Retraites : les femmes au cœur du cortège
Et si les femmes étaient les grandes perdantes de la réforme des retraites en cours ? Leurs arguments, peu audibles au début de ce
conflit, se font de plus en plus distincts. Certaines haussent aujourd’hui le ton pour dire que non, il n’est pas question de travailler encore plus tard sans même l’espoir d’accéder à une
retraite décente.
La dernière voix qui a relayé les craintes féminines est celle de la Halde (Haute autorité contre les discriminations). Jeannette
Bougrab, sa présidente, estimant que « les femmes sont les grandes oubliées de la réforme » (aussi bien de la part du gouvernement que des organisations syndicales) juge « discriminatoire » à
l’égard des femmes de relever l’âge du départ à taux plein de 65 à 67 ans. *
Carrières chaotiques
Exact, confirme Vlady Ferrier, membre, pendant plusieurs années du Conseil d’orientation des retraites (Cor (1)), pour qui les
femmes sont « les premières victimes » de cette réforme.
Explications : pour toucher sa retraite, il faut avoir cotisé un certain nombre d’années et atteindre un certain âge. Or, une
bonne moitié des femmes ne peuvent afficher une carrière complète, car elle a été interrompue par un congé parental par exemple. Elles vivent souvent « des carrières chaotiques » d’un
emploi à l’autre. Les femmes auront donc du mal à aligner suffisamment de trimestres cotisés. Par exemple, cinq années manquantes, c’est une décote (un retrait) de 25 % sur la
retraite.
De plus, elles occupent souvent des emplois à temps partiel « non par choix, mais contraintes », souligne Vlady Ferrier. Elles
cotisent donc moins. Et toucheront moins à la retraite. « Jusqu’à présent, elles travaillaient jusqu’au bout, 65 ans. Demain, ce sera 67 ans. Et ça risque de n’être que le premier étage
d’une fusée », insiste ce spécialiste (2). Pour lui, c’est clair, ce recul à 67 ans va « pénaliser à 90 % des femmes ».
À la marge
Quant aux discussions actuelles pour préserver le droit de s’arrêter à 65 ans sans décote pour les femmes ayant élevé au moins
trois enfants, « c’est une concession à la marge qui ne concerne que peu de femmes. Ce petit aménagement ne changera rien au fait que les femmes seront globalement maltraitées
».
Toutes ne partagent pas ce point de vue. Certaines, comme Samira (voir ci-contre) estiment que l’égalité consiste à ne pas
accorder de passe-droit aux femmes. Et que le vrai problème, comme dit Éric Woerth, c’est l’égalité de salaire entre les deux sexes. C’est là que les femmes doivent se
battre.
Cet argument fait sourire Vlady Ferrier. « Voilà 50 ans qu’on mène ce combat. Or, la retraite des femmes est toujours de 40 %
inférieure à celle des hommes, à carrière égale, rappelle-t-il. En attendant que ça aille mieux, il y a des générations de femmes sacrifiées. » De plus en plus seules, à cause de la
multiplication des divorces, et parce qu’il y a plus de veuves que de veufs. Les femmes voudraient cumuler tous les désavantages en matière de retraite qu’elles ne s’y prendraient pas
autrement.
1. Créée en 2000, le Cor est une structure rassemblant des parlementaires, des représentants des partenaires sociaux, des
experts et des représentants de l’État. Il a pour mission essentielle d’assurer le suivi et l’expertise concertée permanente du système d’assurance vieillesse et de faire des propositions.
2. Vlady Ferrier est conseiller expert pour les retraites à l’Ugict (Union générale des ingénieurs, cadres et techniciens) CGT
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