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L'onde de choc du vote de Londres, par Jean-Paul Pierot

Samedi 31 août 2013

Après sept heures de débats, les députés britanniques ont pris une décision qui a fait l'effet d'une bombe. il était 22 heures jeudi a Londres lorsque le speaker de la Chambre des communes annonça que 285 voix contre 272 venaient de refuser le principe d'une intervention militaire en Syrie.

Un camouflet cinglant pour David Cameron qui a du conceder que l'opinion rejetait son engagement actif au côté du président français et de Barack Obama en faveur d'actions armées contre le régime syrien accuse d'avoir eu recours aux armes chimiques le 21 août dans la banlieue de Damas. ''Il est clair, a-t-il reconnu devant les parlementaires, que le Parlement, reflétant l'opinion du peuple, ne veut pas d'une intervention militaire britannique. J'en prends acte et le gouvernement agira en consequence.''

Partisan au départ d'une action militaire immédiate, le cas échéant sans l'accord du Conseil de sécurité de l'ONU, et sans attendre les conclusions des investigations des inspecteurs de la mission des Nations Unies, Cameron avait du finalement manoeuvrer en recul, promettant de prendre en compte le rapport des experts qui doit être remis samedi au secrétaire général des Nations unies. Mais cela n'a pas suffi pour calmer les inquiétudes d'une opinion publique qui n'a pas oublie les mensonges de Colin Powel, le secrétaire d'Etat américain qui en 2003 agitait une fiole devant le Conseil de Securite pour ''prouver'' l'existence d'armes de destruction massive en Irak. A l'époque, le premier ministre britannique Tony Blair avait été le plus actif complice de cette manipulation et avait reçu le surnom de ''caniche'' de Bush. L'opposition a une nouvelle aventure militaire est majoritaire. Un sondage publie jeudi indiquait que 22 % des britanniques approuvaient l'option de la force, 51% la rejettant.

Londres ne participera donc pas a une initiative guerrière, si celle-ci était confirmée et maintenue par les États unis et la France. Ce retrait britannique a une grande signification, Londres étant le principal allié des États unis sur le vieux continent. Sa prise de distance bouleverse la donne, même si François Hollande feignait de l'ignorer en affirmant que la decision du parlement britannique ne changeait rien a sa volonté d'engager contre Damas une ''action proportionnee et forte''. De son côté Barrack Obama parlait plus modestement d'un ''coup de semonce'' a adresser a Bachar al Assad. Une fois n'est pas coutume, la décision londonienne est une sorte de leçon de démocratie. En effet, contrairement a 2003 avec la guerre en Irak, quand le parlement s'était inclinée devant la volonté de Blair alors même que les britanniques étaient déjà majoritairement hostiles a la guerre, cette fois-ci les parlementaires n'ont pas hésité a censurer le projet du cabinet Cameron et ce faisant ils ont suivi l'opinion des citoyens. En France, l'assemblée nationale débattra mercredi du dossier syrien alors que s'il on croit des rumeurs de l'Elysee, des frappes contre la Syrie auraient peut être déjà commencé...

La décision spectaculaire de la Grande Bretagne qui refuse d'ajouter la guerre a la guerre isole un peu plus les dirigeants français et américains. Dans quelle mesure vont-ils pouvoir tenir dans cette logique de guerre largement considérée comme dangereuse et contre productive ?

Jean-Paul Pierot

URL source: http://www.humanite.fr/monde/londe-de-choc-du-vote-de-londres-par-jean-paul-pie-547925

Syrie : L'onde de choc du vote de Londres
Tag(s) : #Politique