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International - Article paru le 11 février 2010 dans l'Humanité

 

Régler autrement le problème de la dette publique



Le Conseil européen, réuni aujourd’hui, va discuter de la Grèce. Une aide conditionnée à une austérité renforcée est en voie d’adoption. D’autres solutions sont possibles : une idée qui monte avec la résistance des peuples.


Le problème tient moins à l’importance des dettes qu’à la manière de les financer. Une austérité d’une brutalité sans précédent. Une menace pour la reprise On peut se passer du concours des marchés financiers

Réformer la bce Ils sont nombreux à se déclarer solidaires de la Grèce, mais ils ajoutent que les gouvernements doivent réduire les dépenses publiques, celles de l’État et aussi les dépenses de santé et de protection sociale. Cela revient à capituler devant les spéculateurs qui exercent un chantage à l’encontre des peuples de la zone euro  : « Si vous voulez que l’on vous prête de l’argent, reculez l’âge de la retraite, gelez les salaires, augmentez la TVA, … » Cette aide accordée revient à soutenir notamment la Grèce comme la corde soutient le pendu.

Le gouvernement espagnol souligne avec raison que l’Espagne est moins endettée que les États-Unis et que le déficit public de ces derniers n’est pas moins élevé. La dette publique est un problème en raison des facteurs qui l’ont générée  : le chômage, la croissance insuffisante, les pertes de recettes liées au soutien accordé aux multinationales… Mais c’est surtout son mode de financement qui en fait un boulet pour les peuples. Elle est devenue un fromage dont se gavent les banques, les compagnies d’assurances, les fonds, les groupes et les fortunes. Une manne qui nourrit une énorme accumulation financière sans cesse à la recherche de profits.

Recul de l’âge de la retraite en Grèce, en Espagne… l’addition est partout présentée. En France, la pression politique est intense pour faire accepter de graves reculs sociaux. Éric Woerth, le ministre du Budget, indique que pour ramener le déficit public à 3 % du PIB en 2013, il faut « gagner » 5 points de PIB, soit 100 milliards d’euros. Dans son collimateur  : en plus des dépenses de l’État, il y a celles de l’assurance maladie, des retraites et des collectivités territoriales.

Les dirigeants de la zone euro sont prêts à répondre aux exigences des spéculateurs, à imposer l’austérité alors qu’ils comptent déjà 15,8 millions de chômeurs, 10 % de leur population active, et que leur reprise est fragile. La conscience de ce décalage nourrit les résistances populaires en Europe. Dans plusieurs pays des ripostes syndicales s’organisent. En France, la CGT s’efforce de réaliser l’unité d’action des organisations syndicales notamment contre le projet gouvernemental visant le droit à la retraite.

Le prix Nobel d’économie 2001, l’Américain Joseph Stiglitz, remarque que si la BCE prête régulièrement de l’argent aux banques, la même option n’est pas autorisée pour les gouvernements européens, le traité de Maastricht l’interdisant. Aux États-Unis et au Royaume-Uni, au contraire, depuis des mois, les banques centrales financent directement les dépenses de l’État en achetant des titres de dette publique à leur émission. La BCE pourrait en faire autant et prêter de l’argent à la Grèce, à l’Espagne, aux pays de la zone euro les plus en difficulté, aux autres également.

Elle mobiliserait ainsi sa capacité à créer de la monnaie afin de financer à des taux très bas les dépenses utiles des États. Cela permettrait de court-circuiter l’offensive des marchés financiers qui, par exemple, n’acceptent de prêter de l’argent à la Grèce qu’à des taux très élevés. « Le vrai problème de l’euro » c’est qu’il y a « la même politique monétaire pour tout le monde, ce qui n’offre aucune échappatoire aux pays qui subissent des chocs adverses », déclare un autre prix Nobel d’économie, Paul Krugman. L’Europe a besoin d’une politique monétaire circonstanciée et sélective. Contrairement à la pratique actuelle des banques centrales qui prêtent de l’argent aux banques aux mêmes conditions quelle qu’en soit la destination, la BCE pourrait moduler ses taux d’intérêt. Elle les baisserait d’autant qu’ils financent des investissements ou des recherches propres à nourrir la croissance, l’emploi et le développement humain, et les augmenterait pour les opérations financières. Elle pourrait financer les dépenses des États et les services publics dans le même esprit, en pratiquant une politique sélective permettant d’accroître la richesse nationale plutôt que celle des spéculateurs et des financiers. C’est d’ailleurs à cette condition que cette stratégie peut ne pas être inflationniste.

Pierre Ivorra

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Tag(s) : #Economie
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