Une instrumentalisation de la menace terroriste ?
La parole de l’État sarkozyste est à ce point discréditée que l’on doute de tout. Même du pire. Depuis quelques jours, la communication est forte sur les menaces d’attentats terroristes qui pèseraient sur le territoire français. Sont-elles réelles ? La réponse est oui, puisque le pays est depuis plusieurs années sous alerte rouge. Existe-t-il un risque plus aigu qu’il y a quelques semaines ? On n’en mettrait pas la main au feu, tant Nicolas Sarkozy et son clan ont habitué les Français à se prémunir contre le cynisme d’un exécutif menteur, manipulateur et prêt à tout.
Tout a commencé, comme un tour de chauffe, début septembre, à la tour Eiffel. Alerte à la bombe, évacuation. Fausse alerte. L’enflure communicationnelle ne prendra de l’ampleur qu’après l’annonce de l’enlèvement de cinq Français, le 16 septembre, à Arlit, site minier du groupe français situé dans le Nord-Niger. Des raisons de cet acte terroriste ont aussitôt été évoquées par des proches du pouvoir eux-mêmes : interdiction du port du foulard islamique, politique de la France au Proche-Orient, ou intervention militaire en Afghanistan. Comme pour désigner la France comme victime des effets d’une ligne politique autoproclamée courageuse.
Second étage de la fusée, le week-end dernier. Le chef de la Direction centrale du renseignement intérieur (Dcri), Bernard Squarcini (qui avait organisé à la demande de l’Élysée l’opération barbouze sur les sources d’un journaliste dans l’affaire Woerth-Bettencourt), monte au créneau. Le patron des services secrets, dont l’efficacité est d’ordinaire liée à la discrétion, affirme dans le Journal du dimanche que la menace d’un attentat sur le sol français n’a « jamais été aussi grande ». À la façon d’un serpent qui se mord la queue, il en veut pour preuve les enlèvements au Niger. Propos aussitôt confirmés par le ministre de l’Intérieur, Brice Hortefeux. Plusieurs ministres feront des déclarations identiques. Des éléments d’un langage dicté par l’Élysée ? Depuis l’été avec les Roms, puis la condamnation européenne, Nicolas Sarkozy semble privilégier les menaces extérieures pour faire oublier l’inefficacité de sa politique sécuritaire, tout en réactivant les valeurs du nationalisme de droite. Certains à droite s’émeuvent, à l’instar d’Axel Poniatowski, président de la Commission des affaires étrangères à l’Assemblée. Il appelle à « faire preuve de modération dans la parole publique ». Dominique de Villepin stigmatise « une communication à tout le moins maladroite ». Terrorisme ou nouvelle affaire d’État ?
/image%2F0551212%2F20170620%2Fob_74cedc_bandeau-pcf.jpg)