Overblog Tous les blogs Top blogs Politique Tous les blogs Politique
Editer l'article Suivre ce blog Administration + Créer mon blog
MENU
Publicité

Ne pas laisser tomber les quartiers populaires

Edito Humanité dimanche 1er août 2013 écrit par Patrick Le Hyaric

Dans la foulée d’une droite courant derrière son extrême, un climat malsain s’installe un peu partout dans notre pays. Après l’imbécile et grave sortie de M. Estrosi à propos de ceux que l’on appelle « les gens du voyage », suivie de la démission du maire de Guérande pour les mêmes raisons, le député-maire de Cholet, qui paraît-il est centriste, a regretté que « Hitler n’en a peut être pas tué assez ». Cela en dit long sur le délitement de la culture républicaine et sur l’inculture de tous ces politiciens. A moins qu’il ne s’agisse de préparer une campagne des élections municipales sur la base du repli sur soi, de la stigmatisation de l’autre qui bien souvent est d’origine française. Ces déclarations de café du commerce n’aident surtout pas au débat de fond. Celui de la nécessaire solidarisation et de l’action pour que les municipalités disposent des moyens nécessaires afin de construire des aires communales viables pour les « gens du voyage » et pour une solidarité européenne qui, enfin, empêche de chasser Roms et Tziganes de Roumanie ou de Hongrie en nourrissant à leur égard cet insupportable racisme.

Un autre événement d’une autre nature conforte le poison raciste injecté à haute dose désormais dans l’espace public : celui des affrontements au quartier des Merisiers à Trappes. Nous souhaiterions que la clarté soit faite sur eux, au lieu de laisser se développer un climat à la fois anti-jeune, anti-arabe et antimusulman. Ces graves incidents, baptisés par certains « émeutes », surviennent après ceux que l’on a connu à Amiens, il y a un an, puis ceux d’Argenteuil. Ce n’est pas nous qui allons défendre l’indéfendable insécurité, alimentée par quelques groupes qui se repaissent du trafic de drogue dans les cités. Des fauteurs de troubles en tout genre qui eux aussi sabotent tout esprit de solidarité comme certains comportements communautaristes, voire intégristes. Tous font le lit de leur pire ennemi politique, l’extrême-droite. Dans le cas de Trappes, nous avons à faire, d’une part à l’agression d’une femme voilée par d’autres personnes, d’autre part à un contrôle par la police d’une martiniquaise qui portait le niqab, dont le mari est lui aussi Français, tout comme le jeune homme victime de violences policières. Mais à partir de ces événements, qu’il n’est pas question d’approuver comme tels, le ministre de l’intérieur a développé une multitude d’extrapolations autour d’un prétendu ennemi de l’intérieur, reliées opportunément à des reportages télévisés de quelques jeunes partis en Syrie aux côtés de forces prônant le djihad. Ceci existe, bien évidemment et malheureusement, mais ce genre d’amalgame favorise un climat nauséeux qui ne profite à personne, sinon à Mme Le Pen. Nul besoin de diviser encore plus les populations, de répandre un tel climat de suspicion et de peur qui ouvre les vannes d’égouts souvent silencieux, charriant des voix pour une extrême-droite qui se repaît dans cette fange. Le rôle du Ministre de l’Intérieur n’est pas de jeter de l’huile sur le feu et de tenir des propos indignes du fils de républicains antifranquistes qu’il est. Il est de faire respecter le droit à la sécurité partout et pour tous. De protéger les citoyens en leur garantissant l’égalité de traitement, quelles que soient leurs origines, situations sociales ou convictions. Bref, d’avoir une conception républicaine de sa fonction qui suppose l’écoute et la prise en compte des difficultés accrues que rencontrent, avec la crise, les populations des quartiers populaires plutôt que de se laisser aller à la stigmatisation si chère à ses prédécesseurs. Ces dernières ont besoin de respect et que soient tenus les engagements pris à leur égard, qu’il s’agisse du droit de vote des immigrés ou encore du récépissé du contrôle d’identité. Bref, ne pas délaisser les quartiers populaires, ceux-là même dont les habitants partent très peu en vacances cet été, est un devoir pour les pouvoirs publics. La République, c’est aussi de cesser de réduire les moyens financiers aux collectivités locales. Au lieu de faire un nouveau cadeau de 30 à 50 milliards aux banques, qui ne seront pas obligées de restituer, comme c’est de droit, l’argent de l’épargne du livret A à la Caisse des dépôts, on pourrait utiliser cette somme pour un grand plan concerté avec les élus des villes, les associations, les syndicats, pour développer des services publics, pour le logement pour toutes et tous, pour l’éducation et la formation et surtout pour une sécurisation du travail et de la création. Le grand problème des quartiers populaires, n’est pas l’islam comme on le laisse croire, c’est la dureté de la crise sociale et l’avenir bouché pour tant de jeunes et d’habitants de ce qui devient de plus en plus une « sous France ». Et puis, ne faut-il pas être audacieux en aidant à la création d’associations, de collectifs d’habitants gérants des budgets participatifs à partir de fonds européens, nationaux, régionaux et locaux ? Ne faut-il pas créer une instance nationale de concertation des quartiers populaires de toute la France, mêlant élus, représentants associatifs, syndicaux, personnalités du monde de la culture et de la création, enseignants et directeurs de lycée et d’université, les préfets à la ville, les employeurs avec l’ambition de bâtir de nouveaux projets pour ces quartiers. Les maires comme les associations fourmillent d’idées. Pourquoi ne pas en faire le recensement et agir. Le déploiement d’une police de proximité sécurisant les populations en lien avec les mairies, les travailleurs sociaux seraient de nature à créer un autre climat, de nouvelles relations entre la police et les citoyens. La mort des jeunes Zyed et de Bouna à Clichy-sous-Bois, celle d’Ali Ziri à Argenteuil ont laissé de terribles traces. Les procédures judiciaires à leur sujet doivent aller à leur terme. La gauche a le devoir d’y inciter. Un débat apaisé, clair, pédagogique devrait être organisé sur ce que recouvrent en France les notions de droits et de laïcité, celles de la République et du vivre ensemble. Sans doute s’agit-il là de sujets difficiles, mais peut-on en faire l’économie? Il ne faut pas laisser tomber les quartiers populaires.

Publicité
Ne pas laisser tomber les quartiers populaires
Tag(s) : #Politique
Partager cet article
Repost0
Pour être informé des derniers articles, inscrivez vous :