Réindustrialiser la France, mode d'emploi
L’Humanité ouvre à sa façon le dossier de l’industrie, en prélude aux conclusions des travaux des états généraux de l’industrie engagés par le gouvernement.
Un dossier spécial de huit pages avec des entretiens : Bernard Thibault et Louis Gallois, un face à face entre le ministre de l’Industrie Christian Estrosi et Daniel Paul, député PCF de la Seine-Maritime. Un reportage à Sandouville avec les auteurs d’un projet alternatif pour le site.
Un numéro à découvrir chez votre marchand de journaux.
Les états généraux de l’industrie s’engagent dans leur dernière phase. Lancés il y a trois mois par le gouvernement, ils vont accoucher d’un rapport qui sera remis au gouvernement. Fin février,
le président de la République annoncera des mesures.
Que peut-on attendre de ce cérémonial ? La France a besoin d’une nouvelle politique industrielle. Il y a
effectivement le feu. Qu’on en juge. Entre 2000 et 2008, 500 000 emplois industriels ont disparu et la saignée s’est aggravée avec la crise. Fin septembre 2009, l’industrie française a perdu,
en un an, près de 180 000 emplois. Selon l’Insee, elle devrait encore en perdre 63 000 au premier semestre 2010. Parallèlement à ce « détricotage » du tissu humain, on assiste à une
détérioration de la position de l’industrie française dans le monde.
Pour autant, la France reste une grande puissance industrielle. Dans une série de domaines, elle joue dans la cour des grands. Qu’est-ce donc qui ne va pas, alors ? On peut remarquer que
même les secteurs modernes réduisent l’emploi. On recherche de nouveaux gains de productivité contre l’emploi et les salaires, on exporte des capitaux, on délocalise, on licencie et on
précarise pour tenir son rang à la bourse, servir de copieux dividendes aux actionnaires.
D’autres choix sont nécessaires, que le rapport au gouvernement se garde bien d’explorer. Il propose ainsi « d’inscrire les évolutions du coût du travail en France dans une perspective de compétitivité », c’est-à-dire de baisser le coût du travail. Il s’agit, au contraire, de conduire une grande politique sociale, d’assurer de bonnes formations débouchant sur des emplois stables avec de bons salaires, de sécuriser l’emploi et la formation. Et, parallèlement, de réduire le coût du capital. Cette réorientation n’est pas qu’une mesure de justice, elle est imposée par les nouvelles technologies. Ce qui fait la force d’une industrie aujourd’hui, ce n’est plus tant l’accumulation de machines, que la capacité des salariés à utiliser ces nouveaux outils. Il faut réindustrialiser sur de nouvelles bases.
Á ces fins, deux leviers sont à notre disposition. Le crédit bancaire peut aider à réduire les coûts en capital et à
augmenter les dépenses pour le travail. Or, la Banque de France note que les crédits aux entreprises continuent de baisser. Cela freine la reprise. La mise à disposition des PME, notamment, de
prêts à des taux très bas, d’autant plus abaissés que les investissements financés permettront de générer plus d’emplois et de formations qualifiantes, est une condition indispensable au
redémarrage. Elle peut permettre d’infléchir les choix de gestion des entreprises et d’encadrer le profit.
Les services publics, en second lieu. Le rapport souligne le besoin de relever le niveau de formation dans l’industrie. Mais comment y parvenir avec un gouvernement qui entend détruire chaque
année des dizaines de milliers d’emplois dans l’éducation et la formation ? La droite et le Medef n’hésitent pas, en outre, à préconiser une baisse des prélèvements publics sur les
entreprises alors qu’il s’agit plutôt de les augmenter afin de développer comme jamais les dépenses de formation, de santé, de recherche…
Enfin, il faut permettre à ceux qui font l’industrie, les salariés, de se faire entendre. Leur donner voix au chapitre dans l’entreprise, dans leur région. Ils doivent disposer de nouveaux droits et pouvoirs : droit suspensif lors des plans de restructuration afin de présenter des alternatives, droit de proposition dans tous les cas.
Pierre Ivorra
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