Allier, envoyé spécial. Rendez-vous de campagne. C’est dans la ferme dite de Ville-Vieille, au cœur du département de l’Allier et par une froide journée d’hiver, qu’une cinquantaine d’agriculteurs, dont de nombreux éleveurs, avaient donné rendez-vous au candidat du Front de gauche à l’élection présidentielle, Jean-Luc Mélenchon, accompagné, pour cette rencontre, de Patrick Le Hyaric, son collègue communiste du groupe de la Gauche unitaire européenne (GUE) au Parlement européen.
À peine arrivés, les deux responsables politiques sont invités par les exploitants de cette ferme de 148 hectares, les frères Benoît et Christophe Tabutin, à visiter le site et notamment la stabulation, où sont parqués les taurillons et les génisses de race charolaise mondialement reconnues. Si la fierté se lit dans les yeux de ces « naisseurs, engraisseurs » de ces « broutards » destinés à la vente, la colère, quant aux conditions qui leur sont faites par les politiques menées, est perceptible.
Appel à la responsabilité de chacun
Comment accepter, explique Christophe Tabutin, « que l’on nous achète la carcasse pratiquement au même prix qu’en 1988 », alors que, confirme son frère Benoît, « l’alimentation, les matières premières ne cessent d’augmenter ». Ils sont réunis dans une grange toute proche ; le débat, malgré le froid mais avec la promesse d’un bon café chaud, s’engage. Jean-Luc Mélenchon, pour qui il est visible que cette rencontre avec le monde agricole est inhabituelle, explique d’emblée que « le Front de gauche n’est pas un syndicat, nous affirmons une ambition politique de tourner la page de ce système ». Il poursuit: « Nous avons besoin d’une agriculture qui nourrisse de manière saine toute notre population », ce qui suppose de battre ceux qui, « alors que tous les signes montrent que nous roulons vers une catastrophe économique, continuent à inventer chaque jour des mesures pour libéraliser davantage ». De son côté, Patrick Le Hyaric fustige « les capitulations françaises et européennes devant les exigences de l’Organisation mondiale du commerce (OMC) qui mettent nos campagnes en difficulté » en imposant des importations excessives de viandes. De même, le député européen dénonce l’envolée des prix des matières premières. « Aujourd’hui, des acheteurs spéculent sur les récoltes de 2012 et 2013 avec les conséquences prévisibles sur les prix. » Autre aspect, la différence entre le prix payé aux éleveurs et celui payé par le consommateur qui fait dire à Jean-Luc Mélenchon : « Nous imposerons par la loi la baisse du coefficient multiplicateur entre le producteur et le consommateur. »
Pour le candidat à la présidentielle, l’agriculture comme notre économie « sont malades de la finance ». Il développe son argumentation sur les politiques d’austérité qui, « loin de nous sortir de la crise », risquent de nous « enfoncer dans la régression économique et sociale ». Il en appelle « à la responsabilité de chacun » pour « gagner le changement en 2012 » et ce, « sans croire au Père Noël et ceux qui vous promettent tout mais refusent de remettre en cause le traité de Lisbonne » qui prône la concurrence libre et non faussée.
Cette journée dans l’Allier avait débuté à midi par une rencontre avec les syndicats en présence du président (PCF) du conseil général, Jean-Paul Dufrègne, qui déclarait : « Si ici nous avons voté à la consultation des communistes pour notre ami André Chassaigne, aujourd’hui Jean-Luc Mélenchon est sans problème notre candidat pour porter nos valeurs communes et nous entendons tout faire pour obtenir le meilleur résultat possible. »
André Lajoinie s’engage
Ancien député communiste et candidat à l’élection présidentielle en 1988, André Lajoinie était présent à la rencontre de Jean-Luc Mélenchon avec les agriculteurs de l’Allier. « Je suis venu soutenir notre candidat en souhaitant qu’il fasse le meilleur résultat possible à la présidentielle de 2012 », explique-t-il. Il a affirmé, tout en accompagnant le candidat dans sa visite aux éleveurs : « Ses prises de position, en accord avec le PCF, lui donne une assise en progression. Tant vis-à-vis de la droite qu’au sein même de la gauche. » Décidé à s’engager au côté du candidat du Front de gauche, André Lajoinie se dit convaincu du « progrès de son audience car son programme peut vraiment changer les choses ».
/image%2F0551212%2F20170620%2Fob_74cedc_bandeau-pcf.jpg)