Vertiges consensuels
Si le très décevant résultat de la candidate Marie-George BUFFET peut et doit soulever de légitimes interrogations sur la lisibilité de la stratégie de toute sa campagne, il me semble que cette analyse doit être le fruit d’une réflexion globale par rapport à l’ensemble des résultats du premier tour mais aussi concernant les enjeux du deuxième tour.
Et n’en déplaise aux charognards de toute espèce déjà prompts à espérer se repaître d’un PCF qui serait " moribond ", alors que d’aucuns ont largement contribué à ce résultat électoral, ils peuvent ranger leurs avis de décès et leurs réquisitoires de circonstances, les communistes sauront trouver les ressources nécessaires pour s’investir plus que jamais dans les batailles à venir !
C’est d’ailleurs pour ma part un des aspects qui peut laisser perplexes tous ceux qui ont participé à cette campagne, c’est le décalage entre les ressentis sur le terrain et un résultat final qui, nous devons le dire sans ambages, est mauvais et constitue un échec. Car si j’ai eu l’occasion de constater, et je ne dois pas être le seul, le vote de nouveaux électeurs en faveur de Marie-George BUFFET, le nombre de voix à l’arrivée montre qu’il y a eu une grosse déperdition de voix qui interroge le positionnement de cette candidature dans la campagne et sa lisibilité.
Il convient donc de se pencher sur les résultats de l’ensemble des candidats en présence en repartant de ce qu’aura été cette campagne et des responsabilités des uns et des autres dans sa tonalité dans le contexte d’un scrutin qui favorise la bipolarisation.
Car, contrairement à ce qu’avancent beaucoup de commentaires, c’est l’ensemble des candidatures issues de la gauche anti-libérale et même au-delà si l’on y ajoute celle des Verts qui souffre lors de ce premier tour, et ce moins de deux ans après la victoire du non au référendum.
Car, pour ceux qui claironnent sur le résultat historique de BESANCENOT, faut-il rappeler qu’il se situait déjà devant le candidat PCF en 2002, ainsi qu’Arlette LAGUILLER, et que ses deux candidats perdent, par rapport à 2002, plus de 800 000 voix !
Pour autant, force est de constater que BESANCENOT est celui qui, à la gauche du PS, réussit à limiter les dégâts et s’en sort le mieux. Peut-être parce que son positionnement est apparu le plus lisible, dans l’ensemble des débats et des candidatures qui existaient dans la gauche antilibérale, en fonction aussi de la campagne développée par la candidate du PS.
Plus lisible ne signifie pas pour autant, à mes yeux, le plus pertinent, je le précise !
Le refus de la candidate PS d’engager un débat sur le fond et sur les choix de société provient d’une incapacité à assumer politiquement des choix en rupture avec les politiques d’accompagnement sociales-libérales menées depuis des années.
Cela a permis à SARKOZY de circonscrire la campagne à des questions de forme et de stratégie, lui permettant d’user et d’abuser de la démagogie avec le concours zélé d’un appareil médiatico-sondagier omniprésent et de braconner sans vergogne sur les terres et les thèmes de l’extrême-droite tout en multipliant les références abusives aux figures historiques de la gauche pour mieux faire passer son glissement à droite. Cela a aussi ouvert un espace politique considérable à BAYROU, profitant de la droitisation du candidat de l’UMP et de l’absence de ROYAL sur les grandes questions de choix de société et du fait que celle-ci, par ce choix, se limitait à contester SARKOZY sur les terrains choisis par lui.
Cela a amené un déplacement du centre de gravité du débat vers la droite propice à bien des manipulations.
Première manœuvre du Barnum médiatique et politicien au service de SARKOZY, accréditer l’idée que BAYROU représenterait la seule alternative possible à " l’irrésistible ascension " de SARKOZY ( voir la multiplication des sondages, sans aucun fondement, indiquant la victoire possible de BAYROU contre SARKOZY au 2ème tour, avant même que le 1er tour n’ait eu lieu ! ).
Ensuite disqualifier la crédibilité de la gauche anti-libérale et des tenants du Non au référendum, bien aidés en cela par les déchirements et les atermoiements de celle-ci, dont il s’est fait un plaisir de les mettre en exergue.
Tout d’abord la décision de la LCR d’aller seul à la bataille électorale en présentant la candidature de BESANCENOT, puis le retrait de José BOVE au prétexte de ne pas ajouter " de division à la division " ! On voit ce qu’il en est advenu depuis et son résultat final atteste de l’innocuité de sa candidature, de son pouvoir de division, en somme de cette capacité de nuisance chère à Yves SALESSE.
Le PCF, dans sa volonté compréhensible de jouer le jeu du rassemblement anti-libéral jusqu’au bout, a sans doute tardé à assumer un choix clair et lisible afin d’entrer en campagne sans tarder, ce qu’il n’a pas fait et l’attitude d’une partie de ses élus et responsables n’aura certes pas contribué à améliorer sa visibilité dans la campagne. Ceux-là même qui, pour certains, osent se poser en donneurs de leçons aujourd’hui !
Il s’est laissé empêtrer dans la recherche d’un fumeux " double consensus " qui s’est avéré à l’usage être une machine de guerre contre le PCF, car chacun pourra constater qu’après avoir été brandi comme un crucifix face à la candidature de Marie-George BUFFET, lors de l’émergence de candidature BOVE, il s’est vite évanoui à la faveur de quelques " picotements dans le ventre ".Les équivoques et les malentendus sur la nature de ce rassemblement ont achevé de le discréditer malgré la volonté unitaire manifestée par des milliers de participants aux collectifs de base.
Troisième phase de la machinerie médiatico-politicienne, brandir l’épouvantail du 21 avril 2002 en évoquant la menace que la gauche ne soit pas représentée au 2ème tour, en faisant mousser BAYROU au maximum, afin d’accentuer le phénomène de vote utile au profit de la candidate PS.
L’intérêt majeur de cette stratégie :
La marginalisation de toutes les candidatures issues, peu ou prou, du non de gauche au référendum pourtant déterminant dans la victoire du Non, les candidatures défendues par les tenants du oui disposant d’une écrasante majorité, et l’évacuation du débat de toute alternative possible à l’ordre capitaliste.
Tous ces phénomènes, en déplaçant vers la droite le centre de gravité du débat, ont entraîné un glissement généralisé des électeurs vers la droite, le candidat UMP siphonnant une bonne partie des voix de l’extrême-droite, une frange plus modérée de son électorat se retrouvant avec beaucoup d’électeurs de gauche sur BAYROU et nombre d’électeurs des diverses sensibilités de gauche votant ROYAL dès le premier tour pour exorciser la menace de son élimination dès le premier tour.
Si le PCF est celui qui a le plus souffert du syndrome du vote utile, avec aussi les Verts, c’est d’abord parce que c’est dans leur électorat que le réflexe de " discipline républicaine " et de " vote utile " en faveur du candidat de gauche le mieux placé est le plus ancré. Ensuite parce que leur refus de toute logique exclusive envers le PS et ses électeurs a rendu, même si cette position était fondée au regard de l’expérience de la campagne référendaire, leur positionnement moins clair aux yeux de leur électorat, contrairement à celui de la LCR et de LO, aggravé pour le PCF et sa candidate par une entrée tardive en campagne et les polémiques qui l’ont accompagnée.
On voit maintenant cette stratégie de l’aréopage médiatico-politicien prendre toute son ampleur avec un autre matraquage incessant commencé dès dimanche soir autour de deux axes essentiels :
1 La gauche est minoritaire en France, assénée comme une vérité avérée, ce qui semble pour le moins contestable, à moins de jeter aux oubliettes des scrutins récents comme les régionales de 2004 ou le référendum de 2005. Que l’offre de représentation politique de la gauche se soit retrouvée minoritaire le soir du premier tour des Présidentielles ne signifie en rien qu’elle soit minoritaire dans ce pays !
2 Partant de ce postulat contestable donc, on en vient à seriner l’autre affirmation plus que discutable comme une évidence incontournable, l’élection présidentielle se gagnera au centre, ce qui équivaut, et l’histoire l’a déjà montré maintes fois, à une impasse politique suicidaire pour la gauche. Car il est au contraire très clair que pour la gauche, l’élection ne pourra se gagner qu’à GAUCHE, c’est-à-dire dans la capacité de la candidate socialiste d’assumer une politique vraiment de gauche avec des choix résolus qui rompent avec l’aménagement social-libéral du capitalisme !
Cette course à l’échalote du centre s’inscrit tout à fait dans un schéma de démocratie de " basse intensité " à la mode états-unienne, avec un bipartisme et une alternance qui ne remettent jamais en question les fondements du capitalisme et évacuent toute alternative politique du débat. Ensuite présenter le consensus mou du bloc central comme une nouvelle cuisine relève de l’escroquerie, chacun pourra se rappeler combien se sont révélés indigestes pour le peuple et la gauche les brouets de ce type mitonnés dans le passé !
Il est clair que le candidat SARKOZY représente un danger majeur pour la société française avec tous les dégâts sociaux que cela peut représenter en on ne saurait passer ces conséquences pour quantité négligeable. C’est pourquoi il convient de se mobiliser massivement et activement pour le battre, mais dans la clarté des choix et des enjeux et sans entretenir d’illusions sur la posture de la candidate ROYAL.
Car, au vu des déclarations des premiers jours d’après premier tour, il y a lieu de s’inquiéter des orientations que celle-ci donne à sa campagne en multipliant les appels du pied et les offres en direction de l’UDF. Voilà qui augure mal d’une réelle volonté politique de rassembler à gauche et surtout de la possibilité que cette volonté trouve une traduction politique lors des élections législatives à venir et soit à même de bâtir une majorité législative.
Cela ne fait qu’augmenter les responsabilités de la gauche de transformation sociale en général, et du PCF en particulier, dans les batailles législatives à venir.
Un affichage clair des propositions et de la logique alternative portées par les candidatures, une volonté de rassembler d’abord, en actant le fait de la diversité mais en ne cultivant pas les particularismes, là encore le refus de toute exclusive vis-à-vis des électeurs, en partant de la conviction que seule une gauche de propositions alternatives peut répondre aux attentes de la majorité du peuple de France sont des conditions essentielles pour redonner une visibilité politique à la gauche antilibérale.
Accréditer l’idée que cela pourra se faire aux dépens, sinon contre la première organisation politique de la gauche antilibérale, le PCF, est un pari dangereux et un choix suicidaire qui pourrait ouvrir grandes les portes d’une recomposition au centre souhaitée par certains, y compris à l’intérieur du PS.
Que chacun mesure bien les enjeux des batailles à venir et ses responsabilités face au peuple de France et aux millions de citoyens qui souffrent des politiques libérales menées depuis des années. Il appartiendra aussi aux communistes de prendre toute leur part dans ces batailles en n’omettant pas que la volonté de rassemblement ne saurait s’obtenir aux dépens de la cohérence idéologique du projet dont ils se veulent porteurs.
Pedro DA NOBREGA
jeudi 26 avril 2007
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