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Article paru le 12 avril 2010 dans l'Humanité

 

Sans papiers : Six mois de lutte, aucune négociation !


En grève depuis six mois, plus de 6 000 travailleurs sans papiers attendent toujours que le gouvernement sorte du mépris dans lequel il s’enferre, alors que la reprise de la croissance va aggraver l’impatience patronale.

L e 12 octobre 2009, il y a six mois, débutait le deuxième mouvement de grève et d’occupation des travailleurs sans papiers. 6 263 grévistes. Dont 1 600 intérimaires. Le premier avait commencé, rappelons-le, le 15 avril 2008. C’est donc aujourd’hui un double anniversaire pour cette lutte historique. Pour la première fois, en effet, les sans-papiers abordaient la question de leur régularisation par la reconnaissance de leur activité salariée. Tous ne sont pas en grève proprement dite, mais tous participent à de nombreuses actions et leurs 150 à 160 délégués se réunissent trois fois par semaine.


Une circulaire qui renforce l’arbitraire


Le collectif des onze syndicats et organisations qui épaulent le mouvement, devenu une structure permanente au rendez-vous hebdomadaire, trouve sa raison d’être dans un mouvement qui perdure et qui est parvenu à se faire respecter, explique Raymond Chauveau, responsable CGT de l’Essonne. « On ne peut plus entrer dans une agence d’intérim sur Paris sans montrer patte blanche. La pression est très forte et les patrons de l’intérim disent clairement qu’ils n’en peuvent plus. »

Autre secteur mobilisé, la restauration. « Le 17 mars, aux Jardins de Bagatelle, trois salariés qui avaient été déclarés comme auto-entrepreneurs et cinq qui travaillaient en extra ont été requalifiés en CDI après l’occupation », cite encore en exemple le responsable syndical. Des opérations sont régulièrement menées dans le bâtiment, contre les chantiers de Bouygues en particulier, pour faire avancer le patronat sur le sujet.

Alors, où en sont les régularisations  ? Le 24 novembre 2009, le ministre de l’Immigration présentait une nouvelle circulaire sur la régularisation par le travail. Ce que demandaient les organisations. Mais celle sortie des tiroirs d’Éric Besson ne donne aucun critère objectif et même, selon les onze organisations, renforce l’arbitraire préfectoral. Le ministre aurait même dit au patronat qu’elle n’était pas faite pour être appliquée. L’objectif non avoué d’Éric Besson ? Que les salariés cessent leur mouvement et aillent en préfecture déposer leur dossier.

En réponse, il obtient la poursuite de la grève et l’ouverture de discussions entre le collectif et certaines organisations patronales, qui débouchent sur un accord le 8 mars. Les syndicats CGT, CFDT, Unsa, SUD, la CGPME, Ethic et le Syndicat national des activités de déchets signent un texte commun. Ils demandent l’ouverture d’une discussion tripartite – patronat, syndicat, gouvernements et exigent la régularisation des salariés sur la base d’un an d’activité salariée, régularisation localisée sur le lieu de travail et non sur le domicile du salarié. Cette dernière clause a pour but de faciliter les démarches des employeurs auprès des préfectures.


LE MINISTÈRE DU TRAVAIL DOIT NÉGOCIER


Depuis le 8 mars, le front patronal s’est élargi, avec, en particulier, les deux fédérations des entreprises d’aide à la personne et les déclarations du Medef de l’Essonne, du Loiret et de Seine-et-Marne, et même de Laurence Parisot… qui met en préalable l’arrêt du mouvement. Un vœu pieux  ? « Comment arrêter une grève avec des salariés qui n’ont pas le droit de travailler et des employeurs qui n’ont pas le droit de les employer  ? interroge Francine Blanche, responsable CGT. Il faut que le ministère du Travail ouvre des négociations. Nous devons discuter avec des gens qui savent de quoi ils parlent. Nous sommes dans un conflit du travail, pas dans un problème de gestion de flux migratoires. »

À l’heure où s’amorce une reprise économique, où la saison touristique commence, où le besoin de main-d’œuvre est de plus en plus sensible dans l’intérim, confier la gestion de cette affaire au nouveau ministre du Travail, Éric Woerth, permettrait peut-être au gouvernement de sortir du conflit la tête haute.

Emilie Rive

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Tag(s) : #Société
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