Overblog Tous les blogs Top blogs Politique Tous les blogs Politique
Editer l'article Suivre ce blog Administration + Créer mon blog
MENU
Publicité

Var : Le temps de la reconstruction est venu

 

 

 

Article paru dans La Marseillaise du jeudi 8 juillet 2010

 


Le Var, ravagé par les inondations du mois dernier... Photo BI
Le Var, ravagé par les inondations du mois dernier... Photo BI

Tout est une question de temps et de priorités. Mais les communes ne veulent pas attendre notamment en matière d’assainissement. Si l’heure est à la reconstruction, les plaies sont à vif : particuliers, entreprises, commerçants et élus sont à pied d’œuvre.


La pendule de l’entrée s’est arrêtée à 19h07. Elle s’est figée quand le niveau d’eau a atteint 2,20 mètres. Tous les rez-de-chaussée de la cité HLM Saint- Hermentaire à Draguignan portent les stigmates des inondations. A l’extérieur, les aires de stationnement sont également recouvertes de terre. Des grains lourds, compacts et pénétrants. Si l’heure est à la reconstruction, cette phase durera des mois, voire des années en Dracénie.
Mohammed habite la cité depuis plus de 25 ans. Il a sorti de son garage le plus encombrant. Sur ce qu’il stockait rien n’est assuré : un quad, une bicyclette, un ordinateur. Le reste est à nettoyer et pour tout dire, perdu. Il pleure Chantal, une amie noyée sous un abribus, et ses biens dont un camion snack. Il ne sait pas par où commencer. Les militaires lui ont laissé une tente. Il l’a plantée sur le parking comme s’il allait dormir dedans. Les pompiers devraient lui fournir de l’eau tantôt. Il attend. Désespéré. A trois semaines de la catastrophe, lui en est là. Dans la zone industrielle qui longe la Nartuby, des tonnes de débris forment une colline. Le ballet du tracto-pelle est incessant. Il charge les semi-remorques, les uns après les autres.


Des dégâts considérables au Muy


Plus bas, au Muy, la base nautique qui borde l’Argens a été emportée. Xavier espère que la saison ne sera pas totalement perdue. A la place du lieu de stockage des canoës, un container. « L’eau est montée au-dessus. Les arbres déracinés empiètent sur le lit de la rivière, du coup nous avions un parcours que nous ne pouvons plus réaliser. Nous attendons le résultat des analyses de l’eau. On va nous prêter du matériel pour tenter de redémarrer et on nettoie. » Il ne se plaint pas. Le téléski nautique et le camping de la Roquette, eux, ont tout perdu. Ganté jusqu’au coude Fabien, le fils des gestionnaires de ce camping âgé de 28 ans, veut « enfin pouvoir dormir », mais ce ne sera possible que « lorsque tout sera nettoyé. » Tout remettre à neuf confine à l’obsession. En trente ans d’exploitation la famille n’a rien vu de tel. « Tous les services du Muy et de Roquebrune se sont bougés. Rien à dire. On a eu à manger, des machines pour déblayer, les pompiers. Une vraie solidarité. Des experts sont passés pour nous et les propriétaires, maintenant on attend les réponses et surtout qu’ils enlèvent les caravanes. » D’un côté le cimetière de carcasses encastrées dans les arbres ou superposées, et de l’autre, sur la partie oléicole, c’est le cimetière des oliviers : « J’en ai perdu 600. Je vais voir ce que je peux sauver ».


« Je veux juste être indemnisée »


Suivant les dégâts, les habitants ont progressé. A Trans-en-Provence, une propriétaire discute avec une représentante de la commune. Le plancher de son appartement s’est effondré sur celui du 1er. « Je ne savais même pas que l’immeuble était en zone inondable. Je veux juste être indemnisée. » Pour les édiles des communes de la Dracénie ou de celles situées plus à l’Est, chaque administré est un cas particulier. La stratégie consiste à guérir en même temps sur les plans psychologique, économique et matériel pour tenter d’enclencher la saison touristique, même si personne ne se fait d’illusion. Les habitants doivent conserver le souvenir de municipalités actives et proches d’eux. Du moins c’est l’intention affichée car les perspectives électorales ne sont jamais bien loin… Pour autant il est une réalité constatée sur le terrain. Les élus des petites communes sortiront renforcés de cette épreuve. « Les événements nous ont confortés dans notre opinion : il faut s’opposer à la réforme des collectivités », dira le premier adjoint des Arcs, Max Carzoli. Partout les habitants louent la solidarité et surtout l’efficience des équipes municipales en place. Mais comment cicatriser au plus vite d’une plaie à l’échelle d’une ville ?
La première urgence du 15 juin 2010 a cédé la place à d’autres. Des pans de falaise menacent dans les gorges de Châteaudouble. Après les torrents de pluie, la chaleur sévit. Les conséquences de nouvelles et violentes précipitations pourraient être désastreuses : « Si le risque était avéré ils feraient tout sauter pour éviter qu’un bouchon se forme sur la Nartuby », avance l’agent de la police intercommunale. A La Motte, sept habitations sont frappées de péril et une a été rayée du cadastre. Et quand la continuité du réseau routier est interrompue suite à l’effondrement d’un pont, la problématique devient proportionnelle aux coûts de la reconstruction, à peine esquissés... C’est le cas de celui de Rebouillon sur la route de Châteaudouble ou du pont du Florièye coupé en deux à Taradeau. Ici comme partout, la force du débit du fleuve et des rivières a engendré de considérables modifications des lits naturels et il faut faire des dizaines de kilomètres supplémentaires pour rallier les villages. Les travaux de voirie et de réseaux d’eau sont évalués à 3 millions d’euros. « Notre priorité, explique Gilles Tumino, adjoint à l’urbanisme de Taradeau, c’est l’assainissement. Il faut que nous repiquions l’ancien réseau. Nous allons par exemple réaliser des travaux provisoires pour 100 000 euros. ». On compte 40 sinistrés et des personnes ont été relogées provisoirement dans les familles ou via des locations.
La coopérative viticole a perdu 50% de son chiffre d’affaires. Des enveloppes financières ont été votées par les collectivités territoriales et l’Etat, « mais ce qui a été dégagé sur le plan administratif ne l’est pas sur le terrain et ce sont les entreprises qui vont en pâtir ». L’inquiétude cède à l’impatience.


Terrains préemptés


A Roquebrune-sur-Argens, le premier producteur d’orchidées en France est au chevet de ses plantes. Geneviève est à l’intérieur d’une des trois serres complètement saccagées. Elle nettoie et rempote. Pot après pot. « Les plantes ont quasiment toutes été détruites sauf celles qui étaient encore suspendues. D’autres étaient dans les champs. ». Les vitres ont éclaté, les bâches déchirées, le tunnel qui servait à entreposer du matériel est inutilisable. « Le plus dur c’est de travailler dans cette boue. » Impossible de reprendre la production.
Au lieu dit le Rocher, des employés de la direction de l’environnement du conseil général du Var chargent un camion benne. Christophe Olivero dirige les opérations. Ce terrain appartient à des privés mais l’institution a préempté cette zone dont la totalité est amenée à devenir un espace naturel sensible. Objectif : raser ce qu’il reste de la maison détruite par l’Argens lors de sa crue, sécuriser le périmètre, protéger la faune et la flore.
La Motte. Entrée des HLM Le pigeonnier. Les logements sont des maisons individuelles : pas un bruit, les cigales, un ciel bleu… et une « plage ». A cette altitude on entend seulement chanter la rivière, quelques dizaines de mètres en contrebas. On la surplombe. La plage en question ? Un surplus de sable que la rivière a charrié pendant la crue, tout en creusant un nouveau lit quatre fois plus large qu’auparavant ! « Juridiquement c’est le point central de la rivière qui divise les parcelles. Aujourd’hui, certains propriétaires ont perdu du terrain, d’autres en ont gagné », explique Sabine Vachald, maire de La Motte.
La scène pourtant dramatique semble surréaliste. On hésite entre l’effarement et la contemplation d’une nature déchaînée, indomptable. Au-dessus, côté route, du numéro 7 au 11. C’est la désolation sans hésitation : de la maison il ne reste plus qu’un garage à ciel ouvert et sa cloison mitoyenne. Une desserte à roulettes s’est immobilisée au bord de ce qu’il faut appeler une petite falaise. Le vide sidère. La Nartuby a débouché en trombe le 15 juin 2010, après une sortie de virage en amont. Comme une boule de billard, elle a repris de la vigueur et littéralement ignoré les limites de la berge bâbord originelle arrachant sur toute sa hauteur de crue un pan entier de terre. La villa numéro 11 et la moitié des fondations des autres sont parties avec, en laissant une terrasse carrelée pendre dans le néant, rattachée au garage par le béton armé. Sabine Vachald, l’édile du village, se félicite qu’aucune famille n’ait été endeuillée. Pour aider les sinistrés, elle vient de missionner un cabinet d’experts pour les assurés : « La commune paiera les honoraires. » La maire nourrit des inquiétudes : les dégâts écologiques, les glissements de terrain et une éventuelle rupture du bassin de clarification. La station d’épuration qui datait de 1978 est fichue. Le projet d’en construire une nouvelle est dans les cartons. Elle ne veut pas qu’il y reste. Il faudra trouver 3,5 M d’euros. Les canalisations ont été emportées, « alors tout se déverse dans la Nartuby où il est interdit de se baigner. » Ses services ont chiffré l’enveloppe budgétaire concernant les équipements publics et les travaux d’urgence à 690 000 euros. L’objectif de la municipalité est de dégager des lignes de crédits. La taxe d’assainissement a été multipliée par deux mais cela ne sera évidemment pas suffisant. « Des tas d’élus n’ont pas voulu prendre en considération le risque et les points noirs de la Nartuby, mais aujourd’hui combien ça va coûter ? », se désole-t-elle. Neuf millions d’euros seraient nécessaires aux travaux structurants. Pour elle, il faudra « doter le SIAN (Syndicat intercommunal d’aménagement de la Nartuby. ndlr) de moyens suffisants pour pallier les crues décennales et intervenir par ordre de priorité, car chaque bassin versant a sa problématique ».


Le temps des études et des expertises est venu.


La vie semble avoir repris plus vite aux Arcs-sur-Argens. Les traces de terre et son odeur ont quasiment disparu. « C’était une volonté du maire, justifie l’adjoint à l’urbanisme Stéphane Corbucci. Il fallait que la ville reprenne le dessus ». La commune de 6300 habitants compte 100 sinistrés et 20 immeubles en arrêté de péril. Cinq familles ont été relogées sur les 35 dossiers en cours. Aujourd’hui, deux axes majeurs cristallisent l’implication de l’équipe municipale : l’assainissement et la reprise économique. Les commerces ont été fortement impactés. « 70% de nos commerces sont fermés, c’est le cœur du village », explique Max Carzoli, premier adjoint, délégué aux travaux. Avec la disparition principale du théâtre de verdure emporté par les eaux, la ville a perdu de lourds investissements. Lourde aussi la question de l’assainissement. « Toutes les canalisations ont sauté avec une particularité : le Réal passe sous la place de la mairie et la canalisation principale emportée, passe sous celui-ci », décrit Max Carzoli. Ne pas faire d’erreurs dans la gestion de la crise. C’est le credo ici. Encore faut-il que les élus se sentent épaulés. « Le conseil régional qui versera 3 millions d’euros nous a demandé d’envoyer les factures, explique Stéphane Corbucci. Le problème c’est que nous ne savons toujours pas à quel taux sera fixée la subvention. Tout comme nous ne savons rien des autres enveloppes et des critères d’attribution ». Dans les communes les dossiers courants ne sont plus en cours. Un trop plein d’urgences où le temps est compté. n

Reportage
Nathalie Fredon
Photos : Bruno Isolda


Publicité
Tag(s) : #Société
Partager cet article
Repost0
Pour être informé des derniers articles, inscrivez vous :