Nicolas Sarkozy n'aime les grévistes que multimillionnaires. Le président de la République s'est consacré hier
à une opération de diversion pour occulter les deux millions de manifestants derrière les états d'âme de Thierry Henry. Pourtant, la France qui bosse dur, celle qui gagne trop peu mais
qui sait résister, se donnait à fond dans la rue. Un succès qui dément les sondages tripatouillés du Figaro. Les salariés sont massivement hostiles à une réforme des retraites injuste,
qu'ils soient du public ou du privé, comme l'ont montré les ouvriers de Turbomeca à Tarnos, venus défiler à Bayonne le lendemain de la visite du chef de l'État dans leur usine. Mais cette
mobilisation était forte aussi à Marseille avec Le Printemps, ONEX, Renault, Unilever ou Panzani, à Boulogne-sur-Mer ; chez Ribéry, où défilaient les employés de Cristal d'Arques, ou
encore à Bordeaux avec la grande distribution, l'aéronautique ou le spatial. Nicolas Sarkozy a tenté un autre coup de bluff médiatique dans la nuit précédente, le passage incognito à La
Courneuve où il s'était bien gardé de revenir depuis sa promesse, il y a cinq ans, de nettoyer la population au Kärcher, après avoir tenté de récupérer la mort d'un enfant. Là, silence
télé, pas de journalistes autres que triés sur le volet, mais une armée de policiers qui n'ont même pas pu empêcher un jeune malencontreusement croisé de lui dire son fait. Retour sur les
lieux du crime, pourrait-on dire, et il faut bien soupçonner la droite d'espérer rallumer le feu dans les banlieues. Pitoyable !
Ces coups médiatiques à répétition ou la volonté affichée de normaliser l'audiovisuel - qui n'est pas sans effets, puisque l'Humanité n'est quasi jamais invitée sur les chaînes publiques
comme privées - ne sont pas un signe d'assurance ni de force. La partie n'est pas jouée sur les retraites. En dépit du matraquage propagandiste, les Français n'avalent pas la couleuvre et
la mobilisation va croissante. L'été, cette année, ne marquera pas une trêve. Les syndicalistes, les militants de gauche ou associatifs, des citoyens mobilisés iront à la rencontre des
vacanciers pour préparer une rentrée chaude.
L'importance des manifestations et des grèves d'hier doit être mesurée à l'aune d'une période peu favorable et de l'obstination brutale des gouvernants, qui passent la vie démocratique
par pertes et profits. Les Français votent sans ambiguïté contre le traité constitutionnel en 2005 ? Il leur est imposé sous un nouvel emballage. Ils sanctionnent la droite aux régionales
? Elle répond que rien ne change. Ils descendent nombreux dans la rue ? Elle tente de résister encore. C'est donc un appel à se mobiliser plus nombreux encore, au point que rien ne puisse
faire obstacle à la vague populaire.
Á l'Élysée, Nicolas Sarkozy confessait Thierry Henry. Là, éclate l'affaire des « bijoux » de Madame Bettencourt, où l'on croise un ministre, un parti et de bien agréables financements.
Ailleurs, un scandale des cigares, de vrais faux permis de construire, des missions de complaisance. Flotte un parfum d'Ancien Régime où les puissants s'éclatent sans mettre de gants. On
apprenait mardi que le nombre des millionnaires français en euros avait augmenté de 11 % en 2009 et que le patrimoine des grandes fortunes mondiales a augmenté de 18,9 % l'année dernière.
Quand on vous dit qu'il est temps de se serrer la ceinture et de repousser l'âge de la retraite.
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