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Retraites

La régression sociale : l’opposé d’une solution durable

vendredi 16 avril 2010 / "le Patriote"


Cette semaine a vu s’ouvrir la phase active d’un débat sur les retraites. Medef, gouvernement, avec le renfort des conclusions souvent bien partisanes du Conseil d’Orientation des Retraites (C.O.R), poussent vers de nouvelles régressions sociales majeures. Dans de premières contributions au débat, votre hebdomadaire revient sur le bilan des réformes engagées depuis 20 ans et sur les argumentations du « choc démographique » et de « l’impasse financière » utilisées par les libéraux de différentes obédiences. Nous poursuivrons la semaine prochaine avec une présentation plus approfondie de propositions alternatives.


Le désastreux bilan des réformes Balladur-Fillon


Vingt ans après le « Livre Blanc » de Michel Rocard, puis les réformes Balladur de 1993 et Fillon de 2003, le dossier des retraites est à nouveau au cœur des enjeux économiques et sociaux. Les lois Balladur-Fillon se sont articulées autour de trois points clés :
 l’allongement de la durée de cotisation pour percevoir une retraite à taux plein, de 37,5 annuités à 41 ans en 2012.
 la modification du mode de calcul des pensions sur les 25 meilleures années et non plus sur les 10 meilleures
 une modification du calcul de l’évolution des retraites, indexées sur l’évolution des prix et non plus sur celle des salaires. Ces lois se sont montrées incapables d’apporter une solution durable aux problèmes de financement du régime par répartition : le déficit d’ensemble est prévu à 10 milliards d’euros en 2010. Mais elles ont mis en place une mécanique antisociale infernale d’érosion des droits sociaux, qui déjà aujourd’hui multiplient les injustices.

Trois détériorations majeures

Le « taux de remplacement » (rapport de la retraite sur le dernier salaire lors de la liquidation de la pension) à commencer de se dégrader. Il était encore de l’ordre de 74% en 2007 en moyenne, il évoluerait vers 58 à 63% à l’horizon 2040 selon différentes projections du C.O.R. C’est cette baisse du taux de remplacement qui permet aux études du C.O.R de minorer le besoin de financement des retraites à 1,8% du PIB d’ici 2040, puisqu’il ne s’agirait alors que de financer des retraites dégradées. L’âge effectif d’entrée en retraite a commencé de reculer. Il était de 60,9 ans en 2007, il est 61,5 ans en 2009. A noter et c’est très important qu’il s’agit de l’âge de liquidation de la retraite et non de l’âge de fin d’activité. En effet le taux d’emploi moyen des salariés entre 55 et 59 ans est de 56,3%, et comme le souligne Pierre-Yves Chanu (2) « moins de la moitié des salariés sont encore en activité au moment de la liquidation de la retraite, les autres sont au chômage, en invalidité, ou inactifs. C’est notamment le cas des femmes ayant eu des carrières courtes et qui liquident leur retraite à 65 ans pour éviter la décote alors qu’elles ont quitté depuis longtemps le marché du travail ». Entre la fin d’activité et la retraite, des millions de personnes sont donc dans la précarité. Dans le cadre du système économique actuel, un recul de l’âge légal pour pouvoir prendre une retraite aggraverait cette situation sans rien résoudre. Troisième effet des réformes Balladur-Fillon : l’érosion du pouvoir d’achat des retraites et le redéveloppement des situations de pauvreté chez les retraités. Ainsi cette année les pensions ne sont relevées que de 0,9%, loin de permettre de faire face aux augmentations du forfait hospitalier, aux franchises médicales, au déremboursements de médicaments et dépassements d’honoraires, à l’augmentation de 9% du prix du gaz,….. Aujourd’hui le revenu moyen des 13,5 millions de retraités atteint 1500 euros, mais 1020 euros pour une femme. 4 millions de personnes sont au « minimum contributif », de l’ordre de 600 euros par mois, dont 70% de femmes. Or le chômage, la précarité, le temps partiel imposé, multiplient les situations où, demain, le résultat d’un calcul de retraite sera bien plus amer encore que les « moyennes » d’aujourd’hui.

L’urgence d’autres choix

L’examen de la réalité montre que non seulement les réformes Balladur-Fillon n’ont pas apporté, contrairement à leur objectif proclamé, de solutions viables au problème du financement des retraites, mais elles ont au contraire fragilisé les droits sociaux fondamentaux du monde du travail. Elles ont l’aveuglement volontaire de ne vouloir prendre le problème que du point de vue de la réduction des droits des salariés pour rétablir les « équilibres financiers » des régimes de retraites, tout en ouvrant des brèches aux systèmes de capitalisation et aux assurances privées. Fondées sur le dogme du « coût du travail trop élevé » et le refus d’envisager aussi bien une autre politique de l’emploi, des salaires qu’une vision dynamique et élargie du financement de la protection sociale, elles cassent, au sens plein du terme, l’efficacité des mécanismes de solidarité sociale. Dans les travaux du C.O.R publiés cette semaine, comme dans les projets du gouvernement et du Medef, ce sont, pour l’essentiel, les mêmes ingrédients qui sont à l’œuvre, tout en ajoutant la proposition d’un recul de l’âge légal pour pouvoir prendre sa retraite, 61, 62, 65, et pourquoi pas comme disent certaines voix du Medef, 67 ans. On ne propose que de jouer sur trois leviers, « l’âge légal », la « durée de cotisation », le « mode de calcul des pensions ». Le reste est cosmétique de communication. C’est au monde du travail, aux forces citoyennes dans toute leur diversité, aux forces syndicales et aux forces politiques de gauche, de permettre l’irruption d’un autre diagnostic des problèmes et l’élaboration d’autres choix.

Jean Paul Duparc

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Tag(s) : #Retraites
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