Sarkozy invente le remaniement permanent
Article paru dans La Marseillaise du mardi 1er mars 2011
Nicolas Sarkozy a éliminé les deux boulets qu’étaient devenus Michèle Alliot-Marie et Brice Hortefeux. Mais ce quatrième remaniement en onze mois traduit surtout les difficultés politiques du chef de l’Etat, toujours plus bas dans les sondages.
Toujours plus bas dans les sondages, Nicolas Sarkozy n’avait plus le choix : il devait se débarrasser du boulet qu’était devenue
Michèle Alliot-Marie, suite à la polémique suscitée par son séjour en Tunisie. La controverse sur les vacances tunisiennes de la ministre des Affaires étrangères avait pris de telles proportions
qu’elle a finalement contraint le chef de l’Etat à trancher dans l’urgence. Exit donc « MAM » critiquée de toutes parts pour la timidité de ses positions face aux révoltes populaires qui ont fait
tomber les régimes « amis » tunisien et égyptien. Mais le président de la République a bien du mal à masquer qu’elle n’était jamais que le symbole de ses propres hésitations
diplomatiques.
Du reste, ce quatrième remaniement gouvernemental en moins de onze mois, un véritable record en la matière
qu’est en train d’établir la présidence de Nicolas Sarkozy, traduit une fois encore les difficultés que rencontrent ces derniers mois le chef de l’Etat et sa majorité UMP. Car à chaque fois ces
remaniements ont été imposés par un contexte politique délicat.
Le 22 mars 2010, c’est la déroute de la droite aux régionales avec 26,0% des voix au premier tour et 35,4% au
second, soit son pire score sous la Ve République, qui entraîne la modification de l’équipe de François Fillon. Battu en Aquitaine, Xavier Darcos quitte le ministère du Travail où il est remplacé
par Eric Woerth, alors que François Baroin devient ministre du Budget.
L’été dernier, ce sont les scandales qui rattrapent l’UMP : Alain Joyandet est épinglé pour la location d’un jet
privé, Christian Blanc pour une facture de cigares de 12 000 euros. Les appartements de fonction de Fadela Amara et Christian Estrosi déclenchent également la polémique, ainsi que le cumul des
retraites avec les salaires de ministres. Si Eric Woerth, mis en cause pour conflit d’intérêt dans l’affaire Bettencourt, reste pour encore quelques mois en place, Alain Joyandet, secrétaire
d’Etat à la Coopération, annonce sa démission le 4 juillet. L’Elysée confirme et annonce également le départ de Christian Blanc, secrétaire d’Etat au Grand Paris.
Mais ces départs ne mettent pas fin aux spéculations sur un prochain changement au sein de l’équipe
gouvernementale. Dès les régionales, Nicolas Sarkozy avait en effet annoncé qu’un remaniement d’ampleur aurait lieu à l’automne. Il intervient finalement à la mi-novembre. De plus en plus mis en
cause par l’affaire Bettencourt, Eric Woerth est évincé après avoir mené jusqu’à son terme la réforme des retraites. Autre départ de marque : celui de Jean-Louis Borloo. Le super ministre de
l’Environnement, numéro 2 du gouvernement, a longtemps fait figure de favori pour entrer à Matignon. Suite au maintien de François Fillon, il refuse tout lot de consolation et refuse ainsi… le
portefeuille des Affaires étrangères. Conséquence : c’est Michèle Alliot-Marie qui entre au Quai d’Orsay. Elle n’y restera finalement que trois petits mois et demi.
Un remaniement dans l’optique de 2012
Le chef d’Etat espère que cette fois-ci c’est la bonne : il a enfin remodelé son gouvernement pour le mettre en
ordre de bataille dans la perspective de la présidentielle de 2012… un objectif qui motivait toutefois déjà le remaniement de l’automne dernier !
Car c’est un président d’ores et déjà en campagne qui est apparu dimanche soir dans cette lucarne télévisuelle
qu’il affectionne tant. Ainsi, Nicolas Sarkozy n’a-t-il pas manqué de saisir l’occasion pour confirmer sa volonté de faire de l’immigration une de ses priorités jusqu’en 2012. Et François Fillon
d’annoncer hier que le président de la République allait confier un rôle de « conseiller politique » à Brice Hortefeux dans l’optique des prochaines « échéances politiques ».
Ces propos, qui font suite à la décision d’organiser en avril un débat - déjà controversé à droite - sur la place
de l’Islam en France, témoignent de l’inquiétude que suscite à l’UMP la forte progression du Front national dans les sondages. Car Nicolas Sarkozy n’oublie pas que les voix venues du FN avaient
constitué un socle électoral non négligeable dans sa conquête de l’Elysée en 2007.
Le départ de la place Beauvau de l’ancien ministre de l’Immigration et de l’identité nationale est aussi un
boulet de moins pour le chef de l’Etat, ce dernier ayant été condamné plusieurs fois pour atteinte à la présomption d’innocence et propos « outrageants » envers la communauté
arabe.
L’affaiblissement de François Fillon
Enfin, cet énième remaniement traduit un affaiblissement du Premier ministre François Fillon. Moins populaire
dans l’opinion, critiqué pour sa trop grande prudence, il n’a pas su faire fructifier l’avantagé né de sa reconduction à Matignon à l’automne dernier : sondages toujours fringants, nouveaux
habits de Premier ministre et aura au zénith à l’UMP.
Le temps où il était qualifié « d’hyper Premier ministre » semble aujourd’hui déjà lointain avec l’arrivée au
gouvernement d’Alain Juppé, le nouveau ministre de la Défense étant déjà consacré comme le nouvel homme fort du gouvernement. Quant à Claude Guéant,
le bras droit de Nicolas Sarkozy qui agaçait François Fillon et dont il avait fini par obtenir le silence, il hérite du portefeuille
de l’Intérieur. Deux nominations qui réduiront à n’en pas douter la marge de manœuvre du locataire de Matignon.
Décryptage
Serge Payrau
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