La gauche en débat Résister-reconstruire
Sur l’avenir de la gauche et le devenir du PCF !
Par Daniel Brunel, vice-président (PCF) du conseil régional d’Île-de-France.
Plus encore qu’en 2002, le problème est celui de l’échec de toute la gauche, mais le score du PCF à l’échelle du pays - historiquement à son niveau le plus bas - doit désormais nous interpeller sur le caractère national de son assise. La question est bien celle de la perception qu’ont les électrices
et les électeurs, dans le monde d’aujourd’hui, de notre utilité sociale et politique, dans une perspective de changement de société et donc de transformation sociale. À l’évidence, les réponses apportées toutes ces dernières années n’ont pas permis d’enrayer les mécanismes de déclin continu
du PCF. Nicolas Sarkozy a gagné politiquement, parce qu’il a gagné idéologiquement, culturellement, sur un certain nombre de valeurs lâchées par la gauche et par notre parti. Quand on perd la bataille
des valeurs, l’échec politique n’est pas loin. Nous sommes bien
dans une situation qui impose des ruptures, qui ne souffre ni du statu quo, ni de faire ce qui n’a pas été fait au moment où il fallait le faire,
ni de refaire ce qui n’a pas marché.
Notre issue dépend des réponses qu’apportera la composante communiste aux attentes du plus grand nombre, désarçonné par
la dérive du PS vers le centre et
la posture désespérante de l’extrême gauche. Ne convient-il pas ainsi
de frayer le chemin d’une nouvelle force susceptible de favoriser
le rassemblement de ces millions d’hommes et de femmes, précisément parce qu’aucune formation aujourd’hui ne couvre cet espace ?
À propos du communisme,
du capitalisme
Oui, le communisme a existé comme courant de pensée et d’actions,
bien avant que naissent
la révolution d’Octobre et le parti bolchevique en 1917, puis le PCF
en 1920 ! Oui, dans une société
du XXIe siècle, l’actualité de l’idée même du communisme a encore un sens, si l’on prend en considération « la nécessité d’une humanité libérée de toutes les formes d’exploitations, de dominations, de discriminations, d’aliénations, et la possibilité d’y parvenir » ! N’y a-t-il pas à réfléchir, mais pas seuls, sauf à considérer
que nous serions les seuls dépositaires du communisme,
sur son état de crise actuel dans
le monde et l’exigence de sa refondation, en reposant « les bases d’un système favorisant l’arrêt
des gâchis humains pour une promotion du libre développement de chacun. Une association dans laquelle le libre développement
du chacun est la condition du libre développement de tous » ?
Mais peut-être sommes-nous encore, malgré nous, porteurs d’une dérive où le libre développement
de tous serait un préalable au développement de chacun ?
Peut-être devons-nous réfléchir
à la façon dont nos concitoyens envisagent individuellement
leur place dans une société
en développement ! On peut parler, aujourd’hui, de l’élargissement
des mécanismes d’exploitation,
du capitalisme mondialisé,
de la globalisation de l’économie
de marché, mais cela reste un système qui ne peut, de lui-même, dépasser les contradictions qu’il engendre. Ainsi le « dépassement
du capitalisme, dans un processus permanent de transformations sociales, économiques, politiques et démocratiques », reste d’actualité. Sans concession sur l’actualisation du communisme, comme idéal
de société qui reste à construire, qu’y a-t-il de plus révolutionnaire que d’imaginer l’évolution de notre parti vers cette force de transformations nécessaires, utile
à celles et ceux qui n’acceptent pas l’ordre capitaliste.
Que faire ?
Des communistes s’activent autour « d’un choix fondateur d’avenir », d’autres réfléchissent à l’opportunité « de la construction d’une formation, d’un mouvement pour une gauche réellement transformatrice ». D’autres
(j’en suis) ou les mêmes ont signé
un appel, Gauche Avenir, qui se fixe pour objectif de « redéfinir des valeurs claires et mobilisatrices », avec comme cadre défini non pas
de créer d’emblée une nouvelle formation, mais de constituer
un groupe de réflexion utile au plus grand nombre. Sachons libérer
les énergies et les intelligences qu’il
y a chez les communistes, favoriser les mouvements d’idées dans et hors de notre parti, faire émerger
la diversité des points de vue et des approches pour trouver, si possible, le chemin commun ! Je ne conçois pas l’avenir du PCF comme
devant être la gauche d’une social-démocratie modernisée, et pas plus comme une aile droite d’un radicalisme gauchisant. Je peux concevoir cependant l’avenir de
la composante communiste comme utile pour aller le plus loin possible dans le rapprochement « entre l’aile gauche du PS » et « d’autres courants radicaux », dès lors que l’on pense d’abord aux citoyennes et aux citoyens qu’ils incarnent. Je n’ai pas, à ce jour, de réponse absolue pour décider par avance que, pour cela,
le parti que nous devons construire soit, à terme, encore le PCF, même refondé, ou bien le parti de l’alternative à gauche. À l’évidence, si nous voulons être entendus, écoutés et permettre que le dialogue s’instaure avec d’autres, alors il faut dire haut et fort que le changement de « notre appellation » ne doit pas être un obstacle. Associer l’avenir du PCF et son évolution à l’avenir d’une gauche transformatrice,
cela peut donner du sens et avoir
de l’intérêt pour des millions
de citoyens, qui ne se résignent pas à la situation actuelle, qui aspirent
à définir les contours d’une autre politique alternative, qui peuvent faire grandir l’exigence d’une force représentative de ce combat,
parce que ce sera leur combat !
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