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"Défendre le droit humain au logement"

(paru dans La Marseillaise du 12/03/07

Le comité chômeurs a organisé hier à Noailles un rassemblement contre l’habitat insalubre. Les locataires sont venus témoigner de " l’insupportable ".

 

Des planchers qui s’effondrent, des escaliers qui lâchent et même des accidents mortels… Pour dénoncer " l’insupportable ", le comité chômeur organisait une manifestation hier après midi, rue des halles Delacroix, à Noailles. Venus du quartier mais aussi du 7e ou du 2e arrondissement, les locataires ont répondu présents.
MARIE-LAURE THOMAS

Derrière les façades, on vit avec les rats


" Tu sais, on a un peu honte de vivre comme ça mais il faut que tu viennes voir ". Zora, petite bonne femme énergique, n’hésite pas à ouvrir sa porte, enfin ce qu’il en reste. Derrière la façade du 10, rue des halles Delacroix, tout tombe en ruine.
Des marches d’escalier plus qu’usées que l’on monte dans le noir faute de minuterie, un premier palier où s’accumule un tas d’ordures, des trous dans le palier qui laissent voir l’étage d’en dessous, les vitres cassées… " Je passerai bien un coup de javel pour tout désinfecter mais cela ne sert à rien, regarde tout le monde peut rentrer ici " se désole Zora qui habite au deuxième étage. Un soir, son mari, Ahmed, est descendu, " voir qui faisait du bruit ". Dans l’obscurité, il est tombé. Résultat : 4 vertèbres cassées et 9 points de suture à la tête.
Un coup dur pour ce retraité de 73 ans qui passe ses journées comme il peut, assis dans la seule chaise de la pièce principale de l’appartement. Au sol, des tommettes rutilantes tandis que le plafond laisse apparaître des infiltrations d’eau. Une petite chambre pour le fils de 20 ans, " qui a bien fait un stage mais n’a pas de travail depuis un an", une kitchenette qui se résume à une vieille gazinière et une plaque électrique hors d’âge et d’usage. Entre des murs lépreux, trône une fenêtre " double vitrage, installée l’année dernière", au fond, une douche qui semble construite autour du bac receveur. Le tour du logis de Zora et sa famille, est vite fait.
Pas d’eau depuis 3 ans
Cette dernière explique, pour les seaux en plastique vert qui s’amoncellent dans la douche : ils n’ont plus d’eau depuis 3 ans. Alors ils se lavent comme ils peuvent, et trimballent quantité de packs d’eau pour la boisson. " On a bien un compteur et tout ce qu’il faut, mais on a compris que c’était les copropriétaires qui ne voulaient pas payer l’eau qui est dans les charges " affirme Ahmed.
Après la chimie à Metz et un boulot d’ouvrier dans " une usine de boulons ", il est descendu à Marseille. Là, il a même fait des ménages, " nettoyé les toilettes d’un supermarché " pour s’en sortir. Avec une retraite de 1.000 euros, il doit aujourd’hui s’acquitter de son loyer de 285 euros, subvenir aux besoins de sa femme, de son fils sans compter les enfants qui sont partis mais n’ont pas de revenus. Cela fait vingt ans qu’il habite dans cet immeuble et vu l’état général, depuis, rien ne semble avoir été fait. " Si on en avait les moyens, on irait ailleurs mais on ne peut pas " déplore Ahmed.
Dans la chambre, le fils s’est enfermé, musique à fond. " Il n’ose pas te la faire voir, il dit que c’est trop moche " traduit doucement Zora avant de retourner dans la rue, aux côtés de ceux qui n’ont pas d’autre choix que de vivre avec les rats.
M.R.

Au cœur des revendications : la lutte contre l’habitat insalubre dans un quartier devenu symbole après la chute fatale de Faroud, le locataire du 5e au 29, rue d’Aubagne. " L’immeuble, bien que classé dangereux depuis 2003 n’est toujours pas sous le coup d’un arrêté de péril et n’a pas été fermé. Quant à l’appartement de Faroud, il a été reloué et le propriétaire refuse de rendre la caution a sa veuve " affirme Charles Hoareau, du comité chômeurs. Déborah, une voisine de Faroud, raconte : " ils veulent nous envoyer dans un foyer à la Batarelle dans les quartiers Nord ou dans un meublé à la rue de la Rouvière ".
Si les locataires n’ont pas franchement envie de déménager, ils n’ont pas le choix… Tout comme ceux qui restent " coincés " dans les taudis de Noailles. "Et paient environ 32 euros du mètre carré" a calculé Dominique Idir, également membre du comité chômeur, "trois fois plus cher que dans le privé".

La moitié du quartier concernée

Cette dernière a également travaillé douze ans dans le quartier avec l’association Arts Tribal. Entre deux leçons de trapèze, les gamins parlent de leurs conditions de vie. " Beaucoup de locataires vivent dans des logements trop petits pour leur composition familiale, les enfants sont atteints de saturnisme, d’autres habitent dans des locaux commerciaux…" assure cette dernière.
Selon le comité chômeur, près de la moitié des habitants de Noailles seraient concernés. Et le centre ville n’est pas le seul frappé. Certains sont venus témoigner depuis le 7e arrondissement, " un quartier qu’on dit chic alors qu’il y a encore des ouvriers, des vieux qui ont bien le droit d’y vivre " assène une locataire d’Endoume, en procès avec son propriétaire pour qu’il effectue un minimum de travaux.
Une requalification urbaine " sur le dos des pauvres " que ne supportent pas les manifestants d’autant que " 33.000 logements sont vacants à Marseille " estime Dominique Idir.

Reportage : MIREILLE ROUBAUD


 

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Tag(s) : #Logement
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