La disparition (suite)
Dans mon premier article, je vous avais parlé d’Elle, celle qu’on nomme plus, celle dont personne ne revendique plus la paternité, celle que nul ne veut aujourd’hui "continuer", "approfondir" ou même "conduire avec responsabilité". Ah, triste sort de ces pauvres courtisanes, qui connaissent un moment de gloire sous les projecteurs et avec qui tout le monde veut danser, mais qui sont rejetées dans un coin dès que les rides commencent à pointer. Les hommes sont si ingrats...
Car il faut ouvrir par exemple les documents du 29ème Congrès (à l’époque Elle était encore belle et désirable) pour lire ce que ces messieurs écrivaient d’elle. Tiens, par exemple, prenons Roger Martelli :
"Bien entendu, nous le [la refondation de la gauche] ferons d’autant mieux que nous aurons conduite avec responsabilité une MUTATION (...)"
De Francis Wurtz :
"C’est précisement pour nous hisser à la hauteur d’une telle ambition que (...) que nous avons engagé une nouvelle étape de notre MUTATION (...)"
De Guy Hermier :
"La MUTATION exige des aces d’une toute autre audace" (titre de l’intervention).
Et on pourrait continuer, en citant des noms aussi prestigieux que Patrick Braouezec, Alain Hayot, Manuela Gomez, Jean François Gau... et même Marie George Buffet. A l’époque, ils étaient tous amoureux d’Elle. Aujourd’hui, à peine s’ils la nomment.
J’aimerais savoir ce que les Hayot, les Braouezec, les Gau... et même MGB pensent aujourd’hui de ce qu’eux mêmes disaient hier. S’ils sont fiers de d’avoir été les hérauts de la "mutation", pourquoi cette discrétion ? S’ils estiment s’être trompé, pourquoi ne pas le dire et contribuer ainsi à l’analyse des problèmes du PCF ?
Mais bien entendu, ils n’en feront rien. Les mêmes dirigeants qui sont si rapides à nous encourager à la critique des erreurs commises il y a cinquante ans (c’est à dire, des erreurs commis par des dirigeants qui jouissent d’une paisible retraite, quand ils n’ont pas quitté cette vallée de larmes) ont une prudence de vierge lorsqu’il s’agit d’avoir une lecture critique des erreurs commises il y a seulement dix ans. Et c’est pour cela que la plaisanterie :
Q : Combien de communistes faut-il pour changer une ampoule R : Un seul, mais il lui faut trente ans pour s’apercevoir qu’elle est grillée
Gardera encore sa saveur pendant longtemps. Et pourtant, si l’on veut changer quelque chose dans ce Parti, il est impératif de sanctionner les maréchaux de la défaite. Parce que, comme ils aimaient à dire du temps ou ils étaient encore amoureux d’Elle, "la vie a tranché", et elle a montré la complète inanité de leurs analyses. Il faut que ces engeances laissent la place à d’autres, dont la réflexion soit plus claire, et moins encombrée de considérations personnelles. Et surtout, il faut qu’ils partent sans "parachute doré" comme celui qu’on a assuré au père UbHue (la présidence de la Fondation Gabriel Péri et un siège de sénateur... c’est pas encore EADS, mais ça y ressemble).
Je n’ai rien de personnel contre les membres du CN actuel (quoique...). Mais il faudrait qu’ils aient le courage d’admettre qu’ils ont collectivement failli. Et pour les plus anciens d’entre eux, ce qui ont participé aux 28, 29 et 30ème congrès, qu’ils ont failli depuis très longtemps. Et que ceux qui ont suivi bêtement la "mutation" parce que c’était le caprice du Chef ne sont pas moins coupables que ceux qui y ont vraiment cru.
Et il faudrait qu’ils aient aussi le courage de reconnaître que les autres, ceux qui dès le 28ème congrès ont tiré les sonnettes d’alarme avaient raison, et qu’à ce titre ils sont peut-être plus qualifiés pour conduire le PCF dans la phase qui s’ouvre.
Est-ce que le prochain congrès (ou devrait-on dire le "double congrès", comme on disait "double parité" au temps de Bouge l’Europe ?) verra cette clarification ? Je ne le crois pas. En tout cas, on voit s’enclencher le même processus que lors du congrès de Martigues : on commence par parler d’une préparation "inédite" qui nous affranchit de la "gangue statutaire" (c’est à dire, des statuts votés par les communistes lors d’un congrès, ce qui donne une idée de la vision que les directions ont des décisions collectives) pour finalement laisser une période de réflexion et de discussion ultra courte et sans texte de référence. Les résultats seront les mêmes qu’à Martigues : un "parti d’un nouveau type II" qui fera "flop" aussi vite que la version I.
Voltaire
samedi 7 juillet 2007
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