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"Une culpabilisation insupportable"

 

 

 

Article paru dans La Marseillaise du mardi 7 décembre 2010

 

 

Renoncement à des soins et précarisation s’installent avec une maladie chronique : l’augmentation continue du « reste à charge » pour les patients entraîne des situations dramatiques appelées à s’aggraver avec le PLFSS* 2011.Associations, mutuelles, médecins se rejoignent sur ces constats. Photo RT
Renoncement à des soins et précarisation s’installent avec une maladie chronique : l’augmentation continue du « reste à charge » pour les patients entraîne des situations dramatiques appelées à s’aggraver avec le PLFSS* 2011.Associations, mutuelles, médecins se rejoignent sur ces constats. Photo RT

Renoncement à des soins et précarisation s’installent avec une maladie chronique : l’augmentation continue du « reste à charge » pour les patients entraîne des situations dramatiques appelées à s’aggraver avec le PLFSS* 2011.Associations, mutuelles,  médecins se rejoignent sur ces constats.


« Au cours de ces dernières années et de ces derniers mois, les difficultés financières n’ont fait que s’amplifier pour les malades du cancer que nous côtoyons »,  déplore Magali Maugeri, directrice du comité des Bouches-du-Rhône de la Ligue contre le cancer. « Nous enregistrons cette année 30% de plus de demandes d’aides financières par rapport à l’an dernier ». Ces difficultés touchent maintenant, selon elle, « toutes les populations, et on se rend compte que la précarité s’installe souvent pendant la maladie. Pour ceux qui avaient déjà des problèmes d’argent, cela ne s’arrange évidemment pas, mais des personnes des couches moyennes, des cadres même, se retrouvent en difficulté par rapport au coût de leur maladie ».


Magali Maugeri : « Se battre contre la maladie et... pour trouver de l’argent »


    « Les malades qui doivent être régulièrement hospitalisés sont particulièrement touchés par le forfait hospitalier s’ils n’ont pas de mutuelle ou si leur contrat ne prévoit qu’un certain quota de journées d’hospitalisation. Les demandes d’aide à ce sujet deviennent régulières depuis deux ans. Il y a aussi tous les forfaits et franchises sur les actes médicaux, les dépassements d’honoraires des spécialistes parfois astronomiques, qui dissuadent les patients de se faire soigner. Comme le déremboursement de médicaments dits « de confort », alors qu’ils sont souvent nécessaires à ces personnes pour des problèmes induits par leur état de santé. Les gens vivent cela comme une injustice. Non seulement ils doivent se battre au quotidien contre cette terrible maladie, mais se battre aussi pour trouver de l’argent. L’an prochain, les nouvelles restrictions ne pourront qu’aggraver ces problèmes. La situation est plus qu’alarmante et une association comme la nôtre se demande comment elle va faire si les demandes d’aide continuent d’augmenter », conclut Mme Maugeri.
    « Fréquemment, des patients nous demandent « Est-ce que je serai remboursé ? » note le Dr Philippe Regard. Ce médecin généraliste à Avignon, membre du Syndicat de la médecine générale, constate des retards de soins et est confronté à des refus de médicaments qui ne sont plus remboursés qu’à 15%. « Les gens hésitent aussi à aller au laboratoire pour une analyse biologique, à consulter un spécialiste ou un dentiste, craignant des dépassements d’honoraires ou, même si ce n’est pas le cas, l’avance de frais avec un non remboursement par l’assurance maladie qui cumule les retenues de un euro et les soustrait ensuite ».
Dr Philippe Regard : « Une vraie angoisse à propos du prix que ça va coûter »
    « Il existe une vraie angoisse à propos du prix que ça va coûter. Alors, on essaie d’orienter nos patients là où se pratique le tiers payant, en particulier vers l’hôpital, mais là on se heurte à l’insuffisance de moyens, aux attentes », poursuit le médecin. « Et s’il y a hospitalisation, notamment pour des maladies chroniques, ce sont des factures importantes pour le forfait hospitalier. La fois d’après, ils disent qu’ils ne veulent pas être hospitalisés. Dans le quartier Reine-Jeanne où j’exerce, je constate une paupérisation énorme, et en même temps on voit de moins en moins de gens qui ont droit à la CMU, notamment parce qu’ils sont juste au-dessus du seuil de revenus imposé tout en étant en dessous du seuil de pauvreté. Sans CMU complémentaire, ils ne peuvent faire face à toutes les franchises. On constate aussi une chasse aux arrêts de travail infernale. On stigmatise, on monte les gens les uns contre les autres, la culpabilisation des malades devient insupportable. Alors ce nouveau PLFSS est d’autant plus désespérant qu’il ne résoudra rien. Il ne prévoit ni réorganisation réelle du système de soins, ni réforme du financement. »


Jean-Paul Benoit : « De graves conséquences sur la santé publique »


    « Depuis plusieurs années, les comptes de la sécu se dégradent, on est dans des déficits record, et ce que l’on prévoit pour l’an prochain c’est d’y rester », affirme Jean-Paul Benoit, président de la Mutualité française Paca. Selon lui, « le PLFSS* 2011 propose des mesures totalement négatives d’un point de vue sanitaire et qui ne vont rien résoudre d’un point de vue économique. On réduit l’accès aux soins avec une augmentation du ticket modérateur. Le forfait de 30 euros sur l’aide médicale d’Etat va exclure les plus précaires mais va aussi avoir de graves conséquences sur la santé publique. Une autre mesure, contenue celle-ci dans le projet de loin de financement de l’Etat, prévoit une taxation de 3,5% sur les contrats responsables et solidaires adoptés par les mutuelles. Une charge de plus pour elles, mais une incohérence puisque ces contrats ont été mis en place pour favoriser le parcours de soins coordonné mis en place par le gouvernement. Pour les mutuelles : soit elles ne prennent pas en charge les nouveaux « reste à charge » pour les usagers, et cela entraînera des difficultés d’accès aux soins pour leurs adhérents ; soit elles les prennent en charge et elles devront augmenter leurs cotisations de l’ordre de 7 à 8%, ce qui risque d’écarter ceux qui n’auront pas les moyens de payer. Or, 5 millions de Français n’ont pas de complémentaire santé.
    Tout cela est fait au nom du « trou de la sécu », alors que ce trou est le résultat d’une politique, notamment d’exonérations de charges sociales évaluées par la Cour des comptes à 65 milliards d’euros et d’une assiette des cotisations basée sur la seule masse salariale des entreprises et non sur l’ensemble des richesses créées. Il y aurait là une vraie réforme à faire et la Mutualité française, au printemps, organisera des réunions publiques dans toutes les régions afin de faire connaître ses propositions en matière justement de financement. »

* Projet de loi de financement de la sécurité sociale

Témoignages
Jacqueline De Grandmaison

 

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Tag(s) : #Santé
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