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Article paru le 3 juillet 2007 dans l'Humanité

Sarkozy, ou la frénésie de tout régenter

Peu de surprises à attendre du discours de François Fillon : Nicolas Sarkozy a déjà tout dit. Une dérive institutionnelle vers une hyper présidentialisation.

François Fillon « n’aura pas à faire preuve de beaucoup d’imagination pour son discours ». La sentence du porte-parole de l’Élysée, David Martinon, semble cinglante. Même s’il l’assortit d’une précaution : « Nicolas Sarkozy et François Fillon ont préparé ensemble le projet présidentiel. » Que peut-on attendre de neuf en effet de la « déclaration de politique générale » du premier ministre aujourd’hui à l’Assemblée nationale ? Quand le président de la République a tout dévoilé le 20 juin dernier devant les députés du groupe UMP et que le secrétaire général de l’Élysée, Claude Guéant, justifie les mesures de ce programme la veille dans un entretien à la Tribune (voir ci-dessous) : « On agit dans

la transparence. Le patron apparaît comme le patron », affirme-t-il. Une situation que François Fillon semble vouloir assumer : « Nicolas Sarkozy est numéro un, je suis numéro deux. Et tous ceux qui voudront me pousser à exister contre lui perdent leur temps. »

Jean-François Copé exprime à sa façon la répartition des rôles. « Ne doutez pas un instant que la majorité, et le groupe UMP, est totalement engagée au côté de François Fillon », affirme-t-il. Et il précise la mission du groupe des députés UMP qu’il préside : « sur l’université, le service minimum, la réforme fiscale, nous serons extrêmement attentifs à ce que les engagements soient tenus. » Sur tous ces sujets sensibles, il attend du discours du premier ministre « qu’il nous confirme bien que nous tiendrons ».

Pour François Bayrou, « un grand pays moderne ne peut être dirigé par un seul homme ». Il rappelle que

les Français « ont choisi un pouvoir actif, vaillant, mais pas omnipotent ». Il estime qu’il est difficile de gouverner lorsque le président

se saisit de tout. « Plus

personne, alors, n’ose décider et agir, en attendant le jugement qui vient d’en haut. À terme, c’est la paralysie », prévient-il.

L’épisode révèle la véritable dérive institutionnelle vers le régime hyper présidentiel que veut imposer Nicolas Sarkozy. Dans sa frénésie de tout décider, tout régenter en première ligne, il cache mal sa fascination pour le régime présidentiel des États-Unis. En témoignent les points de presse de son porte-parole, David Martinon, dont le protocole semble tout entier inspiré par la Maison-Blanche. Un David Martinon qui, peu avant que le secrétaire général de l’Élysée ne s’exprime dans la Tribune, réunissait tous les chargés de presse des ministères pour recommander aux ministres de ne pas se précipiter dans les médias.

Sur le terrain pour « expliquer » sa politique par des meetings comme hier à Strasbourg, omniprésent dans les médias, rencontrant en direct syndicats et directions des entreprises, le président tient à agir sur tout. Il prépare une réforme constitutionnelle qui lui permette de s’adresser directement aux parlementaires. Il exerce sa tutelle sur « ses » ministres comme en témoigne encore l’annonce de sa présence, aux

côtés de Christine Lagarde, à l’Eurogroupe, la réunion des ministres de l’économie de la zone euro. À charge pour François Fillon et Jean-François Copé de veiller à ce que le gouvernement et la majorité présidentielle, accompagnent, jusqu’au bout et sans faiblir, ses « réformes » ultralibérales.

Olivier Mayer

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Tag(s) : #Chronique présidentielle
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