Politique dure, croissance molle, chômage fort
L’Institut national de la statistique (Insee), dans la note présentée hier, annonce pour la France « un climat conjoncturel qui marque le pas », « une reprise sans tonus », avec un taux de croissance de l’économie de seulement 0,2 % au premier trimestre 2010 et de 0,3 % au deuxième trimestre, après un dernier trimestre 2009 à + 0,6 %. L’Institut décèle certes, dans la conjoncture, des « éléments d’amélioration lents » tels que l’investissement des entreprises ou « la situation du marché du travail » , qui « enregistre une dégradation moins forte ». Il n’en reste pas moins que l’investissement « ne rebondirait qu’au deuxième trimestre » et encore, « modestement », et que le taux de chômage passerait de 9,6 % à fin 2009 à 9,8 à fin juin 2010 avec une poursuite « de la baisse du nombre de salariés dans les secteurs marchands », l’emploi y « reculant de 80 500 postes au premier semestre 2010 après avoir reculé de 100 200 postes au second semestre 2009 ».
La perte de 81 000 emplois
Comment expliquer ce manque de tonus ? L’Insee note « un ralentissement des exportations » et une demande intérieure qui « manque de ressort » en raison du « redémarrage hésitant de l’investissement », d’une consommation des ménages qui « fléchit ». Au cœur de cette morosité, le chômage et le pouvoir d’achat des ménages, qui « ralentirait sensiblement début 2010 ». Après une année 2009 où, selon l’Institut, celui-ci aurait « accéléré nettement » en raison du recul des prix, il connaîtrait une croissance très faible : + 0,3 % sur le premier semestre. Au cœur de cette quasi-stagnation, « des salaires nominaux qui ralentiraient fortement », des prestations sociales au ralenti et des prélèvements obligatoires qui « repartiraient à la hausse » sous l’effet du « redressement des impôts ».Le tableau n’est cependant pas gris pour tout le monde. L’Institut relève ainsi une hausse de la part des profits des entreprises dans la valeur ajoutée. Ce que l’on appelle le taux de marge « progresserait nettement » au premier semestre 2010. « Au deuxième trimestre, il serait supérieur de 1,4 point à son niveau de la fin 2009. Il bénéficierait du redressement de la productivité du travail et de la suppression de la taxe professionnelle. » « Merci, Monsieur le président », pourraient dire les directions des groupes à l’adresse du chef de l’État. Derrière cela, il y a une politique. En France, celle du pouvoir et du patronat. Mais une politique également contrainte par les choix européens de la droite. La réduction de la dépense publique, la hausse des prélèvements sur les ménages sont en ligne avec le projet de se conformer au pacte européen de stabilité, destiné à soutenir l’euro et à relancer les marchés financiers.
La droite confrontée au désaveu populaire
La note de conjoncture de l’Insee montre qu’à ce jeu-là, la France perd du terrain. Dans un paysage mondial marqué par une croissance plus modérée que fin 2009, avec un commerce mondial en souffrance, des décalages entre zones se feraient jour. Ainsi, « à la demande sans tonus en zone euro » s’opposerait le « dynamisme » des États-Unis, pays du dollar roi et où le plan de relance du gouvernement « continue de soutenir la consommation ». Il y a aussi un décalage à l’intérieur des zones. En Europe, si « l’Allemagne avance, l’Espagne reste à la traîne », note l’Institut, et la France stagne, pourrait-on ajouter. Cela explique le reproche adressé par la ministre française de l’Économie à l’Allemagne, récemment, de ne pas assez développer sa demande intérieure. Confrontée au désaveu populaire de sa politique, la droite française craint les réactions à ses mesures d’austérité et se tourne vers Berlin pour quémander un supplément de croissance. Mais même l’Insee ne semble pas croire aux vertus d’une telle démarche. Sa note souligne, en effet, d’une part, que la croissance outre-Rhin serait soutenue à la fois par le redémarrage des exportations et aussi par une demande intérieure fortement portée par les mesures de relance et, d’autre part, que « la demande étrangère adressée à la France » ralentirait. Point de salut, donc, de ce côté-là. On peut penser cependant que la note de conjoncture de l’Institut sous-estime la gravité de la crise de la zone euro. Ainsi, elle y prévoit une stabilisation des taux d’intérêt des obligations publiques et considère que, même si ces « émissions de titres publics sont de grande ampleur en raison du niveau élevé des déficits publics », elles « continueraient d’être absorbées » par les marchés financiers. Les risques autour de la dette grecque sont relativisés mais insuffisamment mis en relation avec les difficultés d’autres pays, notamment l’Espagne et le Portugal. Les divisions au sein de la zone euro montrent que le ciel n’est pas si serein.
Pierre Ivorra
/image%2F0551212%2F20170620%2Fob_74cedc_bandeau-pcf.jpg)