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Ecoutes de Sarkozy : les syndicats de magistrats "abasourdis"

Rédaction Web
19 Mars, 2014

Les syndicats de magistrats se disent "abasourdis" ce mercredi par les extraits publiés de conversations entre Nicolas Sarkozy et Me Thierry Herzog, où l'avocat se réjouit de l'aide d'un haut magistrat et qualifie de "bâtards" les juges bordelais chargés de l'affaire Bettencourt.

Ces extraits d'écoutes judiciaires de conversations entre les deux hommes, publiés mardi soir par Mediapart, renforcent les soupçons dans l'affaire de trafic d'influence qui embarrasse l'ancien chef de l'Etat depuis dix jours. "On est abasourdis par tout ça. Si c'est avéré, c'est particulièrement grave", dit la secrétaire générale de l'Union syndicale des magistrats (USM, majoritaire), Virginie Duval, interrogée par l'AFP. Si ces informations sont vérifiées, ce serait la preuve "qu'on essaye d'influencer la justice", ajoute-t-elle, appelant "tous les commentateurs politiques à se calmer" tout en rappelant que "nul n'est au-dessus des lois".

Tout cela "viendrait étayer le fait qu'on a un responsable politique qui utilise ses réseaux pour organiser son immunité", estime la secrétaire nationale du Syndicat de la magistrature (SM, classé à gauche), Sophie Combes, dénonçant "une attaque directe de l'indépendance de la justice". "C'est désormais aux juges d'instruction de voir si les faits sont avérés ou pas", ajoute-t-elle.

Ce que révèlent les écoutes

Diffusés mardi soir par le site, les extraits de sept écoutes judiciaires captées entre le 28 janvier et le 11 février confirment que Nicolas Sarkozy et son conseil, Me Thierry Herzog, se préoccupent beaucoup de la décision que va prendre la Cour de cassation sur les agendas de l'ancien chef de l'Etat, saisis dans l'affaire Bettencourt et susceptibles d'intéresser les juges dans plusieurs autres dossiers. Une source judiciaire a confirmé à l'AFP la teneur des extraits publiés, qui proviennent du placement sur écoute du téléphone officiel de M. Sarkozy et d'une autre ligne qu'il s'était procurée sous le nom d'emprunt de Paul Bismuth. Ces écoutes ont démarré en septembre 2013, dans le cadre de l'information judiciaire sur des accusations de financement libyen de la campagne présidentielle de 2007.

D'après le récit que fait Mediapart, Me Herzog fait savoir à plusieurs reprises à Nicolas Sarkozy qu'il obtient des informations via Gilbert Azibert, avocat général dans une chambre civile à la Cour de cassation, alors que l'affaire Bettencourt est traitée par la chambre criminelle.

Le 30 janvier, à douze jours de l'audience à la Cour de cassation, Me Herzog informe son client que le conseiller rapporteur préconise l'annulation de la saisie des agendas et le retrait de toutes les mentions relatives à ces documents dans l'enquête Bettencourt, instruite à Bordeaux et dans laquelle Nicolas Sarkozy a déjà obtenu un non-lieu. "Ce qui va faire du boulot à ces bâtards de Bordeaux", commente l'avocat. La veille, Me Herzog se montrait déjà optimiste sur une décision en faveur de son client. "Sauf si le droit finit par l'emporter", disait l'avocat qui, sollicité par l'AFP, n'a pas donné suite.

Le 1er février, Nicolas Sarzkoy s'inquiète. Il a été informé d'une perquisition à venir dans ses bureaux. "Je vais quand même appeler mon correspondant ce matin (...) parce qu'ils sont obligés de passer par lui", répond Me Herzog. Puis, depuis sa ligne officieuse, dont il pense qu'elle n'est pas écoutée, l'ancien président demande à son avocat de le rappeler sur sa ligne officielle pour "qu'on ait l'impression d'avoir une conversation".

Les 5 et 11 février, Me Thierry Herzog apprend à Nicolas Sarkozy que Gilbert Azibert a ou doit rencontrer trois conseillers à la Cour de cassation chargés de valider ou non l'enquête Bettencourt. Ces éléments affleuraient déjà dans les documents brandis devant les caméras de télévision par la garde des sceaux Christiane Taubira le 12 mars. Dans une note, il était mentionné que le haut magistrat a "rencontré un par un (...), avant qu'ils ne délibèrent, deux ou trois conseillers".

  • A lire aussi:

Ecoutes de Sarkozy: l'UMP et sa vision sélective du secret d'instruction [1]

équipe du poleweb de l'Humanité.fr

URL source: http://www.humanite.fr/politique/ecoutes-de-sarkozy-les-syndicats-de-magistrats-aba-561349

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Tag(s) : #Politique
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