Ecoutes de Sarkozy : l'UMP et sa vision sélective du secret de l'instruction
Rédaction Web
19 Mars, 2014
L'UMP, soutenu par le Front national, crie ce mercredi à l'indépendance de la justice bafouée après la publication d'écoutes judiciaires de l'ancien chef de l'Etat tendant à démontrer que Nicolas Sarkozy, alors à l'Elysée, contournait lui-même le secret de l'instruction sur l'affaire Bettencourt.
Mediapart a publié mardi la teneur de sept écoutes de conversations entre Nicolas Sarkozy et son avocat Thierry Herzog, faisant état de renseignements donnés par le haut magistrat de la Cour de cassation Gilbert Azibert sur des tendances qui se dessinent à la Cour de cassation dans une procédure concernant l'ancien chef de l'État. Une révélation suffisamment grave pour faire dire à Virginie Duval, secrétaire générale de l'Union syndicale des magistrats (USM, majoritaire), que si ces informations sont vérifiées, ce serait la preuve "qu'on essaye d'influencer la justice".
Pour faire contre-poids à la possible et grave entorse du secret de l'instruction mise en place par Nicolas Sarkozy et son avocat, l'UMP a choisi de mettre en lumière une autre entorse du secret d'instruction: la publication des écoutes... orchestrée par le gouvernement. L'ex-garde des Sceaux, Rachida Dati, a estimé sur i<Télé qu'il n'y avait rien de "neuf sous le soleil". Mais "ce qui est choquant", a-t-elle enchaîné, c'est que des journalistes "violent deux principes fondamentaux dans notre société qui sont des piliers de l'Etat de droit: présomption d'innocence mais aussi le secret de l'instruction".
Cabinet noir à l'Elysée
"J'ai entendu le président de la République samedi rappeler les grands principes d'indépendance de la justice. Sur le fond, je ne peux que souscrire à tous ces principes: les droits de la défense, la présomption d'innocence, la séparation des pouvoirs", a déclaré de son côté Luc Chatel ce mercredi matin sur LCI et Radio Classique. "Le problème, c'est que chaque jour, ces principes sont bafoués lorsqu'il s'agit de Nicolas Sarkozy. Chaque fois, on a droit à une violation du secret d'instruction, chaque fois les responsables socialistes piétinent la présomption d'innocence", a accusé le député.
L'ancien ministre de Nicolas Sarkozy en profite pour manier l'insinuation d'un cabinet noir à l'Elysée: "Comment peut-on parler de justice sereine et de séparation des pouvoirs quand le président de la République reçoit le jour de la publication de l'enquête du Monde les deux journalistes auteurs de cette même enquête? Je donne crédit à M. Hollande, c'était pas pour ça (l'enquête visant M. Sarkozy, NDLR). Mais dans ce cas, on évite de les recevoir le même jour, non? C'est hallucinant", a insisté l'ancien porte-parole du gouvernement Fillon. "Je n'ai pas d'informations sur un éventuel cabinet noir (à l'Elysée, NDLR). Je constate de manière troublante la conjugaison de ces phénomènes à l'approche d'une élection qui est donnée historiquement perdante pour le pouvoir en place", a déclaré M. Chatel, interrogé sur le fait que Michèle Alliot-Marie ait accusé la gauche d'être à l'origine de l'enquête pour trafic d'influence la visant ainsi que son père.
Georges Fenech, député UMP et magistrat de formation, a dénoncé mercredi une "formidable pression" exercée sur les juges par des "ministres" dans l'affaire des écoutes de Nicolas Sarkozy. "Le gouvernement a lâché les chiens, les ballons. On est en train de faire état de pièces sorties du dossier d'instruction", a ajouté le député sur Europe 1: "Comme il n'y a pas de mise en examen qui peut faire fuiter tout ça? Si ce n'est pas les juges, c'est le ministère de la justice".
Le FN soutient Sarkozy
Les zélotes de l'UMP ont reçu le soutien du Front national. Le président d'honneur du FN, Jean-Marie Le Pen, s'est dit "choqué" sur BFM TV et RMC Radio que "ça sorte en période électorale". "Tout ça ce sont des règlements comptes, de la poudre aux yeux, c'est fait pour laisser croire à l'opinion qu'il n'y a que deux partenaires politiques entre lesquels on peut choisir, l'UMP et le PS, qui vont se retrouver d'accord à peu près sur tout sauf durant cette période électorale", a expliqué le père de la fille.
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S.G.
URL source: http://www.humanite.fr/politique/ecoutes-de-sarkozy-lump-et-sa-vision-selective-du-561353
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