Ilan Halevi : « Il faut un arrêt total de la colonisation »
Ancien vice-ministre des Affaires étrangères, Ilan Halevi est conseiller diplomatique auprès de la délégation générale de Palestine en Allemagne. Un entretien à lire dans l’Humanité.
Le processus de paix est bloqué. Même si Israël parle d’un moratoire, il poursuit sa politique de colonisation. La partie
palestinienne dit que, dans ces conditions, le dialogue ne peut reprendre. Qu’est-ce qui peut permettre la remise sur les rails du processus de
paix ?
Ilan Halevy. Je crois que tant qu’Israël n’arrêtera pas la colonisation totalement. Tant que l’administration américaine ne trouve pas les moyens de réussir là ou elle a échoué jusqu’à
maintenant, c’est-à-dire échoué à imposer le gel des colonisations, il n’y a pas de perspectives de négociation possibles. Elles seraient désavouées par l’opinion publique palestinienne, ce
qui signifierait pour les négociateurs palestiniens une perte de mandat et de légitimité inconcevable. Mais aussi parce que c’est vraiment condamner les négociations à l’échec. La
colonisation, son intensification, est la preuve évidente que le gouvernement israélien ne recherche pas une paix basée sur la solution à deux États puisque chaque acte de colonisation rend
cette solution plus difficile. Il est donc impossible de s’approcher d’une solution si, concrètement, sur le terrain, on ne fait que s’en éloigner et la rendre plus difficile. L’Autorité
palestinienne et les négociateurs de l’OLP vont être fermes sur cette question-là, en dépit de la reculade de l’administration américaine qui affaiblit cette position. Il faut amener
l’administration américaine, et là le rôle de l’Europe est important, à réaffirmer que la colonisation est illégale, injustifiée et un obstacle à la paix, même si elle a cessé d’en faire
une condition. Problème : cette administration ne pense pas jouir de la marge de manœuvre nécessaire pour transformer ses positions en actions. Ils ne sont même pas arrivés à faire ce
que Bush père avait fait en 1991-1992 quand il avait refusé à Israël 10 milliards de dollars de garanties bancaires pour protester, précisément, contre la politique de colonisation
d’Israël. L’Autorité palestinienne, l’OLP, le mouvement palestinien dans son ensemble et la majorité des Palestiniens ont mis beaucoup d’espoirs dans la position américaine parce qu’Obama a
dit que l’arrêt de la colonisation et la création d’un État palestinien sont des impératifs de la sécurité nationale américaine. Ce ne sont pas des faveurs que les États-Unis veulent faire
aux Arabes ou aux Palestiniens. La crise actuelle du processus de négociation est engendrée par l’absence de capacité de l’administration américaine à défendre sa propre position. On peut
dire la même chose sur les Européens. Au début de la confrontation avec le gouvernement Netanyahou, l’administration américaine avait déjà dit : « Si vous ne voulez pas discuter
des colonies, alors discutons des frontières. Parce qu’une fois qu’on aura défini de façon définitive les frontières de l’État palestinien, vous saurez exactement ou vous pouvez construire
et ou vous ne pouvez pas. »
Il y a une certaine logique dans la démarche américaine, même dans la reculade. Mais cette question de la colonisation reste un
écueil pour avancer. Comment arriver à débloquer la situation en sachant que d’habitude la pression est beaucoup plus forte sur la partie palestinienne, qui souvent cède. Or il semble que
cette fois les Palestiniens sont prêts à tenir bon ?
Ilan Halevi. Sur la question de la colonisation, je crois que la partie palestinienne va tenir bon parce que l’opinion publique palestinienne est intransigeante à cet égard et n’acceptera
pas une reculade de la direction de l’Autorité. Je crois que ce qui s’est passé avec le rapport Goldstone est très exemplaire et doit servir d’illustration à la façon dont les choses se
passent réellement. Face à la certitude d’un veto des cinq membres permanents du Conseil de sécurité de l’ONU devant toute tentative de transformer le rapport Goldstone en action juridique
internationale, le président Abbas avait cru qu’il serait de bonne tactique de reporter le débat de façon à matérialiser, sinon un consensus en faveur du rapport, au moins une division
visible au sein du Conseil de sécurité. La réaction populaire palestinienne unanime, y compris au sein des directions locale et globale du Fatah, a été d’une telle virulence que le
président a révisé sa décision et a repoussé, représenté la résolution pour un débat international dans les 48 heures. Or cet alignement du pouvoir sur l’opinion populaire est remarquable.
D’abord, c’est un tribut à la vie démocratique palestinienne. Cela montre le poids de l’opinion publique et de la société civile palestiniennes dans une situation ou les institutions sont
si faibles. Pour l’ensemble de ces raisons, il est impossible d’envisager qu’à court terme on puisse reprendre les négociations sans une victoire réelle sur le terrain de l’arrêt de la
colonisation.
Entretien réalisé par Pierre Barbancey, à lire intégralement dans l’Humanité du 16 décembre 2009
http://www.humanite.fr/Ilan-Halevi-Il-faut-un-arret-total-de-la-colonisation
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