Stéphane Hessel censuré à l’École normale supérieure

Stéphane Hessel, normalien, résistant, ambassadeur de France, corédacteur de la Déclaration universelle des droits de l’homme, heureux auteur du récent succès de librairie Indignez-vous ! serait-il «un vieux monsieur indigne ? ». C’est Antoine Spire, dans la dernière livraison du journal de la Ligue internationale contre le racisme et l’antisémitisme (Licra), qui fait semblant de poser la question avant de déplorer que le vieil homme «se laisse parfois aller à d’étranges dérapages». Comme, par exemple, excusez du peu, de tenter «en une phrase» dans son opuscule, «d’excuser le terrorisme».
Ce «vieux monsieur indigne» s’était mis en tête de tenir aujourd’hui réunion au sein de l’École normale supérieure (ENS) à Paris. C’était compter sans la vigilance de Richard Prasquier, le président du Conseil représentatif des institutions juives de France (Crif), qui a réussi à faire plier la directrice de l’école, Monique Canto-Sperber. Celle-ci a finalement interdit ce rassemblement, consacré à la campagne de boycott qui veut peser sur Israël pour qu’il respecte le droit international. Sans doute, l’alerte du Bureau national de vigilance contre l’antisémitisme (BNVCA) a-t-elle aidé Richard Prasquier à réagir : celui-ci dénonçait un «meeting de Stéphane Hessel qui viendra déverser son flot de haine anti-Israéliens pour justifier une campagne illégale de boycott contre Israël. Le Bureau souligne que le palestinisme est la source essentielle de l’antisémitisme et la cause du passage à l’acte antijuif sur notre sol depuis onze ans ». CQFD : Stéphane Hessel ne serait rien de moins qu’un antisémite.
Pour stopper le «flot de haine» de Stéphane Hessel, Richard Prasquier n’a pas hésité : il est si fier de cette atteinte à la liberté d’expression qu’il donne tous les détails de son action dans son dernier éditorial sur le site du Crif. Contre «ce “malheureux” Stéphane Hessel, dont la gloire actuelle est à peine écornée par la révélation de ses différentes impostures, approximations et fixations haineuses contre Israël», le président a mobilisé «ses amis» Valérie Pécresse, Bernard-Henri Lévy, Alain Finkielkraut, Claude Cohen-Tanoudji… C’est qu’il s’agissait de s’opposer à «un crime contre l’esprit (…) : confondre débat et militance politique, comme le font quelques élèves de l’école convertis au terrorisme intellectuel, modèle trotskiste pour les uns, stalinien pour les autres, et de là proposer leur doxa à l’ensemble de l’université».
Censurer Stéphane Hessel, le Collectif des normaliens(ne)s indigné(e)s d’une ENS indigne ne le supporte pas (lire page 23). Il appelle ce soir à un rassemblement sur le parvis du Panthéon, atterré de voir «une institution publique de renom se soumettre aux injonctions» d’un lobby. Michel Tubiana, président d’honneur de la LDH, a dénoncé «la forme la plus imbécile de soutien à l’existence de l’État d’Israël».
/image%2F0551212%2F20170620%2Fob_74cedc_bandeau-pcf.jpg)