social - économie
Des bulldozers dans les vignes
Mariann Fischer Boel fera connaître demain aux ministres européens de l’Agriculture son projet amendé de réforme de l’Organisation commune du marché (OCM) qui avait été mis sous le coude durant les campagnes électorales françaises de ce printemps. La commissaire
danoise à l’Agriculture se contenterait désormais d’un plan d’arrachage de 200 000 hectares de vignes au lieu des 400 000 hectares annoncés en juin 2006. « Le programme d’arrachage aura une orientation sociale forte », selon la commissaire. Traduction : les primes d’arrachage seront relativement élevées la première année et dégressives ensuite afin de pousser les endettés dans une course de vitesse au sauve-qui-peut.
Mais ce plan passe mal dans les campagnes viticoles du Languedoc-Roussillon et au-delà. Une manifestation a rassemblé entre 600 et 700 viticulteurs hier après-midi à Béziers (Hérault) à l’appel de la Confédération paysanne, de la Coordination rurale, du collectif Paysans toujours et du MODEF, dont le président, Xavier Compainm a déclaré que l’on « ne fait pas une politique agricole à coups de bulldozer ». Cette action qui exigeait un « sommet de la viticulture » en France a connu un succès appréciable aux yeux du président du MODEF qui avait écrit à tous les syndicats afin de parvenir à une action commune. La FNSEA, ses syndicats spécialisés et les dirigeants de caves coopératives avaient ignoré l’appel à l’unité. On apprenait en fin de semaine dernière que le ministre de l’Agriculture,
Michel Barnier, les recevrait aujourd’hui.
Dans le Languedoc, on redoute un plan aux effets aussi dévastateurs que celui qui frappa la sidérurgie lorraine au début des années 1980. Pourtant la demande en vin progresse dans le monde et la région a désormais des gammes de produits qui répondent bien aux attentes des pays importateurs. Les vignerons ne comprennent pas les raisons de cette politique d’arrachage et de casse des outils de régulation des marchés que sont la suppression des aides à la distillation en cas de forte récolte, des aides au stockage privé, des aides à la fabrication de jus de raisin. Surtout qu’a la fin de la période d’arrachage les droits de plantation de nouvelles vignes deviendraient totalement libres, au grand dam des professionnels qui veulent maintenir une réglementation afin d’éviter de nouvelles crises de surproduction. En Australie, le groupe Pernod-Ricard est devenu l’un des plus gros producteurs de vin. Il exporte prioritairement en Europe. Lui et d’autres savent faire du lobbying auprès de la Commission. On peut même dire qu’ils ont écrit la réforme.
Gérard Le Puill
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