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Intempéries

Victimes du manque de prévention

Article paru dans l'Humanité du jeudi 17 juin 2010

Alors que le bilan des victimes ne cesse de s’alourdir dans le Var, la France se fait épingler pour sa mauvaise gestion des risques.

Le Var n’est pas la Vendée ni la tempête Xynthia, une crue torrentielle. Toutefois, les conséquences et les débats demeurent identiques. Á chaque nouvelle catastrophe, d’aucuns pointent non sans raison les défaillances de la gestion française des risques. Si les discours des autorités sont appris par cour, les leçons des sinistres ne semblent guère avoir été tirées. « La France demeure peu sensible à des risques qui se reproduisent régulièrement », déplore ainsi le sénateur (PS) Alain Anziani, auteur d’un prérapport sur la tempête Xynthia présenté mercredi à la Haute Assemblée. Le constat dressé par le texte est cinglant. Il fustige « de graves défaillances dans l’anticipation du risque, une prévision qui n’a pas permis d’anticiper correctement les risques à terre, une vigilance insuffisamment opérationnelle, une occupation des sols exposant au risque d’inondation, une gestion des digues critiquables et enfin une prévention insuffisante ».

Sur ce point, les sénateurs ont révélé qu’« en Vendée et en Charente-Maritime, sur 800 communes exposées au risque de submersion, 46 seulement disposent d’un plan de prévention ». Pour le président de la mission, Bruno Retailleau, sénateur de Vendée, « notre système a été mis en défaut. En France, il n’y a pas de culture du risque ». Et le parlementaire de préciser : pourtant, « on ne manque pas de règles, on a un des codes de l’urbanisme le plus fournis au monde et pourtant, on a eu des défaillances. Il y a les outils mais ils sont peu ou mal appliqués ».

Pis, ces questions sont « débattues depuis des années, mais les réponses, souvent quasi unanimes, restent lettre morte ». Or, pour les deux sénateurs, « les enjeux sont majeurs car 80 % de la population mondiale s’agrège progressivement sur les littoraux et le changement climatique a déjà provoqué 20 cm d’augmentation du niveau de la mer au XXe siècle ». Autre point de critique, les constructions en zones habitables. La mission parlementaire fustige l’urbanisation outrancière. Sur le littoral vendéen, « 245 000 maisons ont été construites entre zéro et 2 mètres en dessous du niveau de la mer », révèle Alain Anzani. Et le sénateur de déplorer que 0,024 % seulement des autorisations d’urbanisme soient soumises à des contrôles de légalité. Á L’Aiguillon-sur-mer, par exemple, 150 maisons ont été construites sans permis. Le Sénat prône, dès lors, un contrôle systématique dans les zones à risques. « Lorsqu’il y a un risque mortel avéré, il faut que ces zones ne soient pas habitées », plaide Bruno Retailleau.

Car « on ne transige pas avec le risque, le Var est là pour nous rappeler que l’on serait bien inspiré de ne pas oublier trop vite les 53 morts » de la tempête Xynthia, ajoute-t-il. Les crues dans le Var et leur lourd bilan sonnent comme un douloureux rappel de cette évidence.

Mercredi, Bruno Janet, responsable du Schapi, organisme en charge de la prévision des inondations, ouvrait la porte aux premières polémiques. « Le sud-est de la France, bien que très exposé aux pluies torrentielles et aux inondations, n’est quasiment pas placé sous surveillance », concédait-il notamment.

En tout cas, jeudi, le bilan humain de ces inondations s’était encore alourdi : 25 personnes sont mortes, selon le décompte rendu public hier soir par la préfecture du département. Sur ces 25 victimes, douze sont décédées à Draguignan, une au Luc, deux à Roquebrune, deux à Saint-Aygulf, quatre à Trans, une à Montauroux, trois à La Motte. Et 94 000 foyers restaient privés d’électricité en dépit de la mobilisation de 450 agents des réseaux ERDF et RTE.

Lionel Decottignies

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Tag(s) : #Environnement
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