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Cherche emploi titulaire désespérément

Article paru dans La Marseillaise du mardi 16 février 2010

 



Photo MM
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Alors qu’ils devraient être des composantes phares de la nation, la recherche et l’enseignement supérieur publics dérivent de manière inquiétante au point qu’une grande enquête sur la précarisation de cette filière a été lancée par les chercheurs eux-mêmes.

 


L'enseignement supérieur et la recherche publics font travailler 45.000 à 50.000 précaires, soit environ 20% des effectifs, et la précarité est plus forte pour les femmes, dans les universités et dans les sciences humaines et sociales (SHS), selon une enquête rendue publique la semaine dernière.
Elle a été dévoilée au cours d’une journée intitulée « Quatre heures contre la précarité dans la recherche et l’enseignement supérieur » qui s’est déroulée le 8 février 2010, à l’auditorium du CNRS à Paris. Se déclarant dans une situation de déni car « face au gouvernement qui nie cette réalité et qui prétend être dans l’incapacité de recenser les emplois précaires de façon exhaustive », les organisations syndicales soutenues par des milliers de chercheurs, ont décidé de procéder elles mêmes « à une grande enquête sur la réalité de la précarité dans les labos et les services de tous les organismes et universités. Dans toutes les régions, elles réuniront leurs adhérents pour lancer de façon concertée cette enquête. Elles appellent les personnels titulaires et précaires à se rencontrer pour envisager ensemble les meilleures manières de réussir ce recensement qui est la première étape pour imposer la nécessité de résorber la précarité ».
Lancée par une intersyndicale regroupant 19 organisations et consultable sur internet (1), l’étude s'appuie sur des recherches statistiques et surtout un questionnaire détaillé mis en ligne en octobre auquel ont répondu de façon anonyme 4.409 personnes précaires.


Les non-permanents sont "de 45.000 à 50.000" dans les 83 universités françaises et les organismes de recherche, soit plus de 20% des effectifs cumulés, a déclaré lors du colloque de présentation de l'enquête Charles-Antoine Arnaud, chercheur statisticien en géographie au CNRS. Au CNRS, entre 2006 et 2008, le nombre de permanents a baissé de 1,5% et celui de non-permanents a augmenté de 17,2%, a-t-il affirmé.
Concernant les répondants à l'enquête, l'âge médian est 30 ans, la majorité sont des femmes (60%) et travaillent dans les sciences humaines et sociales. Les syndicats ont retenu une définition simple de la précarité, basée sur l’idée que les sondés s’en font, ce qui a amené un panel de réponses très diversifié, du thésard, au docteur, en passant par les enseignants vacataires, les ingénieurs, les personnels administratifs ou encore des bibliothécaires.
Derrière l'hétérogénéité des situations de ces précaires qui peuvent être des chargés de cours vacataires ou contractuels, des doctorants, des docteurs sans poste ou des personnels non-enseignants (dits Ita et Biatoss), « il y a des points communs », a expliqué Isabelle Clair, chargée de recherche en sociologie au CNRS et ancienne précaire. "Une rémunération basse et irrégulière, déconnectée des diplômes et de l'expérience", un cumul d'employeurs, une dépendance vis-à-vis des employeurs et "une absence de reconnaissance entraînent un sentiment de déclassement", dit-elle.
A titre d'exemple, en 2009, plus d'un quart des répondants non-enseignants gagnait moins de 1.250 euros par mois, a précisé la chercheuse. Selon l'enquête, les répondants réclament "un droit du travail au moins aussi protecteur que dans le privé" (ils n'ont par exemple pas de prime de précarité à la rupture d'un contrat précaire, contrairement aux CDD du privé) et même temps, pour 70% d'entre eux, "un plan de titularisation". "Ce sont des soutiers auxquels nous avons décidé de donner une visibilité", a déclaré Stéphane Tassel, secrétaire général du syndicat Snesup-FSU. Insistant sur le caractère institutionnel de la précarité au sein des universités et des organismes de recherche.


Cette situation soulève une immense inquiétude. « L’emploi précaire se développe de façon exponentielle dans tous les laboratoires et services, explique sur son site le collectif Sauvons la recherche. « A l’INRETS, organisme spécialisé dans la recherche sur les transports, les précaires constituent presque 50% des effectifs. Au CNRS, 12157 personnes, hors apprentis et stagiaires ont été accueillies temporairement en 2008, ce qui représente 7205 Equivalents Temps Plein Travaillé pour 25233 ETPT occupés par des personnels titulaires. A l’INSERM, les précaires sont passés de 497 en 2005 à 1459 en 2008. Dans cet organisme, il faut en moyenne 7,1 années de CDD en post-doc pour être recruté comme chargé de recherche 1ère classe ».
Les organisations et syndicats à l’origine de la mobilisation, veulent faire de l’année 2010 une année de lutte contre la précarisation grandissante. Selon le ministère de l'Enseignement supérieur, les "non-titulaires" sont en 2009-2010 23.500 dans les universités.

(1) www.precarite-esr.org

Décryptage
Nathalie Fredon
Photos : Robert Terzian


http://www.lamarseillaise.fr/le-fait-du-jour/cherche-emploi-titulaire-d-sesp-r-ment.html
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Tag(s) : #Société
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