Sarkozy très fier de Sarkozy

Travail, famille… La connotation est claire. Les vœux aux forces économiques du président de la République Nicolas Sarkozy s’adressaient essentiellement à la droite et au patronat. Hier, il
avait choisi Cholet (Maine-et-Loire) pour cet exercice où quelque 1 600 personnes, dont de nombreux élus locaux, avaient été conviées. Le style : du sarkozysme pur sucre bien loin de
la hauteur que confère la fonction. La forme : un discours nettement partisan dans le cadre de la campagne électorale des régionales. Le fond : une tentative de mise en cohérence
idéologique de son action devant un parterre théoriquement acquis, mais qui regimbe de plus en plus fort, constatant que le sarkozysme pourrait bien créer plus de problème qu’il n’en résout. La
prestation présidentielle a ainsi été marquée d’un fort souci de pédagogie, laissant sur leur faim ceux qui attendent des mesures plus adaptées à la situation du pays qu’elles ne l’ont été
jusque-là. Le regard fixé sur le passé, Nicolas Sarkozy aura surtout vanté son bilan sur le mode d’autosatisfaction dont il est coutumier. Ce faisant, l’aveu est celui d’une faiblesse :
Nicolas Sarkozy, à mi-mandat, est désormais contraint à la défensive, et à expliquer ce qu’il fait plutôt qu’à annoncer ce qu’il va faire, sauf à entendre un message répété de manière non
subliminale : « Je continue. »
Bréviaire libéral
Encore faut-il qu’il soit soutenu : la veille, il avait exhorté ses ministres « à jouer collectif ». Hier, il s’est employé à donner des gages à la droite et aux acteurs du
capitalisme bousculé par la crise. L’objectif étant d’attester de son loyalisme au libéralisme en prenant à témoin l’assistance et en invoquant « le bon sens ». D’abord sa conception
de l’État : « Rendre les choses possibles », « libérer l’économie », « moderniser ». Exit la suspicion d’étatisme que nourrit à son encontre une partie de
son camp. Ensuite petits rappels du bréviaire libéral : « les richesses créent les richesses », « le partage du travail crée la pauvreté ». Corollaire : « la
réhabilitation du travail » dans l’esprit du fameux « travailler plus pour gagner plus ». C’est cet État libéral qui, expliquera Nicolas Sarkozy, a mis fin aux 35 heures et
conduit la détaxation des heures supplémentaires. C’est aussi cet État qui a imaginé le bouclier fiscal avec une mention toute particulière pour la suppression des droits de succession. Le fil
rouge économique ? « Préserver la compétitivité des entreprises. » D’où les cadeaux fiscaux et allégements de charges patronales que le président s’est plu à lister d’abondance.
Pour lever toute ambiguïté, il confirmera que son objectif est d’utiliser l’argent public, dont il est le garant au niveau national, au service quasi exclusif des intérêts patronaux ou
financiers (cf. le prétendu plan de sauvetage des banques) : pas question de relance par la consommation et l’augmentation des salaires, mais priorité aux investissements à dominante
privée.
Un seul oubli : le peuple
Le hic est que les caisses, dans cette logique, sont asséchées d’autant plus vite qu’il n’est pas question de créer des impôts sur les revenus ou les bénéfices des riches, bien au
contraire : le casse-tête créé par le retoquage de la taxe carbone exemptant les grandes entreprises en est une preuve. La solution, dans la cohérence sarkozyste, passe donc par la
réduction des dépenses publiques. Et de se féliciter une nouvelle fois du non-remplacement d’un fonctionnaire sur deux partant à la retraite. Ce qui ne suffira pas. D’où le recours au fameux
grand emprunt et surtout à la suppression de la taxe professionnelle, au nom de la compétitivité des entreprises. Un cadeau qui, de l’aveu du président, va se traduire par une manne de quelque
12 milliards d’euros en 2010, sans contrepartie ni contrôle d’utilisation. Sans compter la contrainte tendancielle faite aux collectivités territoriales étranglées de confier des pans entiers
des services publics locaux à des capitaux privés en quête de rentabilité. « Je n’ai pas été élu pour renoncer, quelles que soient les difficultés », a conclu le président, ajoutant,
plagiant un discours papal : « Je vous demande de ne pas avoir peur. » Un seul oubli : le peuple.
Dominique Bègles
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