Soutien scolaire par l'Education nationale : affichage, bides et poudre aux yeux
« La dotation globale n'étant pas suffisante pour tout financer, les proviseurs se retrouvent devant un choix cornélien. Ils doivent opérer un arbitrage et optent le plus souvent pour le financement des options et des dédoublements de classe. »« On ne repêche pas un élève en 20 heures » Au primaire, des stages de remise à niveau pendant les vacances sont proposés aux niveaux CM1 et CM2 depuis le printemps 2008. Des sessions de trois heures pendant cinq jours par petits groupes d'élèves pour renforcer les acquis en français et en maths. Sur la période de janvier à août 2011, près de 250 000 écoliers ont participé à ces stages, soit 16% des élèves. Le même dispositif est proposé aux lycéens depuis la rentrée 2010. Combien d'élèves en ont bénéficié ? Silence total du ministère et des rectorats sur le sujet. Valérie Sipahimalani, secrétaire national chargé du lycée au Syndicat national des enseignements de second degré (Snes-Fsu), est plus bavarde :
« Ça se fait à dose homéopathique. Au lycée, l'objectif annoncé par le ministre est de réduire les redoublements. Mais ce n'est pas en vingt heures que l'on repêche un élève. Ça peut éventuellement donner un coup de main aux élèves moyens. »Même diagnostic pour les stages intensifs d'anglais d'une semaine. Dans un communiqué du ministère, daté de février 2011, il est fait mention du chiffre de 50 000 élèves ayant participé à ce type de stage depuis leur mise en place en 2008. Soit 2,3% seulement des lycéens.
« C'est une aberration supplémentaire, alors même que toute l'année, des professeurs de langues se retrouvent avec des classes de 30 à 35 élèves. »L'Académie en ligne ? Des PDF à télécharger Autre dispositif lancé au début de l'été 2009 : l'Académie en ligne. Un site Internet du Centre national d'enseignement à distance (Cned), qui rend accessible gratuitement l'ensemble des cours du CP à la terminale. Xavier Darcos, alors ministre de l'Education, déclarait au journal France Soir le jour du lancement :
« Je connais des enfants qui occupent leurs vacances comme ils le peuvent, tandis que d'autres, du même âge, passent de livrets de révision en stages de soutien payants, accentuant ainsi l'écart entre les puissants, les riches, et ceux qui ne le sont pas. »Une bonne initiative qui ne tient pas la comparaison avec les sites payants. Académie en ligne se résume à un corpus de cours à télécharger au format PDF. De l'aveu de Serge Bergamelli, directeur du Cned : « Académie en ligne n'a pas une visée de e-learning, mais de démocratisation des savoirs. » Bilan de l'opération : le site compte 20 000 connexions par jour en période scolaire et 12 000 pendant les vacances. Et pour accéder à des contenus interactifs et bénéficier d'un accompagnement en ligne, il faut payer 99,9 euros pour se connecter à un autre site de l'opérateur national : Atout Cned. « Le ministère ne regarde pas l'essentiel » Les mesures affichées par le ministère seraient donc de la poudre aux yeux, c'est l'avis général des syndicats et des spécialistes de l'éducation que nous avons interrogés sur ces dispositifs. Jean-Jacques Hazan, président de la Fédération des conseils de parents d'élèves (FCPE), accuse :
« Il vaudrait mieux que l'école fasse son travail plutôt que de trouver des ersatz de solutions. Ça ne sert à rien de rajouter des heures de cours aux élèves, si on ne repense pas les modèles pédagogiques. Le ministre ne regarde pas l'essentiel. »
Un modèle voué à l'échec, selon le sociologue spécialiste de l'éducation François Dubet : « Ce n'est pas dans la culture du monde
enseignant. » Pour Claire Krepper, au SE-Unsa : « L'Education nationale cède à la pression des parents et nourrit le cercle infernal de la réussite scolaire, alors qu'elle a
elle-même créé cette situation. »
http://www.rue89.com/2011/11/17/soutien-scolaire-par-leducation-nationale-affichage-bides-et-poudre-aux-yeux-225810
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