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Article paru le 27 avril 2010 dans l'Humanité

 

"Franchement, je ne me vois pas travailler jusqu’à soixante-sept ans"

Cadre territorial à la mairie de Nice, Bernard Lucchetti a calculé qu’il ne touchera que
1 400 euros bruts à sa retraite en 2022, après quarante et un ans de cotisations.

Cesser de travailler à soixante ans mais avec une pension ric-rac pour continuer à vivre correctement dans la ville où il est né ou bien partir à taux plein mais à l’âge de soixante-six ans « et peut-être de soixante-sept ans s’il n’y a pas de mobilisation », dit-il, tel est le choix cornélien qui se posera bientôt à Bernard Lucchetti, 53 ans, fonctionnaire territorial à la mairie de Nice.

Son parcours peut se résumer ainsi  : des études de droit et d’histoire, un premier bulletin de salaire à l’âge de vingt-cinq ans comme liquidateur dans une mutuelle, puis entrée à la mairie de Nice en 1982 où par concours il gravit tous les échelons jusqu’à celui de rédacteur principal (cadre). Il a donc à son actif plusieurs décennies de bons et loyaux services dans l’administration, ce qui devrait lui valoir une pension de l’ordre de 1 400 euros brut par mois lorsqu’il prendra sa retraite après quarante et un ans d’ancienneté, soit aux alentours de 2022.

Le montant de sa pension de retraite est calculé sur la base de ses six derniers mois de salaire mais hors primes. Distribuées au bon vouloir du maire, elles peuvent représenter jusqu’à 20 % du salaire. De plus, si notre fonctionnaire territorial veut partir à soixante ans, il lui sera appliqué une décote de 1,25 % par année de cotisation manquante pour atteindre les quarante et un ans donnant droit au taux plein. « Ma pension tomberait alors à 1 100 euros par mois », a-t-il calculé. L’achat de trimestres est en effet impossible pour les titulaires qui relèvent de la Caisse nationale de retraite des agents des collectivités locales (CNRACL) et très lourd financièrement pour les non-titulaires, qui dépendent, eux, de l’Ircantec. Reste la solution d’une complémentaire : « Elle est à la charge des agents, qui doivent cotiser d’eux-mêmes à un fonds de pension genre Préfonds retraite, c’est un choix que je me suis refusé à faire », précise ce militant de la CGT favorable, une fois pour toutes, à la retraite à 60 ans, à l’exception des métiers pénibles, et refusant une réforme qui alignerait le public sur le privé. La retraite à 60 ans, « ce n’est pas une fleur que nous a fait la gauche dans les années quatre-vingt, c’est le résultat d’années et d’années de luttes de nos aïeux », souligne-til, se disant « prêt à descendre dans la rue demain » pour défendre cet « acquis de civilisation » remis en cause, pense-t-il, « pour de pures raisons idéologiques ».

Et d’ajouter, le concernant plus spécifiquement : « Je reconnais que je n’exerce pas un métier physiquement pénible mais, franchement, je ne me vois pas travailler jusqu’à soixante-sept ans. Même dans nos métiers, les façons de faire ont beaucoup changé. Notre maire actuel, Christian Estrosi, gère la mairie comme une entreprise privée, avec un mépris total pour les agents d’exécution et les cadres administratifs. Le col blanc qui, parce qu’il gère les deniers publics, avait cette qualité de prendre son temps pour traiter chaque dossier ne supporte plus cette politique à courte vue et va donc s’impliquer de moins en moins dans son travail. Personnellement il me semble que dans dix ans je n’aurai plus la même capacité à réfléchir, à innover… »

Notre col blanc s’orienterait donc vraisemblablement vers « une solution intermédiaire » quant à la liquidation de sa pension. Sauf bien sûr si la mobilisation populaire annoncée, à laquelle il ne sera pas le dernier à se joindre, remet les choses dans le bon sens du progrès social.

PHILIPPE JÉRÔME

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Tag(s) : #Retraites
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