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Article paru le 17 juillet 2007 dans l'Humanité

 

« On ne fait jamais grève pour le plaisir »

Rencontre avec des chauffeurs de bus des Courriers du Midi, inquiets des menaces qui pèsent sur le droit de grève.

Montpellier (Hérault), envoyée spéciale.

« Là, vous avez le patron, et là les ouvriers », explique Christophe (1) en arrangeant sur la table son paquet de cigarettes, son briquet et ses lunettes. « Et là, au milieu, vous avez les usagers. C’est sur eux que le gouvernement veut faire pression. » Christophe est chauffeur d’autocar intérimaire aux Courriers du Midi. Cette société du groupe Keolis (filiale privée de la SNCF) assure par délégation de service public une partie des transports interurbains de l’Hérault. Elle emploie 225 salariés, dont 180 chauffeurs, et possède un seul syndicat, la CGT, qui encarte plus de 40 % du personnel. Si les régions, autorités organisatrices du transport de voyageurs, sont plutôt hostiles au projet de loi sur le service minimum, les salariés des Courriers du Midi sont inquiets. « Pour mettre au pas la RATP et la SNCF, le gouvernement met au pas toute la France », s’alarme Patrick Boucabeille, secrétaire général du syndicat. « On ne fait jamais grève pour le plaisir, mais pour défendre les salariés », insiste-t-il.

« Avant, on faisait grève pour gagner des acquis sociaux, indique Christophe. Aujourd’hui, on fait grève pour les garder. Avec ce projet, comme ils ne peuvent pas supprimer le droit de grève, ils l’effritent. » « Ils veulent ôter aux salariés les moyens légaux de lutter contre la suppression des acquis sociaux », affirme Patrick Boucabeille.

Le projet de loi prévoit que les jours de grève ne seront pas payés ? Haussement d’épaules général : « Où est-ce qu’ils ont vu qu’ils étaient payés ? » La dernière grande grève des Courriers du Midi remonte à 2002. Elle avait duré un mois et conduit à ld’un projet de restructuration. « Nous avons obtenu le paiement de la moitié des jours de grève », se souvient le syndicaliste. « C’était normal, nous n’aurions jamais dû faire grève, parce que la direction n’aurait jamais dû nous imposer ce projet. La grève, c’est de la légitime défense. »

Pas très populaire non plus, la possibilité pour l’employeur d’organiser un vote à bulletins secrets au huitième jour de grève. « Que le patron reste dans son bureau plutôt que d’influencer le vote », s’exclame Christophe. Patrick Boucabeille propose de prendre le texte au mot : « Si le vote est majoritaire en faveur de la grève, est-ce que tout le monde s’arrête ? »

Quant au service minimum, le flou du projet ne convainc pas Alain Sarzier : « Leur souci, ce n’est pas de transporter mieux les gens, c’est d’interdire la grève. » Son collègue Luc : « Si tu fais grève et que les bus roulent et que ça ne gène personne, quel est l’intérêt de faire grève ? » Jean-Louis Sanz, délégué CGT, s’interroge : « Qui va définir le service minimum ? C’est un service minimum pour quoi faire ? Aller travailler, faire des courses en ville, porter des fleurs au cimetière ? » Patrick Boucabeille : « La vraie question, c’est la manière dont on règle les problèmes dans l’entreprise. Prenez le préavis de 5 jours qui doit nous permettre de négocier. En fait, il n’y a jamais de négociations pendant le préavis. » Luc : « Alors que Sarkozy aurait pu demander aux patrons de négocier mieux avec les syndicats, il choisit d’aller au contact. » « Nous avons eu des conflits très durs jusque dans les années 1990 », raconte Jean-Louis Sanz. « Puis le groupe a décidé d’envoyer des directeurs plus sociaux, et les choses sont plus apaisées. On peut atteindre des résultats économiques avec une politique sociale valable. » Christophe se prend à rêver : « Il pourrait y avoir des sanctions financières pour le patron qui refuserait de négocier : il devrait payer 50 % du salaire des grévistes au quatrième jour, 75 % au huitième… Là, les grèves s’arrêteraient vite ! »

(1) Le prénom a été changé.

L. B.

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Tag(s) : #Economie
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