fonctions de conception prirent une importance décisive. Aujourd’hui 70 % des salariés travaillent dans les services (publics comme privés) et le centre de gravité de la classe ouvrière est constitué par les techniciens supérieurs. La stratégie de l’alliance PCF-PS a consisté à réaliser l’alliance de la classe ouvrière avec les autres couches salariales et sociales considérées par nature comme réformistes. Elle s’est retournée contre le PCF dès lors que la partie du salariat sur laquelle il s’appuyait devenait minoritaire et ne jouait plus un rôle stratégique dans la création de la valeur. En restant le parti d’une fraction de la classe ouvrière et non de l’ensemble du salariat, le PCF se fragilisait en s’isolant dans la société. L’effondrement du socialisme qu’il n’a pas analysé a accru son isolement. Incapable de sortir de cette stratégie le PCF a fait sienne l’idéologie d’ATTAC, car elle prenait l’apparence d’une contestation mais d’une contestation non pas de l’ordre économique et social mais de sa mise en oeuvre, la motivation des fondateurs étant de retourner à une époque révolue d’avant la mondialisation. En s’intégrant

au mouvement antilibéral d’essence réformiste, le PCF s’engageait dans

une impasse. Il vient d’en payer le prix fort à l’élection présidentielle. Pour ne pas disparaître et redevenir un parti influent,

le PCF doit devenir le parti de tous

les salariés. Il abandonnera ainsi

la stratégie de l’alliance qui a amené

son effacement et reviendra à celle

du rassemblement populaire majoritaire

du 25e Congrès qu’il a très vite abandonnée, prisonnier de son ouvriérisme.

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Tag(s) : #DEBAT après le 17 juin 2007
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