Une rentrée placée sous le signe de la rigueur
Les rentrées se suivent et se ressemblent, le recteur et ses inspecteurs académiques ont confirmé hier de nouvelles suppressions de postes. PATRICK DI DOMENICO
Alors que les effectifs augmentent l’académie paie le prix fort des coupes budgétaires, avec l’annonce de nouvelles suppressions de postes.
A force de supprimer des postes d’une rentrée scolaire sur l’autre, il va y avoir un moment où la corde va lâcher.
A la veille de la rentrée des enseignants, Jean-Paul de Gaudemar et ses quatre inspecteurs académiques* a tracé les lignes de « force » de
cette rentrée, tout en prenant soin de la situer dans un contexte national aggravé « par des situations lourdes et des échéances politiques majeures ». Depuis qu’il est à la tête de l’académie,
Jean-Paul de Gaudemar n’a de cesse de justifier les suppressions de postes compensées par une baisse des effectifs. Un exercice devenu aujourd’hui impossible après que les effectifs sont repartis
à la hausse. Depuis que les rentrées sont de vrais casse-tête, le ministre a demandé aux recteurs de décider dans leurs académies sur quels « leviers d’action » il faudra s’appuyer pour parvenir
à ces suppressions.
A la rentrée, 72 postes seront supprimés dans le second degré alors que 1 562 nouveaux élèves sont attendus. Même tendance dans le premier
degré (écoles élémentaires et maternelles) où 98 postes vont disparaître. Les Bouches-du-Rhône vont payer le prix fort en rendant 63 postes, l’inspecteur académique Jean-Luc Bénéfice sait déjà
qu’il lui faudra régler des situations de forte tension, comme par exemple à Aix-en-Provence. La scolarisation des jeunes enfants en maternelle n’est plus à l’ordre du jour. « Quand on parle de
32 enfants par classe, on compte les inscriptions de tous les petits qui ne fréquentent pas forcément l’école l’après-midi », résume Jean-Luc Bénéfice. De la maternelle au lycée, cette poussée
des effectifs va se traduire par davantage de classes surchargées et un ralentissement très net des redoublements.
Une situation tout en contraintes qui va obliger l’académie à faire des choix, même si elle reste vague sur la question des effectifs.
Hier, Jean-Paul de Gaudemar a tenu le même discours que le ministre de l’Education Luc Chatel, qui quelques heures plus tôt avait déclaré que les moyens n’étaient pas élastiques et qu’il fallait
faire des priorités tout en refondant l’école.
Le lycée portera l’essentiel des efforts avec le primaire
Dans l’académie d’Aix-Marseille, par on ne sait quel tour de passe-passe, il faudra limiter l’impact des réductions. « Le collège sera
préservé parce qu’il avait bien contribué. » C’est au primaire et au lycée de porter l’essentiel du fardeau. Une pilule plus facile à avaler dans ces établissements grâce à la réforme du lycée
qui, après la classe de seconde, va concerner cette année les élèves de 1ère. D’une certaine manière, les réformes accompagnent ce régime de disette où l’on parle maintenant de qualitatif au
détriment du quantitatif.
« Dans les Bouches-du-Rhône, nous allons maintenir l’effort d’accompagnement avec le maintien des maîtres surnuméraires au primaire. »
Bien mince compensation après avoir enterré le dispositif d’aide aux élèves en difficulté (Rased). Il y aura certes des classes plus fournies, mais l’académie promet encore de tirer son épingle
du jeu. En essuyant les plaintes des syndicats qui ont déjà programmé une journée nationale d’action pour le 27 septembre, le recteur a lâché, pas vraiment sur le ton de la plaisanterie, que «
lorsque l’on touche le fond, on ne peut que rebondir ».
« Les moyens existent, la vraie question, poursuit-il, c’est comment on fait. » A la veille d’une rentrée où le pouvoir assume sans
vergogne la suppression de 16 000 postes d’enseignants, le climat continue de se dégrader dans les établissements alors que les « décideurs » n’ont donné aucune indication sur la répartition de
cette nouvelle saignée.
Certains parlent d’ambiance cafardeuse, avec un ministre qui regarderait de loin la rentrée. Plus pour longtemps car, à l’approche des
échéances de 2012, l’Education risque de devenir un sujet phare. Après l’emploi, c’est la préoccupation numéro 2 des Français.
CATHERINE WALGENWITZ
* Léon Folk, inspecteur des Alpes-de-Haute-Provence, Pierre Barrière pour les Hautes-Alpes, Jean-Luc Bénéfice pour les Bouches-du-Rhône et
Bernard Lelouch pour le Vaucluse.
50 postes vacants dans les établissements Eclair
Le dispositif Eclair (Ecole, collèges et lycées pour l’ambition et la réussite) qui avait été mis en place à titre expérimental et va s’étendre à la rentrée
aux établissements labellisés Ambition réussite n’a toujours pas la cote auprès des enseignants.
Ce dispositif, qui introduit une autonomie des établissements et permet pour la première fois à des chefs d’établissement de recruter eux-mêmes leurs
enseignants, va devoir faire avec des enseignants contractuels qui n’auront pas vraiment le choix de refuser ce profil de poste. Selon les syndicats, sur les 26 postes à pourvoir en collèges,
seuls 3 ont trouvé preneur.
Hier, le recteur a déclaré ne pas être inquiet. « C’est toujours comme ça quand on innove. Il suffit de voir ce qui s’est passé en 2006. C’était, rappelle
t-il, au moment de la mise en place des Ambition réussite le même scénario. »
Sauf que là, à trois jours de la rentrée, l’affaire semble plutôt compromise.
C.W.
Article paru dans La Marseillaise du vendredi 2 septembre 2011 |
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