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Tribune libre - Article paru le 11 juillet 2007 dans l'Humanité

idées

Le peuple a de l’avenir

De la puissance du peuple, tome III, Dictionnaire des concepts et masques

de la démocratie,

sous la direction

d’Yves Vargas (Groupe d’études

du matérialisme rationnel),

éditions le Temps des Cerises, 2007,

408 pages, 22 euros.

Dans la bataille des idées révélée

par le choix des mots, le terme

de « peuple » est un des mieux masqués

par les discours dominants, lesquels emploient plus volontiers l’épithète « populaire.

Mais si le peuple n’est pas une évidence,

il n’est pas facile de s’en débarrasser, soulignent

les auteurs de ce dictionnaire critique, réunis

sous l’égide du Groupe d’études du matérialisme rationnel et dirigés par le philosophe Yves Vargas.

De anarchie à utilité en passant par jardins et sport, l’ouvrage scrute ainsi les représentations

du peuple qui hantent plus ou moins explicitement

le discours philosophique, les idéologies,

en s’efforçant de démasquer derrière les effets

de modes et autres idées reçues, la prégnance contemporaine d’un concept. Ainsi, le sociologue Bernard Péloille interroge-t-il les rapports entre

les notions de « classe » et de « peuple ». Précise,

l’idée de classe s’opposerait à la notion floue

de peuple en venant masquer la première ? En fait, une forte intimité lie les deux notions : « Comme

sa composition de classe, le peuple est une réalité empirique variable dans l’histoire. » Ce pourquoi

une classe doit selon lui se transformer en peuple

pour faire prévaloir l’intérêt général.

De son côté, Pierre Roche dresse un historique des politiques scolaires en rapport avec les représentations du mot. De la volonté de maintenir le peuple à l’écart de l’enseignement à celle, inverse, de démocratiser

le système, en passant par le mépris de la réussite scolaire affiché par les syndicalistes et socialistes du début du XXe siècle, qui entendaient « ne pas passer dans le camp ennemi », jusqu’au plan de réforme de l’enseignement Langevin-Wallon qui introduisit en 1947 le droit au développement maximum, l’historien fait ressortir le tournant du collège unique : un cap qui fit tomber le cloisonnement entre écoles du peuple

et des élites. Enfin, il fait apparaître combien grave

est l’abandon actuel par les partis dominants de tout projet de démocratisation : puisqu’il n’y a plus d’ascenseur social via l’école, « le peuple doit demeurer à sa place ».

L’article Religion rédigé par le philosophe

André Tosel mérite d’être souligné. L’auteur insiste sur la nécessité de penser à la fois la soumission symbolique à un tiers et la soumission socio-politique. Puisque « la soumission à l’ordre symbolique persiste

en régime de politique laïque », il importe de résister aux ordres symboliques vides ou destructeurs.

Éviter comme le fit le communisme historique

de développer un culte de l’Un qui a nié la pluralité humaine, « l’homme, être suprême pour l’homme », mais aussi résister à la mondialisation

du « capitalisme liquide » qui place l’argent à la place de l’Autre, ce en quoi la domination historique liquide la domination symbolique. La voie rationnelle est celle de la philosophie accomplie, celle de Spinoza.

La domination symbolique qu’André Tosel appelle « démocratie-processus » doit reposer sur la possibilité permanente d’insurrection de la multitude indignée par la politique de l’État : ce qui permet la confrontation, au nom de quoi s’opère la réinvention permanente de la démocratie. Résister à la « désymbolisation » tout en héritant des promesses non tenues du communisme historique, faire renaître « un héroïsme civil ciment d’un sens commun,

d’une symbolique à inventer ».

Nicolas Mathey

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Tag(s) : #DEBAT après le 17 juin 2007
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