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Yasser Arafat, la Palestine au coeur


Dix ans après sa mort, rappel de la vie et de l'oeuvre politique du président Arafat, avec le portrait dressé par Paul Euzière, membre du comité de rédaction de Recherches internationales, publié par l'Humanité en 2004.

Le président palestinien Yasser Arafat est, avec Fidel Castro et Nelson Mandela, l'une des trois grandes figures qui, de leur vivant et de façon décisive, auront marqué l'histoire du monde durant une large part du XXe siècle et au début du XXIe, par leur capacité à incarner l'aspiration de leurs peuples à la dignité.

Yasser Arafat, c'est d'abord une volonté forgée au rythme des victoires et des défaites de la revendication nationale palestinienne. Très tôt l'homme va s'identifier totalement avec la cause palestinienne, qu'il entendra parfois représenter à lui seul. Du jeune étudiant à l'Université du Caire qui s'enflamme aux côtés des Frères musulmans lors de la création de l'État d'Israël et du massacre de Deir-Yassine et part combattre au sud de Gaza, à l'ingénieur, puis homme d'affaires établi au Koweit, qui crée en octobre 1959 le Fatah, Arafat garde constamment, et quelle que soit sa situation personnelle, la Palestine au coeur. Cette constante apparaît donc dès avant que s'impose, et qu'il impose le Fatah et, dans une longue et dangereuse course d'obstacles, l'OLP fondée en 1964 (dont il prend la tête en février 1969) comme véritable représentante du peuple palestinien. Elle va s'affirmer dans les situations les plus contrastées et face à tous les interlocuteurs, adversaires comme alliés fiables ou non. Qu'ils se soient réclamés du nationalisme ou de l'islam, la plupart des gouvernants des pays arabes - malgré leurs opinions publiques - n'ont jamais hésité à faire couler le sang des Palestiniens, à s'ingérer dans leurs débats internes et à instrumentaliser leur drame.

"Où êtes-vous, ô Arabes?"

Si la responsabilité israélienne dans ce que les Palestiniens nomment la « Nakba » (catastrophe) de 1948 sont évidentes, tout comme dans l'occupation et la colonisation qui perdurent et s'étendent depuis 1967, on ne peut occulter le double jeu, parfois sanglant, de certains « frères arabes » dont les motivations tiennent à la fois à leur positionnement international (notamment à leurs rapports avec les États-Unis) et à la peur des répercussions que risquerait d'engendrer dans leur pays la création d'un État palestinien souverain. Comme en écho aux graffitis des murs de Beyrouth qui demandent « Où sont les Arabes ? », Yasser Arafat interpelle les gouvernements : « Où êtes-vous, ô Arabes, où ? Où êtes-vous, Sarkis, président de la République libanaise, terré dans votre palais et voyant, comme Néron, sa capitale dévorée par les flammes?»

Dans un tel contexte, survivre pendant presque un demi-siècle, physiquement - on ne compte plus les tentatives israéliennes d'assassinat par des commandos ou par des bombardements - et politiquement, nécessite un courage physique certain et une capacité hors du commun à s'adapter rapidement à ce qui change. C'est le trait marquant de Yasser Arafat. C'est lui qui crée le mensuel Falastinuna (« Notre Palestine ») en octobre 1959, dans lequel est proclamé que « la voie pour libérer la patrie passe par la création, dans les pays arabes voisins, de groupes de fedayins palestiniens indépendants » qui devront « mener des incursions en Israël et y provoquer des dégâts ».
Deux Etats

Il déclenchera à partir du 1er janvier 1965 la lutte armée contre l'État d'Israël - « entité sioniste » occupant la majeure partie de la Palestine mandataire alors revendiquée en totalité par le Fatah. Et vingt-trois ans plus tard, en novembre 1988, il fera entériner par le Conseil national palestinien réuni à Alger la reconnaissance de la résolution 181 de l'ONU, qui recommande « le partage de la Palestine en deux États, l'un arabe, l'autre juif » en précisant qu'« elle assure les conditions de légitimité internationale qui garantissent également le droit du peuple arabe palestinien à la souveraineté et à l'indépendance », puis dans la foulée, les résolutions 242 et 338, seules bases juridiques internationales d'une paix israélo-palestinienne.

Enfin, le 2 mai 1989 Yasser Arafat est reçu à Paris. Il qualifie à la télévision de « caduque » la charte de l'OLP qui refusait de reconnaître l'État d'Israël. Toujours en mai 1989, il déclare à un journaliste d'Europe 1 : « Après avoir essayé la guerre durant quarante et un ans, ma soeur, mon frère et moi nous sommes convaincus que nous devons à présent essayer la paix. »

En septembre 1993, il signe à la Maison-Blanche la Déclaration de principes portant autonomie des Territoires palestiniens occupés, après la reconnaissance mutuelle des deux parties. Sans doute, à ce moment, contrairement à d'autres forces qui soutiennent le processus, notamment les communistes du PPP, Yasser Arafat - et avec lui nombre de responsables du Fatah - surévalue-t-il la possibilité de créer une dynamique de paix permettant de dépasser pacifiquement les points de désaccord et d'aborder ensuite plus favorablement des questions aussi essentielles que la question des réfugiés, celles de Jérusalem et du devenir des colonies. Mais existe-t-il alors un autre choix ? Après cinq années d'une intifada portée à bout de bras par toute la société et qui a fait connaître partout dans le monde leurs revendications nationales, les Palestiniens sont dos au mur, épuisés par les arrestations, les morts, les couvre-feux et les bouclages incessants des forces d'occupation israéliennes. L'URSS n'existe plus. L'Irak vient d'être écrasé et G. Bush annonce « un nouvel ordre mondial ». Yasser Arafat ne se cache pas le poids de ces réalités. Il les prend en compte et s'appuie sur elles - qu'elles soient positives ou négatives - pour avancer vers son objectif constant : l'État palestinien.

Détermination quasi gaullienne

Après un exil qui l'a conduit du Liban en Tunisie, Yasser Arafat retrouve la terre palestinienne en 1994. Élu démocratiquement président de l'Autorité nationale palestinienne à l'issue d'élections effectuées en 1996 sous contrôle international, Yasser Arafat voit le territoire palestinien grignoté chaque jour un peu plus par les colonies israéliennes, les routes de contournement, un mur de « sécurité » haut de 8 mètres qui, sur des centaines de kilomètres, isole encore un peu plus les villes et villages palestiniens les uns des autres et étouffe toute vie économique et sociale.

Enfermé depuis plus de deux ans à Ramallah dans la Mouqata en ruines, humilié, menacé de mort par le premier ministre israélien Sharon, le président palestinien a poursuivi avec la même détermination réaliste son combat pour donner une patrie aux Palestiniens. Au-delà de la gestion du quotidien, cette détermination quasi gaullienne à construire l'État palestinien contre vents et marées, conjuguée à une vie exceptionnelle, donne à Yasser Arafat un prestige et une autorité morale dont ses partisans - mais aussi paradoxalement ses ennemis israéliens - mesureront toute l'ampleur après sa disparition.

Mardi, 27 Novembre, 2012
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Yasser Arafat, la Palestine au coeur
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