Le devenir communiste
Alors qu’une gauche de gauche est à reconstruire ( et non pas une " gauche de la gauche !), la responsabilité des communistes est importante. Ils représentent la force organisée la plus importante agissant pour une transformation sociale anticapitaliste. Ils sont porteurs d’une pratique et d’une culture visant à une gauche " de combat et de responsabilité ", une " gauche radicale de gouvernement ". (1) En même temps, le marquage historique des expériences du 20ème siècle tant nationales qu’internationales, les difficultés à les surmonter et à crédibiliser une nouvelle perspective historique, les changements mondiaux et européens, les évolutions institutionnelles, posent une double question : le " réalisme " d’une perspective anticapitaliste dans le monde d’aujourd’hui, la place et le rôle d’un parti politique de la transformation sociale, et spécifiquement du parti communiste français. Ce débat occupera bien sûr une place essentielle dans les échanges des mois à venir. On peut toutefois poser quelques points de repères.
Sur le communisme
Ses fondamentaux sont issus des combats pour l’émancipation humaine, la solidarité, le dépassement de toutes les dominations, à commencer par celle de l’exploitation capitaliste. C’est un combat dont l’actualité est criante quand on voit la volonté de la droite de rallonger le temps de travail, forme primaire de cette exploitation. Le communisme, dans ce qu’il a d’essentiel, l’ ambition de dépassement du capitalisme, est plus actuel que jamais. Y compris planétairement, en intégrant les dimensions écologiques. Pour l’épanouissement de toutes les personnalités en combattant toutes les formes de discriminations, et notamment patriarcales.
Autre repères fondamentaux, rappelé par Jean Paul Jouary (2), le communisme est un mouvement à la fois théorique et pratique pour révolutionner le réel et non pas l’action pour un modèle prédéfini de société. Tout ce qui le fige en " modèle ", en avenir conçu a priori, ou en " identité " qu’il s’agirait seulement d’affirmer, déforme le communisme.
La question du devenir communiste revoie donc concrètement à sa capacité ou non de faire face aux défis de la transformation sociale aujourd’hui. Elle ne se décrète pas, pas plus dans le sens de la " mort " du communisme que de sa " survie ". Elle s’examine donc concrètement en fonction d’une visée, de propositions, d’une stratégie, de politique d’union et d’alliance, de la réalités des activités et des forces, du chemin parcouru et des obstacles rencontrés, en ne perdant jamais de vue que " ce sont les peuples qui font l’histoire ".
La notion de parti
Autre point de repère, concernant la notion de parti politique et de l’organisation communiste, sachant que bien entendu il y aura dans la discussion bien d’autres points de vue que celui exprimé ici.
Il y a une démagogie du discours " anti parti politique ", composante du populisme, fut-il de gauche. (3) Il y a dans un combat de classe, et face aux enjeux de pouvoir, une nécessité et un besoin de partis politiques. Le combat de la transformation sociale ne peut pas se contenter d’être " mouvementiste ". Cela n’enlève rien aux exigences de bousculer des pratiques qui peuvent avoir vieillies et de construire des approches autogestionnaires pour l’exercice et la répartition des pouvoirs dans la société.
Ensuite, un parti, et spécifiquement le PCF, n’est pas qu’un " outil ". Vision réductrice qui passe à côté de l’essentiel. D’abord par l’histoire, où nous sommes les héritiers d’un courant du mouvement ouvrier du XXème siècle. Ensuite parce qu’un parti est d’abord une convergence de volontés humaines, d’intelligences, de pratiques, une forme de rassemblement actif, fondé sur des valeurs, un projet et des luttes. Pour le parti communiste français, la volonté d’une alternative au capitalisme et de faire entrer cette alternative dans le réel, de ne pas en rester au seul stade protestataire.
Comment avancer ?
Le congrès annoncé pour l’automne devra interroger la situation à l’issue de la période 2002-2007. Avec pour le Parti Communiste, une contradiction. Il a su, à la différence du PS, tirer les enseignements de 2002. Montrer qu’il ne pouvait y avoir d’issue à gauche et de participation gouvernementale qu’émancipé d’une domination social-libérale. Elaborer et participer à l’élaboration de propositions alternatives. Opérer un retour militant actif. Cela c’est vu aussi bien dans la campagne référendaire de 2005 que dans la campagne de Marie George Buffet. Et, en même temps le résultat électoral de la présidentielle est un échec douloureux, malgré les qualités de la campagne, des propositions et de la candidate.
A l’évidence, le double traumatisme, des échecs de la gauche en France à changer durablement la vie entre 1981 et 2002, et des effondrements de ce qui s’est fait dans le monde au nom du communisme à la fin du 20 ème siècle, pèse durablement contre la reconstruction d’une crédibilité.
Et, l’échec à concrétiser un rassemblement antilibéral privant la candidature de " dynamique politique " face au " vote utile ", comme l’instrumentalisation de différentes fractions de l’extrême gauche ou de composantes de ce rassemblement contre le PCF dans la campagne, a fait le reste.
Certains parlent déjà de restructuration politique, de fusion, de se fondre dans autre chose : bref ça se bouscule au portillon de la recomposition. (4) On défendra ici un point de vue différent.
La priorité n’est pas aux recompositions de structure qui sont toujours d’une certaine façon des démarches de sommet.
La priorité c’est le débat public de fond sur la reconstruction d’une gauche de gauche, reconstruction inséparable des combats à mener contre les options de la droite libérale. Par exemple le débat sur la " TVA sociale " n’est autre que celui de la responsabilité sociale des entreprises ? Qui doit financer la protection sociale : la consommation ou la production ? Il en va de la crédibilité et d’une politique alternative au capitalisme d’aujourd’hui.
En lien avec cette reconstruction d’une gauche de gauche, la question décisive est celle d’un mouvement populaire majoritaire co-auteur d’un projet de transformation sociale. C’est toute la question de l’union et du rassemblement antilibéral.
L’union doit ambitionner de concerner toute la gauche et le rassemblement n’est pas la fusion de ses composantes. L’échec du rassemblement antilibéral fin 2006 doit servir de leçon. En spéculant sur une recomposition politique au détriment du PCF, en anticipant sur des fusions éventuelles au détriment d’un rassemblement loyal, des acteurs du rassemblement antilibéral ont envoyé ce rassemblement dans le mur.
Union, rassemblement populaire majoritaire, majorité politique émanant de cette implication populaire : l’expérience montre qu’il n’y a pas de raccourci à ce travail de fond. De même que les rapprochements possibles ne doivent pas être fondées sur des désaccords non élucidés qui lorsqu’ils se révèlent mettent en échec un processus comme on l’a vu en décembre dernier.
Savoir prendre les initiatives publiques et populaires pour ces chantiers prioritaires là, tel est le défi pour le PCF.
En ce sens, il a des responsabilité importante dans la situation. Quant à savoir si les dynamiques engagées auront des conséquences sur les structures politiques, nul ne peut l’exclure mais nul ne peut en faire un préalable. Une Convergence Démocratique pouvant voir le jour entre des forces de sensibilités différentes mais ayant en commun l’ambition d’une gauche populaire, de combat et de responsabilité, sans être d’ailleurs une fusion entre elles.
Jean Paul Duparc
(1) différence d’approche avec la LCR qui borne, comme après 2002 sa perspective à la création d’un nouveau parti anticapitaliste autour de la matrice LCR et dont la détermination serait " rien avec le PS " et faisant l’impasse sur la question de la perspective politique.
(2) dans l’Humanité du 13 avril 2007, " Agir pour la réalisation d’un modèle de société fut la démarche dominante de ceux qui aspiraient à changer le monde, depuis vingt-cinq siècles, y compris en se réclamant de Marx. Avec les déboires et impuissances que l’on sait. Mais Marx lui-même avait défini le " communisme " contre cette idée, rejetant la possibilité de mobiliser autour d’un idéal ou d’un projet. Il a définitivement montré qu’il n’est de processus révolutionnaire que par une création pratique, puisant dans les potentialités présentes la capacité à faire naître un avenir possible parmi tous les possibles. Le dépassement de ce qui exploite et opprime est le creuset de ce qui rassemble et crée la nouveauté émancipatrice. À l’inverse, l’idée d’un avenir conçu a priori est liée à celle d’" identité ", forgée autour d’une conception figée de l’humain. Cette démarche divise et oppose a priori ceux qui partagent ou refusent ce projet, et rend donc aveugle sur ce qui naît de neuf. (…) On voit bien dans cette campagne électorale la nocivité de tout usage de cette notion d’identité, et en quoi elle est liée à une modélisation figée des réalités humaines. C’est le B.A.-Ba de la réflexion philosophique en politique. "
(3) Ainsi un texte du 15 juin de Raoul Marc Jennar, un des animateurs de la campagne Bové, qui au nom de la lutte contre les " appareils " et les " esprits de boutique " propose de créer une nouvelle organisation politique. Ce qui provoque par ailleurs des prises de distances de personnalités comme Claude Debons, avec cette tentative des comités Bové de s’approprier les prolongements des collectifs antilibéraux.
(4) de Jean Claude Gayssot envisageant une nouvelle formation englobant le Pcf, à Roger Martelli qui parle lui de mouvement de la transformation sociale au sein duquel il y aurait un courant communiste.
Amis du sud, ce texte est l’une des contributions publiées par l’hebdomadaire "Le patriote Côte d’Azur" ( celui qui fait de la résistance sur le secteur le plus sarkozyste de France..) et que vous pouvez aussi retrouver sur les forums qu’il a ouvert aux contributions locales sur le site
patriote.info
De : jeanpaul duparc
jeudi 21 juin 2007
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