Salaires : les Français se serrent la ceinture en 2011
Il est loin le temps où Nicolas Sarkozy prônait un partage des bénéfices des entreprises en trois parts égales: un tiers pour l'investissement, un tiers pour les salariés, un tiers pour les actionnaires. Dans une enquête publiée ce jeudi, Aon Hewitt, cabinet de conseil en ressources humaines, confirme que les augmentations de salaire avoisineront en moyenne 2,6% en 2011. Soit une nouvellle année de faible progression des salaires [1]. Cette étude jette une lumière encore plus crue sur les profits records des entreprises du CAC 40 [2] et sur les dividendes eux-aussi records versés aux actionnaires [3].
- Un rapport de force défavorable aux syndicats
"Les prévisions d'augmentations globales de salaire se maintiennent à un niveau faible malgré des signes de reprise économique", note Aon Hewitt. Un niveau faible qui date de 2009 et 2010 [4]. Ces deux dernières années, la moyenne des augmentations est passée de 3,5% à 2,6%. A cela une explication: le chômage restant élevé, les syndicats ne sont pas en position de force pour obtenir des hausses conséquentes, malgré parfois de bons résultats d'entreprise.
- Des primes individuelles défiscalisées plutôt que des augmentations collectives
Dans les faits, la situation est pire pour les salariés que ne laisse présager cette enquête. Les entreprises préfèrent désormais de loin offrir des primes ponctuelles que des augmentations collectives, car les premières sont en partie défiscalisées. Ainsi, alors que l'inflation devrait avoisiner les 2% en 2011, Aon Hewitt précise même que les augmentations collectives seront de seulement 1,4% en moyenne, soit un peu mieux que l'an dernier (0,8%).
- Des entreprises du CAC 40 peu généreuses
Dans ce contexte de modération, les négociations dans les très grosses entreprises françaises, qui ont globalement renoué avec les bénéfices en 2010, ont parfois abouti à un consensus un peu plus favorable. Chez L'Oréal, l'un des fleurons du CAC 40, la hausse générale va être de 2%, et de 4,7% en incluant les augmentations individuelles. Dassault Aviation (8.000 salariés) va appliquer une hausse générale de 3% aux non-cadres, dont 1,5% pour les augmentations individuelles, et les cadres auront droit à 3,5%. Dans le secteur bancaire (380.000 salariés), un accord de branche assurant une revalorisations des minima de 4% a été signé. Chez les constructeurs automobiles, PSA Peugeot Citroën a validé 3% de hausse de sa masse salariale, dont une augmentation générale de 1,7% pour les ouvriers et employés avec un minimum de 34 euros. Renault a lui aussi décidé d'un budget de 3%, dont 1,7% de hausse générale. Pour autant, les syndicats ne veulent pas en rester là et appellent régulièrement à des débrayages. Mais tout cela ne représente pas grand chose par rapport aux bénéfices annoncées par ces entreprises du CAC 40 (à lire: Les grands patrons ont gagné en moyenne 190 SMIC annuels [6]).
- Des conflits sociaux nombreux
Ailleurs, où les propositions sont moins généreuses, de nombreuses entreprises ont dû faire face ces dernières semaines à des conflits [7]: Thales Avionics, Thalès Communication, Alcatel-Lucent, Decaux, Faurecia, Mondadori, Prisma, DCNS (chantiers navals), Lyonnaise des Eaux notamment, Intermarché... Chez Thalès Communications (plus de 5.000 salariés), les mobilisations se multiplient: jeudi, encore un millier de personnes ont manifesté à Colombes (Hauts-de-Seine). Selon Roland Tutrel, délégué CFDT chez Alcatel-Lucent, les salariés veulent "au moins des augmentations cohérentes avec le coût de la vie". Cette préoccupation autour du pouvoir d'achat est omniprésente malgré une inflation maîtrisée en 2010 (1,5%). "Les attentes sur les salaires sont notamment renforcées par la hausse du prix des carburants, premier indicateur de perception de la hausse des prix", relève Jean-Christophe Sciberras.
- L'Europe assène la modération salariale
La situation ne risque pas de s'améliorer pour les travailleurs français ni européens. Vendredi dernier, 11 mars, les chefs d'Etat et de gouvernement des 17 pays de la zone euro se sont mis d'accord sur le principe d'un "pacte pour l'euro [8]", dévoilé en France par l'Humanité, afin d'améliorer la compétitivité de leurs économies. Le dispositif repose notamment sur des engagements volontaires des gouvernements en matière de modération salariale [9] dans le secteur public et sur une limitation de la dette publique. Le gouvernement français a d'ailleurs proposé hier, mercredi, d'inscrire dans la Constitution, via une "loi-cadre [10]", l'interdiction des déficits budgétaires [11].
Les syndicats belges, rejoints par des délégations d'autres pays européens, manifesteront à Bruxelles jeudi prochain, 24 mars, pour s'opposer au "pacte pour l'euro" que les dirigeants de l'UE doivent entériner lors d'un sommet commençant ce jour-là. Cette manifestation est soutenue par la Confédération européenne des Syndicats (CES), qui organisera pour sa part une "euro-manifestation" contre les mesures d'austérité le 9 avril à Budapest.
A lire: L'Allemgane se bat pour les salaires [12]
A lire aussi: La peur bleue de Trichet, l'augmentation des salaires [13]
A lire aussi: CAC 40, 80 milliards de profits qui se font la malle [2].
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