Var : Une catastrophe peut en cacher une autre
Un lourd silence médiatique à peine troublé par une campagne de communication touristique du conseil général s’est abattu en juillet sur le département du Var, alors que les 250 000 personnes affectées par les inondations des 15 et 16 juin derniers continuent de se débattre quotidiennement dans les difficultés. Les plus abattus sont sans doute les artisans et patrons de PME qui forment le gros des 2 000 entreprises recensées par la préfecture comme sinistrées dans la région de Draguignan, jusqu’à Fréjus. Et les plus angoissés sont, à l’évidence, les 10 000 salariés du secteur privé mais aussi du public qui ne savent pas de quoi demain sera fait.
À Draguignan, par exemple, la prison a été ravagée ainsi que le centre hospitalier et la polyclinique Notre-Dame (230 salariés), qui doit revoir toute son organisation et engager des travaux de réhabilitation à hauteur de 23 millions d’euros. Reçue enfin à la sous-préfecture au sein d’une délégation intersyndicale, Maryvonne Guigonnet, secrétaire départementale de la FSU, a proposé que se mette en place urgemment une plate-forme de replacement des personnels pénitentiaire et hospitalier.
Un milliard d’euros de dégâts
Dans le secteur privé, les situations sont plus diverses, comme le souligne Gérard Battara, le secrétaire de l’union locale CGT : «De nombreuses entreprises ont rappelé du personnel pour nettoyer les locaux mais, une fois la tâche accomplie, ont procédé à des licenciements. Rien n’est prévu pour ces salariés.» Dans les grandes entreprises de la distribution, contrairement à l’hôtellerie-restauration, l’emploi semble tenir bon. Le cas le plus courant est cependant celui du personnel vacataire dans le public ou des salariés précaires dans le privé qui ne verront pas leur contrat prolongé ou renouvelé. «Ce sont des salariés très isolés qu’il serait nécessaire de recenser avant de faire jouer la médiation syndicale», a insisté la délégation intersyndicale, qui a proposé la mise en place par le préfet d’un numéro vert dédié aux salariés. Délégation qui a estimé «inefficace» en ces circonstances le dispositif d’indemnisation du chômage partiel qui toucherait actuellement des centaines de salariés des PME. Pour sa part, le préfet insiste lourdement sur le rôle essentiel qu’ont à jouer les assurances pour relancer la machine économique grippée en pleine saison touristique, alors que le montant total des dégâts dépasse officiellement le milliard d’euros !
Le monde agricole est également durement affecté, surtout dans la plaine de l’Argens, autour de Roquebrune où, dans la nuit du 15 au 16 juin, il est tombé plus de 400 litres d’eau au mètre carré, record de 1827 peut-être battu ! Selon la chambre d’agriculture du Var, 170 viticulteurs, 64 horticulteurs ou encore 58 maraîchers sont sinistrés, certains ayant vraiment «tout perdu». Le seul espoir, pour la plupart de ces non-assurés, est que soit enclenchée la procédure de «calamités agricoles» par la Commission nationale de l’assurance en agriculture. Mais elle ne se réunira pas avant septembre… Alors à la boulangerie de Lorgues, chez le marchand de journaux de La Motte ou au café de Cabasse, le «bon courage» a supplanté le traditionnel «bonne journée».
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