Article paru le 11 juin 2010 dans l'Humanité
tribunes & idées
Retraites, les femmes paieront le prix fort
Par Laurence Cohen, Responsable de la commission Droits des femmes-féminisme du PCF, Francine Perrot, et Élisabeth Ackermann, membres de cette commission.
Les femmes ont investi le marché du travail pour gagner en autonomie et en indépendance. Dans les années 1960, elles se sont insérées plus qu’auparavant dans les études et l’emploi salarié. Malgré cet investissement, les femmes salariées vivent, tout au long de leur carrière, les inégalités professionnelles, qui se répercutent sur le niveau de leur pension de retraite. Depuis les lois Balladur, avec le système de décote et le calcul de la pension non plus sur les dix meilleures années mais sur vingt-cinq ans, les écarts se sont aggravés pour les femmes. Sous prétexte d’argument démographique et de longévité de la vie, le gouvernement de Nicolas Sarkozy nous imposerait le maintien dans l’emploi jusqu’à soixante-cinq ans, pendant que des milliers de jeunes aujourd’hui sont en recherche d’emploi stable. Nous affirmons que l’un des remèdes à cette question réside justement dans le développement de l’emploi des jeunes et des femmes. Cela fait des décennies que notre économie est minée par le chômage, mais le gouvernement continue sa politique d’aide au grand patronat et aux banques. Son objectif est de casser notre système par répartition en s’inspirant de certains modèles européens pour avancer vers un système par capitalisation.
Au fond, Monsieur Sarkozy veut en finir avec les politiques de protection sociale et de solidarité nationale. Il mène tambour battant une politique de classes. Et ce sont les femmes qui en paient le prix fort ! Jusque dans les années 1990, le pourcentage des femmes actives n’a cessé de progresser en France pour atteindre aujourd’hui la moyenne de 80 % des femmes de vingt-cinq à cinquante-quatre ans, soit 46 % de la population active. Depuis, le travail à temps partiel est devenu un mode d’entrée sur le marché du travail des femmes : sur les 4millions d’actifs à temps partiel, 82 % sont des femmes. On les retrouve massivement dans ces nouveaux emplois, le plus souvent précaires, appelés « services à la personne ». Elles sont surreprésentées dans les emplois peu qualifiés, alors qu’elles sont de plus en plus diplômées.
L’égalité devant l’emploi et les salaires est essentielle en termes d’insertion et d’accès à l’autonomie. Or, les frontières de l’emploi et du sous-emploi, de l’activité et de l’inactivité sont fluctuantes pour nombre de femmes, en particulier pour les plus jeunes et les moins qualifiées. Les contrats à durée déterminée (CDD), les temps partiels contraints, le chômage proportionnellement plus élevé et plus long pour les femmes que pour les hommes renforcent tous les facteurs d’inégalités. Demandeuses d’emploi, elles abandonnent le monde du travail lorsqu’elles ont un enfant. Les faibles qualifications, l’emploi discontinu et précaire, le manque criant de structures d’accueil de la petite enfance vont souvent de pair avec les interruptions d’activité. Cela se traduit par près de 50 % de femmes ne pouvant pas justifier d’une carrière complète.
Plus scandaleux encore. Lorsqu’elles ont une carrière pleine et le nombre de trimestres cotisés requis, ce qui est le cas de seulement 39 % d’entre elles, le niveau moyen des pensions du régime privé reste inégal : 1 383 euros pour les hommes, 650 euros pour les femmes. Les inégalités dans la vie active se répercutent à la retraite. La dimension féminine est le plus souvent marginalisée, voire absente, de la plupart des réflexions sur les raisons et les enjeux de ces inégalités. Ce qui fait la particularité de la situation des femmes reste toujours dans le domaine du constat, comme par hasard ! Pourtant, la façon dont se déterminent les formes de précarité pour les femmes et les différenciations entre les femmes elles-mêmes est une composante essentielle de la régulation sociale, d’un double point de vue : les évolutions économiques influent sur les inégalités de genre et, en retour, celles-ci déterminent de nouvelles formes d’inégalités, pour les hommes comme pour les femmes. L’emploi des femmes est le produit de plusieurs tendances cumulées dans le temps, parfois contradictoires, mais toujours imbriquées.
L’analyse des inégalités et celle du fonctionnement même de nos sociétés doivent être menées en intégrant le mécanisme des discriminations entre les femmes et les hommes. C’est un enjeu de civilisation.
/image%2F0551212%2F20170620%2Fob_74cedc_bandeau-pcf.jpg)