Sarkozy au chevet du capitalisme

Au colloque « Nouveau monde, nouveau capitalisme », il tire le rideau de la campagne sur l’identité nationale, écorche le dollar et évoque la réforme du Conseil de sécurité.
C’est à l’École militaire que Nicolas Sarkozy a ouvert hier le colloque « Nouveau monde, nouveau capitalisme » qui rassemble jeudi et vendredi des personnalités françaises et
étrangères allant du premier ministre socialiste portugais, José Socrates, à John Monks, secrétaire général de la Confédération européenne des syndicats, en passant par deux prix Nobel
d’économie, Joseph Stiglitz et Amartya Sen, et par l’inévitable Michel Rocard.
Le président de la République a d’emblée situé ce colloque comme un moment de la « réflexion nécessaire » à engager après la crise. Une crise définie comme « structurelle …, systémique, la crise d’une mondialisation, d’une finance, d’une économie insuffisamment régulées ». À quelques encablures des élections régionales, il a tenu à préciser que, selon lui, un tel diagnostic ne serait ni de droite ni de gauche. Il en est pour preuve, dit-il, qu’il n’y a pas l’ombre d’une divergence entre le premier ministre socialiste portugais et lui. Cela dit, ces propos en forme de provocation peuvent inciter la gauche à faire preuve d’imagination pour montrer qu’elle peut penser tout autrement. Plusieurs questions soulevées par l’orateur en seraient l’occasion. Ainsi, Nicolas Sarkozy a dénoncé la faiblesse du dollar par rapport à l’euro et estimé que le « désordre monétaire » était devenu « inacceptable », ajoutant que, puisque « le monde est multipolaire, le système monétaire doit devenir multimonétaire ».
En fait, ce que le président réclame, c’est que l’euro puisse devenir lui aussi, aux côtés du dollar, une monnaie dominant le système monétaire international. À gauche, le sujet n’est pas souvent abordé. Seul le PCF propose de mettre fin à l’hégémonie du dollar mais pas pour le remplacer par l’euro, plutôt pour créer une monnaie commune mondiale de coopération permettant d’engager de nouveaux financements favorables à l’investissement et à l’emploi.
Le président a en outre demandé que l’on mette « sur la table la réforme du Conseil de sécurité » de l’ONU afin de faire une place aux grands pays émergents. Il a aussi indiqué qu’en cas de nouveau développement de la crise, les États ne seraient plus à même de faire face.
Enfin, pour conclure, Nicolas Sarkozy était évidemment dans l’obligation d’évoquer le débat sur l’identité nationale et d’assurer Éric Besson de son soutien. Il a certes déclaré que ce débat n’allait pas s’arrêter. « Au contraire, nous allons le poursuivre », a-t-il affirmé. Mais n’est-ce pas là une façon élégante de tirer le rideau ?
Pierre Ivorra
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