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Politique - Article paru le 17 juillet 2007

événement

« On veut réduire notre liberté de parole »

Conflits . À partir d’aujourd’hui, le Sénat examine le projet de loi instituant un « service minimum ». En Languedoc-Roussillon, réflexions de cheminots sur le droit de grève, à l’heure où la SNCF restructure à grande vitesse.

Montpellier (Hérault),

envoyée spéciale.

Pour Jean-Luc, cadre à la SNCF à Montpellier et représentant syndical UNSA au comité d’entreprise, « on ne fera croire à personne que le cheminot est tellement maltraité qu’il doive se mettre en grève à tout bout de champ ». José Gomez, secrétaire régional de l’UNSA cheminots, estime quant à lui que « certaines personnes dans la région ont galvaudé le droit de grève. Si on est obligé de légiférer, c’est le constat d’un échec en amont, celui de certains partenaires sociaux et de la direction de négocier ». Dans la ligne de mire de l’UNSA (20 % des voix), il y a le « syndicat majoritaire », c’est-à-dire la CGT, qui est chez elle à Montpellier, avec plus de la moitié des voix aux élections. Un syndicat qui, aux yeux de l’UNSA, entretient dans la région une « conflictualité exacerbée » et « irresponsable », face à une direction qui ne sait pas non plus négocier. Bref, à Montpellier, l’UNSA peine à faire la part entre son opposition au projet du gouvernement et son hostilité envers le syndicalisme CGT, accusé d’avoir « donné tout ce qu’il fallait à Sarkozy pour qu’il parvienne à un succès politique ». Pour José Gomez, « la loi est inutile », puisque la maison dispose depuis 2003 d’un accord d’alarme sociale instituant la « concertation immédiate » en cas de problème signalé par les syndicats.

pour la SNCF, les restructurations ne vont pas assez vite

« La concertation, c’est très bien, mais la direction a du mal à s’y mettre », juge Laurent Martin, secrétaire régional adjoint des cheminots CGT. Pour Yvan Sanchez, secrétaire (CGT) du CE régional, « l’entreprise n’a jamais réussi à négocier en dehors du conflit ou de la grève. Et qu’elle a besoin de mesurer le rapport de forces pour lâcher un peu ». La conflictualité exacerbé ? « Faux, répond Laurent Martin. Les cheminots en ont marre des restructurations. Et pour la direction, qui veut se débarrasser d’un certain nombre d’activités en les filialisant, ça ne va pas assez vite. La direction a besoin d’un outil pour nous avoir là-dessus et sur les retraites. »

« Dans les faits, le service minimum existe déjà, fait remarquer Claude, cadre dans l’infrastructure. On n’a jamais vu de grève sans train. » Il faut dire que l’entreprise a déjà élaboré des dispositifs permettant de faire rouler les trains en l’absence de contrôleurs : un dispositif interne baptisé « charte de l’accompagnateur occasionnel de trains de voyageurs » encourage les cadres à remplacer les contrôleurs grévistes, dénonce Sud rail.

Georges, cadre dans les services de l’immobilier, n’est pas contre la grève, « si on touche aux fondamentaux : les retraites, le statut ». Lors de précédents conflits, il a été « sollicité par les collègues pour accompagner les trains », autrement dit pour remplacer les contrôleurs grévistes. « Même si je trouve ça limite, on s’arrange en interne. C’est plus agréable pour les collègues qui travaillent d’avoir des trains qui partent que des clients qui râlent. Et ça permet aux autres d’exercer leur droit de grève », ajoute-t-il sans sourcilier. Mais si un jour la SNCF devait réquisitionner les agents, Georges ne se sentirait « plus concerné ». Un cadre sup : « Les grèves, c’est hors d’âge ! Ici, on a grève sur grève, parce que les syndicats chauffent leurs troupes pour exister. » « Peut-être, mais il y a un malaise plus profond », rétorque Georges.

Déshumanisation

des services

Les motifs de malaise ne manquent pas. En 2006, la région a perdu 156 emplois, et l’hémorragie se poursuit. Depuis deux ans, les cheminots de Sète se battent contre la suppression d’un poste d’aiguilleur de nuit. À Montpellier, les régulateurs du poste de commandement (PC) bataillent contre des réductions d’effectifs. « Ça arrange du monde de donner du cheminot cette image du mec rétrograde, s’emporte Jean-Baptiste Taupenot, un régulateur. Or si nous sommes en conflit depuis six mois, c’est parce que nous voulons alerter sur les défaillances du système de transport. Le gros problème de la SNCF, c’est l’absence de communication entre les cadres dirigeants et les cheminots. » Son collègue Julien Castanier trouve « insupportable » d’être accusé d’abuser de la grève. « On abuserait d’une action qui nous prive de notre salaire ? Dans mon entourage, quand nous faisons grève, on me dit : "Bougez, parce que nous, on ne peut pas." C’est facile de ne pas se compromettre, mais il vient un moment où il faut prendre parti. » Jean-Baptiste : « Ceux qui critiquent la grève sont-ils prêts à rendre ce qu’elle nous a permis de gagner ? »

Pour Jean, agent commercial syndiqué FO, le projet du gouvernement vise à « faire pression sur les salariés pour qu’ils cessent de contester les décisions contestables d’une société qui fait des bénéfices record : réductions de personnels et déshumanisation des services. Il y a matière à conflits à la SNCF ». En ligne de mire du projet, « la culture syndicale des cheminots, qui ont l’habitude de faire intervenir les syndicats pour les aider et s’attendent à ce qu’ils réagissent, ce qui n’est plus le cas ailleurs. Cela évite certains abus contre les droits de base des salariés, ou le non-respect de leurs contrats de travail ». Jean-Pierre est technicien dans un bureau d’études touché par une restructuration et syndiqué UNSA : « Pour moi, aujourd’hui, la grève est le moyen le plus efficace pour faire pression sur la direction. Avec ce projet de loi, on essaie de réduire notre liberté de parole. »

Lucy Bateman

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Tag(s) : #Economie
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