SNCF : Un budget contre le service public
Des résultats en recul en 2009 et des perspectives similaires en 2010. Le conseil d’administration du groupe SNCF, qui a examiné, hier, le projet de budget 2010, s’attend à ce que la crise
économique qui a impacté ses comptes l’année dernière ne cède pas la place à une « franche reprise » l’année prochaine. En 2009, le chiffre d’affaires du groupe a atteint 24,9
milliards d’euros, soit une baisse de 1,2 % par rapport à 2008. Mais, en réalité, à périmètre constant d’activité, c’est-à-dire en excluant le résultat des filiales acquises par la SNCF en
2009, le recul est nettement plus sensible (– 3,6 %).
La crise économique a impacté les résultats de la branche voyages (TGV, grandes lignes et autres filiales de
transport public). Son chiffre d’affaires, de 7,316 milliards d’euros, enregistre une baisse de 1,2 % par rapport à 2008. La branche SNCF Géodis (logistique et transport de marchandises) a
subi aussi les conséquences de la récession, son chiffre d’affaires (7,371 milliards d’euros) diminue de 8,2 %. À périmètre constant, le recul est plus important (– 16, 2 %) en raison
des conséquences de l’écroulement de fret SNCF. Les bons résultats de SNCF Infra (+ 6,7 % et 5,144 milliards d’euros de chiffre d’affaires) et de SNCF proximité (+ 3,8 % et 6,579
milliards d’euros de chiffre d’affaires) sont à mettre au crédit de l’investissement public. Dans le premier cas, c’est « l’accroissement des travaux réalisés pour le compte de RFF dans le
cadre de la rénovation du réseau » qui explique cette progression. Dans le second cas, c’est la politique de développement de l’offre TER, conduite par les régions, qui continue de porter
ses fruits.
UNE STRATÉGIE FORTEMENT CONTESTÉE PAR LES SYNDICATS
En 2010, la direction du groupe entend poursuivre la mise en oeuvre de son projet « ambition 2012 » qui vise à doubler ses résultats financiers. Elle espère faire croître cette année
le chiffre d’affaires de 30 %, pour atteindre 30 milliards d’euros. Ce résultat, s’il est atteint, ne marquera pas une amélioration de l’activité de la SNCF à périmètre constant, mais
traduira mécaniquement l’intégration en année pleine dans les comptes du groupe des résultats des filiales acquises en 2009. Ainsi, en 2010, selon la CGT, la part de l’Epic (Établissement
public industriel et commercial, SNCF hors filiales) dans leadchiffre d’affaires devrait tomber à 59 %, contre 75 % en 2008. Cette stratégie est fortement contestée par les syndicats.
Ainsi, la CGT reproche à la direction d’investir dans des opérations de croissance externe au détriment des missions traditionnelles de service public, comme le fret ferroviaire. Le syndicat
affirme que la SNCF entend, notamment, diminuer les trafics de 9 % en 2010 et supprimer 18,6 % des effectifs de l’Epic. D’autre part, l’organisation syndicale majoritaire fait
remarquer que le coût de ces achats de filiales excède les capacités d’autofinancement du groupe et que, pour les réaliser, la direction a augmenté de 73,2 % les cessions d’actifs et que
la dette progresse fortement (+ 36, 6 %), pour atteindre 10,666 milliards d’euros.
PIERRE-HENRI LAB Gér
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