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Rentrée politique et sociale : L’heure de la riposte

vendredi 27 août 2010 / "le Patriote"

 

La rentrée politique et sociale n’aura pas traîné : Communiqué unitaire des organisations syndicales le 23 août, un ensemble de sondages confirmant l’impopularité de la présidence Sarkozy et les limites de l’agitation ultradroitière, mais aussi l’égrenage continu de mesures d’austérité et l’action des marchés financiers et des agences de notation pour une pression accrue sur les services publics, les salaires et les droits sociaux. C’est au monde du travail de faire entendre sa voix, le plus fort possible.


La contradiction de Moody’S et de Sarkozy


Les agences de notation, ces "milices privées au service du capital" comme l’avait dit en avril dernier Bernard Thibaud, responsable de la CGT, ne cessent de faire pression pour des mesures d’austérité toujours plus fortes contre le monde du travail, plaçant les Etats sous la menace d’une dégradation de leur note, qui rendrait le coût de leurs emprunts plus chers.

Sans honte pour la contradiction, l’une de ces agences, Moody’s, vient d’émettre une inquiétude : "Compte tenu de la nécessité de se tenir à des mesures d’économies strictes pour plusieurs années, les craintes sur la croissance économique constituent un risque pour la notation des Etats, particulièrement en Europe" ! (1)

En résumé, côté jardin "si vous ne multipliez pas les mesures d’austérité, je baisse votre note", et côté cour "l’austérité asphyxie la croissance et plombe les finances publiques, donc votre note risque de baisser". Et, bien sûr, dans ce monde de la finance, l’austérité c’est toujours pour les salaires, l’emploi, les droits sociaux, jamais pour les dividendes. D’ailleurs, tout à leurs profits restaurés, les grands établissements financiers rétablissent les "bonus" comme aux plus riches heures d’avant la crise financière de 2008.

La réunion de Brégançon, avec madame Lagarde et monsieur Fillon, n’aura pas été autre chose qu’une mise en scène et en musique de cette contradiction : Croissance revue à la baisse et de 3 à 10 milliards d’économies nouvelles à trouver par de nouvelles mesures de rigueur. C’est la toile de fond de cette rentrée. C’est aussi l’étau à desserrer par une intervention populaire dynamique trouvant la force de contester les dogmes aveugles de l’austérité.

Le prix à payer est lourd pour les familles et les salariés. Cette semaine par exemple le syndicat étudiant UNEF met en évidence une augmentation de plus de 3% du coût de la rentrée universitaire. Et, pour le logement, tous les clignotants sont au rouge. Quant à l’emploi, la situation reste très dégradée, et des études montrent notamment une accentuation du chômage et de la précarité des jeunes. (2)

 

Le rendez-vous des retraites


Ensemble les organisations syndicales ont confirmé le rendez vous de mobilisation du 7 septembre contre une réforme jugée "injuste et inacceptable". Dans une lettre datée du 24 août, le ministre du travail, Eric Woerth, n’envisage que des amendements limités sur la pénibilité, les polypensionnés et les carrières longues. Or, tant sur les équilibres financiers que sur la double injustice des reports à 62 ans et 67 ans des âges pour accéder à une retraite à taux plein, ou les inégalités hommes-femmes, une véritable réforme des retraites est à bâtir en lieu et place du projet gouvernemental. La proposition de loi déposée par les parlementaires du Front de gauche dès fin juin en pose les bases financières. Quant à la pénibilité, elle demande un changement complet d’optique par rapport au projet gouvernemental, pour la reconnaissance de la pénibilité du travail et de certains métiers, et non pas une seule approche par une "invalidité" constatée individuellement une fois qu’il est trop tard.

La journée du 7 septembre sera une ouverture pour un combat syndical dont les salariés auront à déterminer les prolongements. Mettre les décisions de mobilisation dans les mains du plus grand nombre est la clé de la réussite. Assurément ces rendez vous syndicaux incluront les manifestations prévues à l’échelle européenne le 29 septembre par la Confédération Européenne des Syndicats contre les politiques d’austérité qui se généralisent sur le continent.


Démocratie


Le 4 septembre, jour des 140 ans de la proclamation de la République, à l’appel de plus de 50 organisations, les démocrates auront eu à cœur de "manifester publiquement leur opposition aux stratégies de stigmatisation et de discrimination et aux logiques de guerre qui menacent le vivre ensemble". Une riposte à l’engrenage détestable enclenché depuis le discours de Grenoble de Sarkozy et qui a suscité des réserves, voire des condamnations fortes émanant de personnalités religieuses, sociales et politiques, montrant que même à droite cette extrêmisation de la politique du pouvoir pose problème.


Politique


Retraite, emploi, salaire, dignité et reconnaissance de tous les travailleurs, démocratie, y compris à l’entreprise, inverser la spirale délétère de l’austérité et faire face à une dérive barbare du pouvoir, l’ensemble de ces enjeux seront au cœur de cette rentrée. Pas pour les instrumentaliser en vue de 2012 comme certains "sondages de popularité" s’y borne. Mais d’abord parce qu’il est vital pour des millions de familles de porter dès maintenant des coups d’arrêt à l’austérité et à l’autoritarisme. Parce qu’il est possible d’infliger de vrais reculs à ce pouvoir, de l’isoler réellement et de le contraindre à renoncer à certains projets ou mesures.

Ces actions et ces luttes sont aussi indispensables pour que se constitue politiquement une alternative. Il peut en effet exister un fort rejet du pouvoir sarkozyste sans pour autant que se constitue une alternative. Soit en se traduisant par une abstention grandissante et une défiance vis à vis de la politique. Soit en bornant son horizon à "se débarrasser" de Sarkozy, le citoyen-électeur n’étant qu’un "spectateur-supporter" d’un jeu de casting et de cotes de popularité qui lui échappe. Dans un cas comme dans l’autre, rien ne garantit que le pouvoir sarkozyste serait effectivement battu, et encore moins un changement de politique assuré.

Ce n’est qu’en unissant riposte à la politique du pouvoir et du patronat, ampleur du rassemblement, et construction populaire du projet qu’une réponse aux besoins du monde du travail peut être construite et victorieuse. (3)

Jean Paul Duparc


(1) voir à ce sujet l’éditorial du Patriote 2237 "l’impasse de l’austérité"

(2) notamment une étude de l’Organisation Internationale du Travail sur "les tendances de l’emploi pour les jeunes"

(3) voir à ce sujet également l’éditorial de ce numéro et les propos de Robert Injey.

 

http://www.le-patiote.info

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Tag(s) : #Politique
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