Article paru dans La Marseillaise du mercredi 14 octobre 2009
14 000 lycéens sont concernés par la réforme présentée hier par le président de la République. Leurs organisations et les syndicats d’enseignants sont cependant sceptiques
notamment en raison du manque de moyens qui l’accompagne. Photo RA
Anne Pernet est lycéenne, responsable de l’UNL dans
l’Hérault, Julien Colet, prof syndiqué à la CGT Education, Bernard Duffourg est secrétaire académique du SNES. Ils commentent à chaud la réforme du lycée.
A peine sortie d’un cours et une demi-heure avant d’entrer dans un autre, Anne Pernet, élève au
lycée Clemenceau de Montpellier et secrétaire fédérale de l’UNL, prend le temps de réagir à la réforme Sarkozy des lycées. Si ses annonces « ne sont pas si catastrophiques que
la réforme Darcos » et « vont plutôt dans le bon sens », la jeune lycéenne estime que « ça ne va pas du tout assez loin ». Par exemple sur l’orientation. « On porte depuis
longtemps la revendication d’un service public de l’orientation géré par l’Etat, de stages d’immersion dans le supérieur, de regrouper tout ce qui existe pour que cela soit
accessible à tous » mais les mesures Sarkozy lui semblent très éloignées de cela. « Pour avoir un rendez-vous avec un conseiller d’orientation, il nous faut trois mois ». Et
rien n’a été proposé en terme d’embauches.
Déception aussi sur l’aide scolaire. « Tout le monde y aura droit, nous aurions aimé que ce soit ciblé sur les élèves en difficulté, pour un certain rééquilibrage ». Ce qui
manque aussi à son avis, c’est la scolarité obligatoire jusqu’à 18 ans. « Evidemment cela aurait signifié des bourses entre 16 et 18 ans ». Mais c’est tellement justifié à
l’heure où, rappelle Anne Pernet, 13% des lycéens travaillent pour payer leurs études. L’UNL demande aussi un statut lycéen. « Avec tout ce que cela englobe de revalorisation de
la démocratie lycéenne. » Et une carte « qui ne soit pas comme aujourd’hui un bout de papier », mais un véritable accès à la culture. Anne Pernet attendait aussi le droit de
vote à 16 ans… en vain. « On ne peut pas déconnecter la réforme du lycée du malaise des lycéens, analyse la jeune fille. Or, Sarkozy n’a pas annoncé de revalorisation des
bourses. » Une satisfaction cependant : « On pouvait s’attendre à pire, mais Sarkozy a repris pas mal de nos propositions, ça montre qu’on pèse sur le débat public ».
Pas de manifestation prévue pour le moment, mais l’UNL attend d’être reçue par le Président puis la réunion de l’intersyndicale de demain pour parler action.
Julien Colet est prof à Montpellier et syndiqué à la CGT Education. A la sortie des cours, il se montre plutôt « dubitatif ». « Ca va à rebours de tout ce que son gouvernement a
fait. » Premier exemple : l’orientation. « C’est pour Nicolas Sarkozy un chantier prioritaire. Or son gouvernement a supprimé plusieurs milliers de Copsy*. Nous, nous voulons un
service public de l’orientation indépendant des branches patronales ». Le plan d’urgence pour les langues étrangères le laisse cette fois perplexe. « A plus de 30 élèves
aujourd’hui dans les classes d’anglais ou d’espagnol, il est impossible de faire des cours basés sur l’oral. Ca manque de cohérence ». Sa réaction est plus indignée quand il
parle des élèves handicapés. « Le ministère a supprimé des milliers d’emplois de vie scolaire pour les accompagner. Plusieurs centaines de jeunes n’ont pas pu s’inscrire faute
de structures. » Quant à la série technologique, « il veut la revaloriser quand il a supprimé de nombreuses filières professionnelles et que les profs doivent enseigner pour le
Bac pro en trois ans ce qu’ils faisaient en quatre ». Bref « ça reste flou, c’est le grand décalage entre les paroles et les actes ». Et, ajoute-t-il, « la cerise sur le gâteau,
c’est la fin des privilèges de la naissance, alors qu’il bombarde son fils à la tête de l’Epad. »
Bernard Duffourg, prof de maths et responsable académique du SNES, ne dit pas autre chose. Entre
deux séances du bureau national de son syndicat à Paris, il a regardé Sarko. « J’imaginais un bandeau qui défilait avec : 11 000 suppressions de postes il y a deux ans, 13 500
cette année, 16 000 l’an prochain. » Chaque année, avance-t-il, « l’Education recrute 7 000 enseignants alors que, selon les chiffres du ministère, il en faudrait 17 000. » Le
SNES avait lui aussi des propositions, par exemple en ce qui concerne l’orientation. « Quand il y a une erreur d’orientation, il faut créer des classes passerelles en renforçant
certains horaires et en en allégeant d’autres. »
Le rééquilibrage des filières, ce prof de maths est pour, évidemment. « Mais Sarkozy n’a pas dit un mot de la série ES et la voie technologique est bloquée depuis cinq ou six
ans ». Et c’est en creux qu’il analyse le discours présidentiel : « Il n’a rien dit sur les effectifs en classe, rien sur les horaires des élèves, rien non plus sur le
dédoublement des classes, pas annoncé de nouveaux pôles d’attractivité… »
Et le pire c’est que tout cela se fait,
selon le président « à moyens constants » mais aux yeux de Bernard Duffourg
« à moyens réduits » : « J’ai le sentiment qu’il a occulté toute proposition qui pourrait coûter de l’argent. On risque fort
que rien ne change ou alors au détriment des élèves. Dans le meilleur des cas, c’est du bricolage, dans le pire une saignée.
Et une saignée, ça n’a jamais soigné personne. »
Réactions Recueillies par Annie Menras
Photo Rédouane Anfoussi
*Union nationale lycéenne
* conseiller d’orientation psychologue
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