Article paru dans La Marseillaise le mardi 20 octobre 2009
Avec la réforme du fret
qui laisse de côté des secteurs entiers du transport de marchandises ou avec le risque majeur de vente, à la découpe, de l’entreprise déjà fragmentée en cinq branches, c’est
l’avenir même de l’entreprise publique – fleuron du transport ferroviaire en Europe – qui est menacé. photo rt
La restructuration de la
SNCF commence à se faire sentir sur l’équilibre psychologique des salariés, confrontés à l’absence de plans de carrière et à la mobilité forcée de l’emploi.
« Ce que je pense de la grève à la SNCF ? Je la soutiens à 100%. Et je parle en temps qu’usagère
quotidienne. Car je sais que si les cheminots ont pris cette initiative, c’est qu’ils ont conscience de se battre non seulement pour la défense de leurs propres intérêts, mais
aussi pour notre confort et pour l’avenir de l’emploi dans la région. Alors même s’il y a des perturbations, pas la peine de commencer par râler, il faut avant tout s’informer
pour comprendre ».
L’opinion d’Irène, cette enseignante qui fait chaque jour le trajet Toulon-Marseille, ne fait peut-être pas l’unanimité chez les autres usagers. Encore que… La votation contre
la privatisation de la Poste et le dégoût de plus en plus clairement exprimé devant les méthodes de management de France télécom, sont là pour pointer du doigt cette inquiétude
grandissante de la dégradation savamment programmée des conditions de travail et de vie des salariés. Des citoyens.
L’entreprise intégrée remise en cause
Dans la Région Paca, ce sont donc les salariés, avec leurs trois organisations syndicales – CGT, Sud Rail et FO – qui expriment aujourd’hui toute l’étendue de leurs inquiétudes
devant les plans de restructuration qui affecteront non seulement l’activité fret mais aussi l’essentiel des métiers de la SNCF. « En d’autres termes, déclare Serge Caillol,
secrétaire régional du syndicat CGT des cheminots, nous sommes confrontés aujourd’hui à une volonté de spécialisation et de sectorisation de l’ensemble des métiers. Cela est
vécu comme une remise en cause de l’entreprise intégrée. Une expression réelle de cette privatisation rampante à l’horizon 2012 – baptisée pudiquement plan de modernisation –, à
laquelle nous ne cessons de nous opposer ».
De la restructuration de l’activité de fret, qui serait confiée à des filiales par produits, on sait à quel résultat aboutira ce projet. « Les PME-PMI », disent les cheminots de
Fos-sur-mer, qui déplorent les suppressions d’emplois, « s’inquiètent beaucoup de l’abandon de la notion de fret de proximité qui empêchera désormais le transport de leur
production par ce système de wagons isolés qui faisait leur affaire ». Les riverains du golfe de Fos ou de la gare de Miramas, quant à eux, savent ce que cette mesure ne
manquera pas de signifier : « Le passage incessant des camions sur l’autoroute ne pourra aller qu’en s’amplifiant. Et la pollution avec. C’est déjà pas le paradis, souligne
Michel, gérant de snack, mais là, ça sera la route pour l’enfer ».
La progression des compétences freinée
Et puis il y a les autres. Tous les autres. A commencer par les conducteurs de trains de voyageurs. Jean-Marc Valencia, conducteur de TER, est de ceux qui pensent que la
séparation des activités entre conducteurs de trains à vocation régionale, de grandes lignes ou de trains à grande vitesse, aura « un impact certain sur les possibilités de
promotion des premiers. Jusqu’à aujourd’hui, poursuit-il, la perméabilité des différents cursus professionnels, offrait des possibilités de formation et d’avancement. Le plan de
restructuration prévu, qui imposera le cloisonnement, sera avant tout synonyme d’arrêt de la progression des compétences, puique chaque parcours professionnel sera conçu par
filière. Voilà encore des économies faites sur la formation et l’épanouissement du personnel. Plus besoin donc de consacrer des efforts sur un agent condamné ad vitam aeternam à
la même fonction ». Mêmes inquiétudes quant à l’éclatement de la SNCF pour les agents d’équipement du service « Infratransport ». La restructuration déjà en cours, prévoyant la
fusion de trois établissements, compte tenu de la faiblesse et des dispartités des investissements de Réseau ferré de France, a pour incidence une grande mobilité du personnel.
« Cela est très mal vécu, surenchérit Marc Pastorelli, et entraîne nombre de problèmes psychosociaux qui prennent une dimension considérable. Cette volonté de faire plier
l’homme aux conditions de travail voulues par l’entreprise, est facteur d’un profond malaise : cinquante emplois seront contraints à la mobilité et certains mêmes au changement
de fonction ».
Quant aux agents de circulation, leur sort n’est pas meilleur. Thierry Meglio, aiguilleur, est convaincu que l’absence de passerelle entre les différents métiers aura aussi des
conséquences néfastes sur ce secteur. Notamment en terme de salaires et donc de formation et de promotion. Avec ce plan de restructuration, conclut Thierry Meglio, « c’est le
cœur de l’entreprise qui est saigné à blanc ».
Autant dire qu’Irène, l’usagère quotidienne, a bien des raisons de s’inquiéter pour la qualité de service qui a longtemps fait la renommée de la SNCF.
Reportage Gérard Lanux
Photo Stéphane Clad
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